Politique

La stratégie énergique du Maroc face au coronavirus

Le roi Mohammed VI (au centre) réitérant son appel à élaborer un nouveau modèle de développement, dans son discours prononcé le 29 juillet 2019 à Tétouan (image d'illustration).

Le roi Mohammed VI (au centre) réitérant son appel à élaborer un nouveau modèle de développement, dans son discours prononcé le 29 juillet 2019 à Tétouan (image d'illustration). © AP/SIPA

Conscient de ses moyens sanitaires limités, le royaume a rapidement réagi pour tenter de contenir la propagation du Covid-19, en verrouillant ses frontières et en imposant un climat de confinement, jusque-là volontaire.

Rabat, lundi 16 mars à 18h30. C’est une ambiance de fin de monde à Hay Ryad. Les deux cafés de cette galerie commerciale, généralement grouillants de vie en début de soirée, ont fermé leurs portes conformément au « lockdown » décrété.

En ce J+21 de l’annonce du 1er cas de coronavirus, le royaume est passé au confinement volontaire : restaurants, salles de sport, cinémas, bibliothèques, musées et même les mosquées… tout est scellé, mis à part les supermarchés, magasins d’alimentation générale, enseignes de livraison à domicile, banques et pharmacies.

Si ce n’étaient les médicaments de ma mère, je ne serais jamais sorti de chez moi

« Si ce n’étaient les médicaments de ma mère, je ne serais jamais sorti de chez moi », balbutie Adil sous son masque chirurgical, en veillant à bien maintenir un mètre de distance avec la femme qui le précède dans la file devant la pharmacie. « On voyait cela, dans les premières vidéos de Chine et puis dans d’autres posts d’Italie, maintenant on y est. Et Dieu seul sait ce qu’Il nous réserve encore », lui rétorque cette dernière, sans tourner la tête.

 

Fin des embrassades

Dans un pays où les embrassades étaient de rigueur pour se saluer, désormais chacun tient à son minimum d’espace vital

Dans un pays où il y a quelques jours à peine, les quatre embrassades étaient une figure imposée du bonjour, où même à son pire ennemi on ne demande pas plus qu’une poignée de distance… désormais chacun tient à son minimum d’espace vital, littéralement. Fini le temps des blagues de mauvais goût sur les badauds qui voulaient se prendre en selfie avec le coronavirus en apprenant son arrivée au Maroc. En trois semaines, dérision et insouciance ont cédé la place à l’angoisse et à la prise de conscience de la gravité et du danger de la situation.

Réaliste quant à ses moyens sanitaires, et conscient de la provenance de cette pandémie, le Maroc s’est montré très réactif. Dans la nuit du 16 février déjà, alors que l’Europe était encore loin de se transformer en plateforme de diffusion du virus, le royaume a imposé des fiches d’information à ses frontières. Provenance, numéro de vol et même numéro de siège, les voyageurs devaient aussi déclarer s’ils étaient passés par la Chine, d’où le Maroc avait déjà rapatrié 167 de ses ressortissants pour les placer en quarantaine.

Dans toutes les préfectures, des « Postes de Commandement Coronavirus » ont été mis en place pour assurer la veille et la coordination avec les services sanitaires

En parallèle, dans toutes les préfectures du royaume, des « Postes de Commandement Coronavirus » ont été mis en place pour assurer la veille et la coordination avec les services sanitaires. « Cela nous a permis par exemple d’identifier, de localiser et de tester rapidement tous les passagers des deux vols dans lesquels les deux premières personnes contaminées sont entrées sur le territoire », nous confie une source proche du dossier.

Un royaume en repli

La propagation exponentielle du virus dans le vieux continent et l’arrivée de nouveaux cas au Maroc va néanmoins accélérer les choses. Trois jours après la fermeture de l’espace aérien de l’Italie, le 10 mars, le Maroc va ainsi prendre l’initiative de verrouiller ses frontières. Il commence par suspendre les liaisons aériennes et maritimes avec l’Espagne, l’Algérie et la France, avant de généraliser la décision à tous les vols internationaux. Et alors que la barre de la vingtaine de cas n’était pas encore franchie, les rassemblements de moins de 50 personnes sont interdits, les écoles et tous les établissements de formation sont fermés jusqu’à nouvel ordre.

« Il ne fallait surtout pas attendre d’arriver à un nombre de contamination comparables à ceux de certains pays européens pour prendre les mêmes mesures qu’eux, nous explique notre source. Il fallait agir au plus vite et passer à des mesures drastiques qui incitent au confinement volontaire, notre seul espoir actuellement pour garder une certaine maîtrise de la situation. » Et d’ajouter : « S’il faut aller encore plus loin en décrétant le confinement obligatoire comme l’ont déjà fait d’autres pays, il ne faut pas hésiter à le faire. » D’ailleurs, les Forces armées royales (FAR) sont déjà sur le pied de guerre et pourront quand la situation l’imposera entrer en action pour renforcer le dispositif sécuritaire nécessaire au respect du confinement obligatoire.

L'hôpital militaire Mohammed V de Rabat.

L'hôpital militaire Mohammed V de Rabat. © ABDELJALIL BOUNHAR/AP/SIPA

Moyens limités

Et pour cause, minimiser la portée de la chaîne de contamination est loin d’être un luxe pour le royaume. Les statistiques dévoilées dans une intervention télévisée du Chef de gouvernement en disent long sur les moyens sanitaires limités dont dispose le pays. « 970 lits ont été aménagés pour accueillir d’éventuels cas positifs au Covid-19 et 250 autres lits sont réservés à la réanimation à destination des cas dont le pronostic vital pourrait être engagé, ce qui porte la capacité litière disponible actuellement à 1220 lits », a révélé Saâdeddine El Othmani.

Pour tenter de pallier à ce déficit du système sanitaire, le roi Mohammed VI a d’ailleurs ordonné la création immédiate d’un fonds spécial

Pour tenter de pallier à ce déficit du système sanitaire, le roi Mohammed VI a d’ailleurs ordonné la création immédiate d’un fonds spécial de 10 milliards de dirhams dédié à la gestion de cette pandémie. Il servira d’abord à « la prise en charge des dépenses de mise à niveau du dispositif médical, en termes d’infrastructures adaptées et de moyens supplémentaires à acquérir, dans l’urgence », indique le communiqué du cabinet royal.

Financé par le budget public, le budget des régions ainsi que par d’autres institutions comme le fonds Hassan II et des sociétés privées, ce fonds servira également au soutien de plusieurs secteurs économiques affectés et dont certains se voient déjà condamnés. « Le secteur du tourisme va perdre 34 milliards de dirhams de chiffre d’affaires d’ici la fin de l’année », a alerté Abdellatif Kabbaj, président du Conseil national du tourisme, à la sortie de la réunion du comité de veille stratégique.

Préserver un maximum d’emplois

Réunissant gouvernement, patronat, banquiers et chambres de commerce, cette instance installée il y a à peine quelques semaines est appelée à se réunir régulièrement pour décider de mesures de sauvegarde économique, dans le but de préserver un maximum d’emplois.

Avec toutes ces précautions et actions anticipatives, le royaume arrive jusqu’à l’heure à contenir la situation

Avec toutes ces précautions et actions anticipatives, le royaume arrive jusqu’à l’heure à contenir la situation. Les cas confirmés n’ont augmenté qu’à raison d’une dizaine de nouveaux patients par jour depuis le début du week-end. La dernière mise à jour rendue publique par le ministère de la Santé, mardi 17 mars, fait état de 38 cas et déplore deux décès. Mais la crise ne fait que commencer et tout le royaume retient son souffle, en espérant sortir de son confinement sans trop de ravages…

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