Politique

Coronavirus : polémique autour du couvre-feu proclamé en Tunisie par le président Kaïs Saied

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Mis à jour le 25 mars 2020 à 10h49
Le président tunisien Kaïs Saïed, le 13 janvier 2020.

Le président tunisien Kaïs Saïed, le 13 janvier 2020. © Présidence tunisienne

Pour lutter conter la propagation du Covid-19, le président Kaïs Saied a annoncé mardi 17 mars la mise en place d’un couvre-feu, de 18h à 6h. Une mesure qui laisse perplexe la majorité des Tunisiens.

« Le virus ne serait actif qu’après 18 heures ? », s’interrogent ironiquement les Tunisiens en réaction à la décision du chef de l’État, Kaïs Saied, de mettre en place un couvre-feu tous les soirs, de 18h à 6h, pour lutter contre la propagation du coronavirus.

Lors de cette prise de parole, diffusée à la télévision mardi 17 mars et qui a duré 13 minutes, le président de la République – resté silencieux depuis le début de l’épidémie en Tunisie (29 cas au 17 mars) – a demandé à l’Assemblée de mettre en place un dispositif législatif pour aider ceux qui perdraient leurs revenus, précisant qu’il ferait lui-même don de la moitié de son salaire. Puis, après avoir épinglé l’indiscipline de ses concitoyens, il assuré que le pays pouvait en finir avec le Covid-19 sous… deux semaines ! Des déclarations qui ont plongé les Tunisiens dans une grande perplexité.

Ni fermeté, ni empathie

Attendu sur des mesures de confinement, un éventuel déploiement de l’armée pour contrôler les mises en quarantaine et épauler les autorités dans l’encadrement de la pandémie, mais aussi sur des initiatives diplomatiques pour obtenir de l’aide internationale, Kaïs Saied n’a montré ni fermeté ni empathie.

Il faut être radical, exiger de la discipline et donner les moyens au corps médical déjà mobilisé. Sinon ce sera trop tard

« La Tunisie persiste dans une réponse graduée », remarque le journaliste, Mourad Zghidi. Une démarche jugée dangereuse, en particulier par les professionnels de santé : « Il faut être ferme, exiger de la discipline et donner les moyens au corps médical déjà mobilisé. Il faut être radical, sinon ce sera trop tard », s’insurge un médecin. « C’est la décision et le suivi qui nous manquent », tacle le statisticien et directeur de Sigma Conseil, Hassen Zargouni, qui alerte sur une catastrophe annoncée par les chiffres.

La veille, l’intervention du Chef du gouvernement avait aussi laissé un goût d’inachevé. Attendu sur des mesures drastiques et une stratégie de sauvetage économique, Elyes Fakhfakh, qui avait annoncé le stade 3 dès le 13 mars, a préféré adopter une politique de décisions graduelles face à l’anxiété des Tunisiens. Fermeture totale de l’espace aérien, à l’exception de quelques vols de rapatriement, ainsi que de l’espace maritime, mise en place d’un système de double séance de cinq heures chacune dans la fonction publique pour désengorger les transports publics, fermeture des souks hebdomadaires, hammams et autres lieux de rassemblement, suspension de toutes les compétitions sportives, sont les mesures qui viennent durcir un peu plus celles appliquées depuis trois jours comme la fermeture à 16 heures des cafés et restaurants.

Il en appelle à la vigilance de chacun, à grands coups de déclarations telles que « ne pas respecter la mise en quarantaine est plus dangereux que le port d’une arme blanche ». Mais cela semble bien insuffisant pour des citoyens qui ne connaissent que trop bien les déficiences du système de santé publique. Selon le ministre de la Santé Abdelattif El Mekki, le pays ne dispose en effet que de 241 lits en réanimation pour l’ensemble de la population. Pour pallier à ce manque de moyens sanitaires, le Chef de la primature a tenté de rassurer en évoquant une possible réquisition des cliniques privées, certifiant que « l’Etat ne laissera aucun citoyen au bord de la route ».

Malaise

Confronté pour son début de mandat à une situation inédite, Elyes Fakhfakh se montre plus timoré que l’Assemblée, qui recommande au gouvernement, outre la fermeture des frontières, de négocier le rééchelonnement de la dette et de réinvestir ces fonds pour limiter les impacts de la crise, de considérer le secteur de santé comme une priorité absolue et de décréter l’état d’urgence sanitaire, de mettre en place une ligne de financement supplémentaire en faveur du ministère de la Santé, de mobiliser des ressources financières à travers les dons locaux et étrangers, etc.

La gestion de crise est rendue difficile par les bisbilles entre exécutif et législatif

Au sein de la population, qui n’évalue pas pour le moment l’impact de la pandémie – dont la gestion est rendue difficile, selon le Vice-président de l’Assemblée, Tarek Fetiti, par les bisbilles entre exécutif et législatif–, le malaise s’installe peu à peu. Et ne semble pas s’arranger depuis que le président de la République, Kaïs Saied s’est adressé à la nation.

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