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Cet article est issu du dossier «Présidentielle en Côte d'Ivoire : le décès d'Amadou Gon Coulibaly rebat les cartes»

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Politique

Côte d’Ivoire : comment Alassane Ouattara a fait d’Amadou Gon Coulibaly son dauphin

Réservé aux abonnés | | Par - à Abidjan
Mis à jour le 15 mars 2020 à 11h59
Alassane Ouattara et Amadou Gon Coulibaly, lors de l'annonce de la désignation du second comme candidat du RHDP, le 12 mars 2020.

Alassane Ouattara et Amadou Gon Coulibaly, lors de l'annonce de la désignation du second comme candidat du RHDP, le 12 mars 2020. © DR / RHDP

Le Premier ministre ivoirien Amadou Gon Coulibaly a été désigné jeudi candidat du RHDP pour la présidentielle d’octobre prochain. Un choix en grande partie dû à la volonté d’Alassane Ouattara.

Alassane Ouattara prend la main d’Amadou Gon Coulibaly et la lève vers le ciel. Il est minuit ce jeudi 12 mars. Tout un symbole. Le Premier ministre ivoirien vient tout juste d’être désigné candidat du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) pour l’élection présidentielle d’octobre 2020 à l’issue d’un conseil politique élargi à toutes les instances du parti. Le chef de l’État a beau avoir assuré que ce choix était celui « des instances du RHDP » et que rien n’avait été « imposé », il l’a largement suscité.

« Que ce soit au plan personnel, professionnel et politique, en mon âme et conscience, Amadou Gon Coulibaly est la personne que je vous lègue pour être le chef de l’État. Vous m’avez fait confiance, à mon tour, je vous demande de lui faire confiance. Oui, faites confiance à Amadou Gon Coulibaly. Il a la capacité, l’intelligence, la persévérance, le courage pour continuer le travail du développement et de paix. Je prends l’engagement d’être à vos côtés pour l’accompagner dans cette noble mission », déclarera le président, après avoir laissé les cadres du parti adouber son  choix.

« Le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly est, à mon sens, la personne la plus indiquée (pour être le candidat de notre formation, ndlr). Il réunit toutes les qualités nécessaires », précise-t-il dans l’interview exclusive qu’il a accordé à Jeune Afrique (à paraître dans Jeune Afrique n°3087, dans les kiosques à partir de ce dimanche 15 mars, également disponible ici).

Les raisons d’une accélération

Dans les jours qui ont précédé l’annonce de sa non-candidature, le 5 mars à Yamoussoukro, ADO avait réuni ses proches pour leur annoncer ce qu’ils savaient depuis de longs mois : « Je souhaite laisser la main à une équipe et je propose qu’Amadou en soit le chef ».

Le président ivoirien Alassane Ouattara, devant le Congrès, à Yamoussoukro, le 5 mars 2020.
Présidence ivoirienne

À partir du moment où il avait dit qu’il ne serait pas candidat, il ne fallait pas risquer de laisser un vide

Quelques jours plus tard, dans la soirée du 8 mars, il réunit son premier cercle à sa résidence de la Rivera Golf afin de préciser l’ordre du jour du conseil politique. Alors que certains membres de la haute direction du parti pensaient que la désignation du candidat aurait lieu à la fin de mars, Alassane Ouattara (ADO) annonce que son identité doit être connue dès jeudi lors du conseil politique et non à l’occasion d’une grande convention comme cela avait été initialement envisagé.

« À partir du moment où il avait dit qu’il ne serait pas candidat, il ne fallait pas risquer de laisser un vide ou donner l’impression que sa décision n’était pas prévue », explique un ministre.

Longtemps resté dans l’ombre du chef de l’État, qu’il côtoie depuis plus de 30 ans, Amadou Gon Coulibaly (AGC) va maintenant devoir assumer son nouveau statut. Les liens qui l’unissent à Alassane Ouattara semblent aller au-delà du simple compagnonnage politique. Aujourd’hui, AGC est peut-être le seul, avec son frère cadet Téné Birahima Ouattara, en qui ADO est totalement confiance.

Trente ans de compagnonnage

« C’est depuis 1990 que je suis à vos côtés. C’est également en 1990 que mon père est décédé. Il n’y a pas de hasard », confia jeudi soir le Premier ministre. La première rencontre entre les deux hommes date de la fin des années 1980. Gon Coulibaly est alors un jeune ingénieur de la Direction et contrôle des grands travaux (DCGT) et Ouattara, le gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Dès lors, ADO prendra sous son aile ce fils d’une des grandes familles du nord de la Côte d’Ivoire.

En 1990, quand il devient Premier ministre, Ouattara nomme Gon au sein de son cabinet.  Il sera ensuite de tous les combats au côté d’ADO, de la naissance du Rassemblement des républicains (RDR, dont il rédigera certains textes fondateurs) jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Ouattara, en 2011.

Que ce soit au poste de secrétaire général de la présidence ou à celui de Premier ministre, le chef de l’État conférera à Gon des pouvoirs qu’aucun de ses prédécesseurs n’avaient obtenu. À la présidence, il bénéficiera d’un nombre considérable de conseillers, qui le suivront dans leur grande majorité lors de son arrivée à la Primature en janvier 2017. Ouattara voit alors dans cette nomination un tremplin, permettant notamment à Amadou Gon Coulibaly de placer ses hommes. C’est aussi un test. À plusieurs reprises, il demandera à son futur dauphin d’en faire plus, d’être plus visible.

Rassurer les sceptiques, maintenir l’unité

Désigné candidat du RHDP ce jeudi, Amadou Gon Coulibaly sera officiellement intronisé lors d’une grande convention prévue en juin. Il lui faudra d’ici-là rassurer les sceptiques et autres déçus. « Tout le monde a été pris de court par l’annonce de jeudi, à l’exception de ceux qui ont été contactés pour le plébisciter et qui ont préparé des discours », lance, amer, un député du RHDP transfuge du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).

Deux personnalités ne cachant pas leurs ambitions risquent de contrecarrer l’unité demandée lors du conseil politique : Marcel Amon Tanoh et Albert Mabri Toikeusse. Comme il en a l’habitude depuis plusieurs mois, le ministre des Affaires étrangères a tout simplement séché la réunion du RHDP.

Quand au ministre de l’Enseignement, il est resté assis lorsqu’Alassane Ouattara a demandé à l’assistance de se lever pour adouber le choix de Gon. Difficile de faire plus clair. « Je suis un homme de conviction et je préfère dire ce que je pense. Ne prenons pas des engagements d’une heure dans une salle, qui par la suite ne refléteront pas la réalité sur le terrain », avait-il déclaré quelques minutes plus tôt à la tribune.

« Mabri ne s’associe pas à la décision d’hier. Elle n’était pas à l’ordre du jour et la façon dont la réunion s’est déroulée va à l’encontre des textes du RHDP », explique un de ses proches. Les deux ténors seront, quoiqu’il en soit, amenés à clarifier rapidement leur position.

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