Mines

Après le blocage de ses terminaux pétroliers, Tripoli envisage l’exploitation de ses richesses minières

Réservé aux abonnés | | Par - à Tunis
Mis à jour le 16 mars 2020 à 08h47
Un homme devant une raffinerie à Ras Lanouf, en Libye, en 2011.

Un homme devant une raffinerie à Ras Lanouf, en Libye, en 2011. © © Kevin Frayer/AP/SIPA

Le sous-sol libyen recèle des réserves non négligeables d’or, de fer et de magnésium. Si ces minerais n’ont jusque-là pas été exploités, le gouvernement de Tripoli les envisage comme un « recours » face à la chute de la production pétrolière.

Ali al-Issaoui, le ministre de l’Économie du Gouvernement d’union nationale (GUN) de Tripoli reconnu par la communauté internationale, a annoncé à Jeune Afrique qu’il était prêt à accueillir les sociétés internationales pour qu’elles exploitent les richesses minières : or, fer, magnésium, etc. « Il s’agit d’un secteur encore vierge en Libye. Nous avons des études géologiques qui prouvent que nous avons des richesses souterraines. Si les revenus du pétrole continuaient à manquer nous pourrions y avoir recours », explique le ministre présent à Tunis pour un événement de l’agence de coopération technique Expertise France, finalement annulé pour cause de coronavirus.

Ali al-Issaoui n’a pas précisé les revenus que pourraient engendrer ce secteur, mais des études remontant à plusieurs dizaines d’années estimaient les réserves de minerais de fer dans le Sahara libyen à 3,5 milliards de tonnes métriques. En 2006, le ministre de l’Industrie et des Mines, Mohamed Bachir Baegi, assurait que la Libye possédait la 3e réserve de minerai de fer en Afrique.

Les monts Tibesti à la frontière avec le Tchad sont également connus pour leurs mines d’or, comme en témoigne la présence de nombreux orpailleurs clandestins dans la région. Le pays aussi aurait des réserves non négligeables en magnésium.

Baisse drastique du budget

Ces richesses inexploitées se trouvent cependant au sud du pays, dans une zone contrôlée avant tout par des groupes armés toubous et touaregs. Cette difficulté ne semble pas insurmontable pour Ali al-Issaoui, qui rappelle que les multinationales pétrolières n’ont jamais quitté la région où se trouvent des champs d’or noir, malgré les troubles sécuritaires rencontrés depuis 2011. Pour le ministre, la situation actuelle exige, de toute façon, des solutions drastiques : « Nous perdons chaque jour 50 millions de dollars à cause du blocage pétrolier. »

Début février, les partisans du maréchal Khalifa Haftar occupent les principaux terminaux et champs pétroliers afin d’accélérer la chute du GUN. L’autoproclamée armée nationale libyenne de Haftar tente depuis avril 2019 de pénétrer dans Tripoli pour prendre le pouvoir. La production d’or noir est passée de 1,2 million de barils par jour à 110 000, selon la Compagnie nationale pétrolière. Une chute spectaculaire encore accentuée par l’arrêt de la demande de la Chine, qui était au premier semestre 2019 le 3e acheteur de pétrole brut libyen avec 105 000 barils par jour.

Devant cette perte sèche – qui représente 95 % des recettes fiscales –, le gouvernement a dû se résigner à baisser le budget de 30 % passant de 55 à 38 milliards de dinars (24,4 milliards d’euros au taux officiel, 7,4 milliards d’euros au taux du marché noir). « Nous avons suspendu tous les investissements et les programmes de maintenance des infrastructures (pétrolières, routières, électriques, etc.) ont été revus à la baisse », détaille Ali al-Issaoui, qui précise que le gouvernement n’a pas encore pu chiffrer avec précision les coûts des destructions dues à l’offensive menée par Haftar sur Tripoli. Ali al-Issaoui a également annoncé la première émission de sukuks en Libye, sans en préciser le montant et les modalités.

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