Politique économique

Coronavirus : vers plus de souplesse dans la politique monétaire tunisienne ?

Le chef du gouvernement tunisien, Elyes Fakhfakh.

Le chef du gouvernement tunisien, Elyes Fakhfakh. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Alors que le chef du gouvernement, Elyes Fakhfakh, a annoncé le 8 mars que l’épidémie pourrait coûter 0,5 % du PIB tunisien, les opérateurs économiques espèrent un geste de la banque centrale.

« Si la Tunisie évite la récession en 2020, ça sera déjà un exploit », souligne Kais Kriaa, dirigeant de la société financière AlphaMena. Un pessimisme qui, pour une fois, ne prend pas racine dans les mauvais chiffres macro-économiques du pays mais dans l’épidémie du Coronavirus. Si le pays n’a, pour l’heure, recensé que cinq cas, son économie pourrait vite être fortement grippée. Les principaux pays avec lesquels la Tunisie commercent sont l’Italie, la France et l’Allemagne, soit les trois principaux pays touchés par le virus en Europe.

Jusqu’ici, le gouvernement n’a pas pris de mesures économiques spécifiques et joue la montre, surtout que les ministres dont celui des Finances, Nizar Yaïche, ne sont en place que depuis le 27 février. Pourtant, le temps presse. Le chef du gouvernement, Elyes Fakhfakh, a annoncé le 8 mars que l’épidémie pourrait coûter 0,5 % du PIB.

Une mission du FMI scrutée par l’ensemble du continent

Les acteurs financiers demandent à la Banque centrale de Tunisie (BCT) de faire un geste, notamment en faveur des PME qui sont les plus touchées. « Il faut absolument assouplir les conditions de refinancements des banques pour qu’elles puissent faire crédit aux petites entreprises », analyse Kais Kriaa. Une politique qui va à l’encontre de l’orthodoxie imposée jusque-là. Sous la contrainte du FMI, la banque centrale a ainsi imposé la réduction du taux de remboursement des crédits de 150 % des réserves des banques à 120 %, afin de respecter les normes internationales de Bâle.

La prudence affichée dernièrement par l’agence de notation Moody’s sur la Tunisie ne devrait pas inciter l’argentier tunisien à plus de laxisme. À moins que… Une délégation du FMI doit se rendre, avant le 20 mars, à Tunis dans le cadre du mécanisme élargi de crédits (MEDC). Une visite qui sera scrutée par l’ensemble du continent. Le bailleur international pourrait se montrer – relativement – moins rigoureux qu’à l’accoutumée sur les conditions d’obtention de son aide du fait de la pandémie. Il va d’ailleurs débloquer 50 milliards de dollars à l’échelle mondiale dans le cadre de la lutte contre le virus, dont 10 milliards de prêts à taux 0 pour aider les pays les plus vulnérables.

Baisse des taux d’intérêt

Ce desserrement monétaire souhaité par la place de Tunis est d’autant plus attendu que la banque centrale américaine a baissé le 3 mars, à la surprise générale, ses taux de 0,5 point. La Banque centrale européenne devrait, quant à elle, annoncer le 12 mars des mesures qui seront probablement suivies par les marchés émergents, estime Edward Glossop, spécialiste du secteur Emerging Markets à Capital Economics. Selon lui, l’Inde, le Mexique ou encore l’Afrique du Sud, viennent tout juste de prendre la mesure de l’impact économique du coronavirus, devraient prendre des décisions similaires dans les jours à venir.

En Afrique, les pays producteurs de pétrole ne seront pas les seuls à être fortement touchés. Les pays ayant un important secteur touristique devraient également souffrir, à l’image de l’Égypte, du Kenya, de l’Afrique du Sud, mais aussi du Maroc – la ligne Casablanca-Pékin, ouverte le 16 janvier, a été suspendue – et de la Tunisie dont le tourisme, qui représente entre 7 et 14 % du PIB selon les calculs, était reparti récemment à la hausse.

Les pays fortement imbriqués dans la chaîne de valeurs européenne doivent s’attendre à un fort ralentissement : à Casablanca et au Caire, les bourses ont perdu environ 11 % de leur valeur en une semaine et l’indice régional d’Afrique de l’Ouest, la BRVM, a chuté de 8,55 % depuis le début de l’année. L’indice tunisien résiste un peu mieux avec une baisse de 5,30 % sur les sept derniers jours. Mais les experts scrutent les secteurs porteurs comme l’agro-alimentaire, l’aérospatiale ou encore les composants automobiles, qui dépendent quasi entièrement du marché européen. Des filières fortement génératrices de devises et d’emplois.

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