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Coronavirus : les craintes de Fitch pour les dettes africaines

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Mis à jour le 25 mars 2020 à 10h55
Casablanca, capitale économique du Maroc. Le royaume, bien qu'importateur de pétrole, serait malgré tout sévèrement menacé par la crise du coronavirus, entre le péril pesant sur ses exportations de phosphates et le ralentissement de la demande mondiale.

Casablanca, capitale économique du Maroc. Le royaume, bien qu'importateur de pétrole, serait malgré tout sévèrement menacé par la crise du coronavirus, entre le péril pesant sur ses exportations de phosphates et le ralentissement de la demande mondiale. © Denis Carrascosa (CC)

La hausse brutale de leurs dépenses de santé et la contraction de leurs revenus risque de mettre à mal des budgets africains déjà sous tension, relève l’agence de notation américaine Fitch.

D’une part du fait des dépenses accrues qu’appelle la crise du coronavirus en matière de santé publique, et d’autre part parce que les recettes fiscales ne peuvent que pâtir du ralentissement de l’activité économique, Fitch anticipe une charge accrue pour la dette des pays africains.

Dans une note publiée le 10 mars et analysant les effets économiques de la pandémie pour l’Afrique et le Moyen-Orient, l’agence de notation anticipe notamment d’éventuels renflouements de compagnies aériennes publiques déjà lourdement endettées. Fitch ne cache pas sa préoccupation pour Air Namibia, South African Airways et Tunisair : autant de risques pesant sur la dette publique de ces trois pays.

« Avant ce choc, nous avons relevé que les finances publiques suivaient déjà une tendance négative au Maroc, en Namibie et en Afrique du Sud » , indique encore Fitch, dont le rapport – qui ne concerne que les pays dont la note souveraine est évaluée par l’agence – fait ressortir des motifs d’inquiétude particuliers pour la Tunisie, le Maroc (unique pays africain avec une note investment grade chez Fitch), l’Égypte, voire également le Rwanda, le Nigeria, l’Ouganda et l’Afrique du Sud.

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fitch-notations-coronavirus © Fitch Ratings

Les bailleurs institutionnels comme recours

De quoi voir plusieurs pays se tourner encore davantage vers les bailleurs institutionnels, « pour limiter leur dépendance au financement privé dans un environnement de volatilité généralisée », analyse Fitch. Le FMI a d’ailleurs anticipé cette menace et annoncé la mise à disposition de 50 milliards de dollars pour faire face à la pandémie, dont 10 pour les pays à faible revenu et émergents frappés par la pandémie, la Banque mondiale en mobilisant quant à elle 12.

La popularité des eurobonds parmi les pays africains pourrait prendre du plomb dans l’aile, relève l’agence de notation qui craint que les taux ne s’envolent et que « l’aversion pour le risque parmi les investisseurs ne conduise à d’importances sorties de capitaux », les investisseurs se redirigeant massivement vers les obligations souveraines allemandes, françaises ou américaines. Une situation qui pourrait toucher plus particulièrement le Nigeria.

Le pays sera d’autant plus touché qu’il est exportateur de pétrole, et que la crise actuelle de l’or noir intervient « dans des conditions plus difficiles qu’en 2014 », avertit Mahmoud Harb, directeur des notations souveraines chez Fitch Ratings.

L’analyste redoute également que l’amélioration du solde commercial pour les pays importateurs de pétrole ne soit contrebalancée par une chute de la demande externe et une correction sur les prix. Les phosphates sont notamment menacés, ce qui constituerait un revers pour des pays exportateurs que sont le Maroc et la Tunisie.

Des perturbations sur les chaînes de transport et de transformation sont à craindre

Contraction de la demande

« En ce qui concerne les matières premières agricoles, l’effet sur la demande est moins certain, analyse Mahmoud Harb, mais des effets de perturbation sur les chaînes de transport pour les denrées périssables sont à craindre, de même que sur les chaînes de transformation, dans le cas du cacao ou de l’anacarde par exemple. »

La crise du coronavirus pourrait aussi « aggraver la fragilité des régions agricoles déjà mises à mal en Afrique de l’Est par l’invasion de criquets pèlerins« , relève Mahmoud Harb. Au-delà des matières premières et de l’agriculture, les sous-traitants d’entreprises européennes en Tunisie et au Maroc, dans l’industrie automobile notamment, sont un point de vulnérabilité particulièrement surveillé également.

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