Sécurité

Bénin : les services de sécurité affirment avoir déjoué une tentative de déstabilisation

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 05 mars 2020 à 16h43
Le président béninois Patrice Talon,n lors du défilé militaire du 1er août 2019 (illustration)

Le président béninois Patrice Talon,n lors du défilé militaire du 1er août 2019 (illustration) © CC / Flickr / Présidence béninoise

Une vingtaine de personnes, dont dix militaires, ont été appréhendées mi-février à Cotonou dans le cadre d’une enquête sur une tentative présumée de déstabilisation. Les premières auditions ont démarré devant le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET).

« Les prévenus se préparaient à renverser le régime en s’en prenant au président Patrice Talon et aux têtes de pont de son pouvoir », a affirmé à Jeune Afrique une source militaire proche du dossier. Ils prévoyaient « d’attaquer le président béninois lors d’un déplacement à l’intérieur du pays », selon cette source, qui assure que « leur intention était ensuite d’organiser de nouvelles élections ».

Selon nos informations, l’enquête a démarré en décembre 2019. Des officiers de la Direction des services de liaison et de la documentation (DSLD), les services du renseignement béninois, ont été intrigués par des contacts réguliers entre une dizaine d’officiers de l’armée et un colonel à la retraite, Pascal Tawès, ancien attaché militaire à l’ambassade du Bénin à Washington.

Après un rapport circonstancié de surveillance transmis au lieutenant-colonel Pamphile Zomahoun, patron de la DSLD, il a été décidé de mettre les suspects sur écoute. Pendant plusieurs semaines, leurs conversations téléphonique ont été épiées par les agents du renseignement.

Achat d’armes au Nigeria

C’est l’analyse de ces écoutes qui a conduit les enquêteurs à conclure qu’« un coup d’État était en préparation sous la coordination du colonel Tawès », qui réside actuellement aux États-Unis. « Il y a eu des négociations qui se sont tenues au Nigeria pour s’approvisionner en armes », affirme par ailleurs notre source militaire.

« Le colonel Tawès et une dizaine d’officiers, ainsi que cinq civils béninois, se sont rencontrés à plusieurs reprises à Lagos, d’abord, puis par deux fois à Lomé, pour discuter des modalités opérationnelles de la « décapitation »  du pouvoir du président Patrice Talon », assure encore notre source.

Ces éléments, transmis par la DSLD à Gilbert Togbonon, le procureur spécial de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), ont conduit le magistrat à déclencher, mi-février, une vaste opération de police visant à interpeller les civils et militaires suspects présents au Bénin. Les auditions de ces derniers par le parquet spécial sont toujours en cours.

« Complot contre l’État »

Ce n’est pas la première fois que le nom du colonel Pascal Tawès est cité dans une affaire de tentative présumée de déstabilisation. En 1992, sous le président Nicéphore Soglo, il avait été accusé de « trahison » et de « complot contre l’État ». Condamné par contumace en 1994, il avait finalement été réhabilité.

En 1997, sous la présidence de Thomas Boni Yayi, il a été nommé attaché de défense à l’ambassade du Bénin à Washington. « Une façon de l’éloigner du pays, selon les rumeurs de l’époque », glisse un officier de l’armée en retraite, sous couvert d’anonymat. À la retraite depuis 2013, Pascal Tawès avait ensuite décidé de continuer à vivre aux États-Unis.

Parmi les civils arrêtés dans le cadre de cette enquête figure notamment un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, par ailleurs cadre de l’Union sociale libérale (USL) de Sébastien Ajavon. « Très préoccupé par cette affaire », et en particulier « par les conditions d’arrestation et de détention de notre collègue », Donklam Aballo, porte-parole de l’USL a exprimé à Jeune Afrique son « souhait que les enquêtes aillent très vite, pour que triomphe la vérité ». « Nous ne le connaissons pas violent, et sommes surpris des accusations portées à son encontre », a-t-il ajouté.

Cette affaire de tentative présumée de déstabilisation intervient après plusieurs mois de tensions politiques fortes entre le pouvoir et l’opposition, à deux mois d’élections locales cruciales et à un an de la présidentielle de 2021.

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