Sécurité

Dialogue avec les jihadistes au Mali : IBK est-il prêt à céder aux exigences de Iyad Ag Ghaly ?

Un Casque bleu bangladais, lors d'une patrouille près de Gao, en mai 2019 (Illustration).

Un Casque bleu bangladais, lors d'une patrouille près de Gao, en mai 2019 (Illustration). © MINUSMA/Gema Cortes

Les conditions imposées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) comme préalable à tout dialogue avec Bamako semblent inacceptables pour les autorités maliennes, comme pour leurs partenaires étrangers. Certains acteurs locaux veulent pourtant croire qu’un retrait militaire de la France et de l’ONU est envisageable.

Quelques jours après la signature d’un accord historique en Afghanistan, fin février, entre les autorités américaines et les talibans, le Mali peut-il suivre le même chemin ? Le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), acceptera-t-il les conditions imposées par les jihadistes, à qui il a récemment tendu la main en vue d’un éventuel dialogue ?

Là où de nombreux commentateurs craignaient que l’ouverture de discussions avec les jihadistes maliens ne débouche sur une remise en cause de principes fondamentaux – laïcité ou unité du pays – , la première réponse du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), dirigé par Iyad Ag Ghaly, a été d’édicter un préalable d’un autre genre : que la France et l’ONU retirent leurs troupes déployées dans le pays.

« IBK n’acceptera pas »

Dans un communiqué diffusé le 8 mars sur une plateforme de propagande jihadiste, le groupe, affilié à Al-Qaïda, affirme en effet être « prêt à engager des négociations avec le gouvernement malien (…) afin de discuter des moyens de mettre fin au conflit sanglant entré dans sa septième année à cause de l’invasion des croisés français ». Mais le GSIM ajoute aussitôt qu’il « ne saurait être question de négociations à l’ombre de l’occupation, avant le départ du Mali de toutes les forces françaises et de ceux qui les suivent ».

Pour le moment, ces exigences rencontrent une fin de non-recevoir ferme au palais de Koulouba. « Le président IBK l’a répété hier [lundi] à l’ambassadeur d’Allemagne : il n’acceptera pas le départ de Barkhane ni de la Minusma », confie à Jeune Afrique une source à la présidence.

« Le Mali n’a pas intérêt à faire partir les soldats français et les casques bleus de l’ONU, car cette question est régionale : la sécurité au Mali dépend aussi de la sécurité dans les pays voisins », appuie Moumouni Soumano, le directeur du Centre malien pour le dialogue interpartis et la démocratie.

Intérêt commun à la trêve

Cependant, la perspective d’une trêve entre Bamako et le GSIM, lequel mène régulièrement des attaques dans le nord et le centre du Mali contre l’armée malienne, contre la Minusma ou encore contre les forces françaises de Barkhane, pourrait arranger les deux parties, à en croire certains des responsables de groupes armés signataires de l’accord de paix d’Alger.

« Le Mali est en difficulté militairement et les combattants du GSIM perdent du terrain face à l’avancée de l’État islamique. Le dialogue est dans l’intérêt des deux parties », estime Fahad Ag Mahmoud, le secrétaire général du Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia), une milice favorable à Bamako créée en 2014 pour combattre le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et qui continue d’être active dans le nord du pays, face, notamment, aux groupes jihadistes.

Boubacar Saigh Ould Taleb, le secrétaire général du Mouvement populaire pour le salut de l’Azawad (MPSA, qui compte environ une centaine de combattants), estime quant à lui qu’un retrait de Barkhane ne serait qu’une question de temps. « Depuis le sommet de Pau, il est question du mettre un terme à l’opération Barkhane, qui serait remplacée par l’opération Takuba, un dispositif beaucoup moins lourd dont le budget serait supporté par les pays européens qui accepteront d’y prendre part », assure-t-il à Jeune Afrique. « Quant à la Minusma, son effectif peut se rétrécir peu à peu, tout dépend du retour de la paix », veut-il croire.

Si le gouvernement malien commence à négocier avec les terroristes de GSIM, Paris va en prendre acte

Pour Paris, en revanche, céder aux exigences préalables des jihadistes aurait des conséquences sur l’appui apporté à Bamako. « Si le gouvernement malien commence à négocier avec les terroristes du GSIM, la France va en prendre acte et pourrait diminuer fortement la taille de son contingent », assure une source sécuritaire française. Dans un tel scénario, la France « ne gardera, sur le long terme, que la base militaire de Gao, pour servir de point d’appui et de projection au cas où les intérêts français seraient menacés dans la région. »

Mais un tel retrait semble loin d’être à l’ordre du jour, selon notre source française. « Emmanuel Macron ne retirera pas les soldats de Barkhane avant les élections présidentielles de 2022 en France, car un tel retrait serait un signe d’échec pour lui », estime-t-elle.

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