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Nos ancêtres… les immigrés

Le palais de la Porte dorée, à Paris, abritera un musée retraçant l’histoire des flux migratoires. Ouverture au public en 2007.

En 1931, le palais de la Porte dorée, dans le 12e arrondissement de Paris, abrite le musée des Colonies et de la France extérieure. En 1960, alors que la décolonisation bat son plein, André Malraux le rebaptise et le transforme en musée des Arts africains et océaniens. En 2003, les collections quittent leur ancienne demeure pour ce qui deviendra bientôt le musée du quai Branly, à l’autre bout de Paris. Seul l’aquarium tropical qui, de tout temps, a attiré les foules, est resté, à ce jour, ouvert au public.
En 2007, le palais de la Porte dorée abritera à nouveau un musée, consacré, cette fois, à l’immigration. Un choix qui n’est pas dû au hasard : l’objectif de cette nouvelle institution est d’en finir avec les stéréotypes liés aux mouvements migratoires et à la colonisation.
« Musée vivant », comme l’a souhaité le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui a officiellement lancé la « Cité nationale de l’histoire de l’immigration » le 9 juillet, il abritera un centre de ressources à destination du public et des chercheurs, ainsi qu’une exposition permanente sur l’histoire de l’immigration en France. Il proposera également des spectacles, des colloques et des expositions temporaires. « Nous n’avons pas le droit de réduire l’immigration à un simple problème de flux de forces de travail ou, pire encore, à une question liée à la délinquance, s’est exclamé le Premier ministre. Nous devons reconnaître l’apport de l’immigration à la construction de la France, son peuple et sa nation. Nous devons changer les représentations de ce phénomène. Il y va de la cohésion de notre nation. »
La future Cité, dont la structure administrative sera opérationnelle en janvier 2005, sera donc lieu de mémoire, d’histoire, de travail, de rencontres et de réflexion. Plus certainement encore, la Cité relève d’un choix politique.
À l’heure où le racisme, l’antisémitisme et l’identité culturelle des communautés issues de l’immigration alimentent le débat, en France, le gouvernement a souhaité faire passer un message. « Il ne peut y avoir deux catégories de Français : des Français de plein droit et des Français de papier », a asséné Jean-Pierre Raffarin.
Si le projet remonte à novembre 2001, date à laquelle Lionel Jospin avait reçu un premier rapport portant sur un projet de musée de l’immigration, c’est Jacques Chirac qui l’avait promis à ses électeurs, et son gouvernement qui le réalise aujourd’hui. Une fois ouverte au public, la Cité devrait bénéficier d’un budget d’environ 7 millions d’euros par an. À charge pour les ministères de la Culture, de l’Éducation et de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale de s’en partager les coûts.
Pour Paris, il s’agit aussi de rattraper un retard sur d’autres nations, qui possèdent leur lieu de mémoire, et d’imiter le célèbre musée de l’immigration d’Ellis Island à New York ou celui de Melbourne, en Australie. La France semble avoir un peu d’avance sur ses voisins européens. L’Allemagne et la Belgique n’en sont qu’au stade de la réflexion, tandis que le « 19, Princelet Street » à Londres, premier musée de l’immigration en Europe, créé en 1981, attend encore des financements pour rénover son bâtiment et reprendre ses activités. La Cité nationale de l’histoire de l’immigration ne suffira certainement pas à la France pour redorer son blason de « terre d’asile », terni par des politiques ambiguës, et pour résoudre ses problèmes identitaires. Reste à attendre la première exposition pour savoir si elle y contribuera.

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