Politique économique

[Tribune] Autonomisation des femmes : booster l’entrepreneuriat féminin ne suffira pas

Par

Fondatrice et directrice générale d'Empow'Her qui oeuvre depuis 2011 pour l'autonomisation des femmes dans le monde

Des femmes dans un commerce de Lagos, Nigeria.

Des femmes dans un commerce de Lagos, Nigeria. © SUNDAY ALAMBA/AP/SIPA

Le sujet de l’autonomisation se perçoit de plus en plus à travers le prisme de l’entrepreneuriat féminin. Mais faute d’une bonne compréhension des enjeux liés à l’empowerment des femmes, les programmes d’actions visant à soutenir les femmes entrepreneures n’ont pas toujours les effets escomptés.

En Afrique subsaharienne, 22 % des femmes en âge de travailler (18-64 ans) se sont récemment lancées dans l’entrepreneuriat. L’entrepreneuriat peut en effet être une alternative puissante pour les femmes face à l’absence d’emploi salarié, aux barrières persistantes à l’entrée sur le marché du travail ou encore face à des options d’emploi plus précaires ou moins épanouissantes.

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Mais si leur activité peut leur permettre de s’assurer à elles-mêmes une source de revenus prévisible et régulière et leur apporter une liberté de créer et une reconnaissance par les autres membres de la communauté, force est de constater que ce n’est pas toujours le cas.

Tout au long de leur vie, les femmes, quel que soit leur pays d’origine, font en effet face à des systèmes inégalitaires et discriminants qui viennent nécessairement impacter leur potentiel et leurs capacités en tant qu’entrepreneure, comme l’illustrent les statistiques suivantes :

42 % des entrepreneures en Afrique subsaharienne sont des « entrepreneures par survie »

– Le taux d’activité entrepreneuriale totale pour les femmes représente 75 % de celui des hommes, selon les Women’s Entrepreneurship Reports (2016/2017 et 2018/2019), édités par Global Entrepreneurship Monitor.

– Dans certains pays comme le Burkina Faso, le Sénégal ou le Cameroun, 60 % des femmes entrepreneures n’ont jamais été à l’école.

– Les femmes sont 20 % plus nombreuses que les hommes à démarrer une activité entrepreneuriale, principalement car elles n’ont accès à aucune autre opportunité économique – les « entrepreneures par survie » représentent ainsi 42 % des entrepreneures en Afrique subsaharienne.

Trois groupes types de femme entrepreneures

– Globalement, les perspectives de croissance des femmes entrepreneures sont inférieures de 38 % par rapport à celles des hommes. 30 % des femmes en Afrique subsaharienne dont les entreprises ont échoué reportent l’absence de profit comme principale cause.

Outre les barrières rendues « visibles » par ces statistiques, auxquelles s’attaquent généralement des programmes d’actions bien ciblés (accès à l’éducation, aides financières spécifiques…), il est indispensable de prendre en compte les normes culturelles et sociales, moins visibles et moins mesurables, qui viennent également entraver sur les plans physique et psychologique le niveau d’indépendance, le sens des priorités et les aspirations individuelles des femmes.

Des prérequis à culturels à ne pas négliger

Par ailleurs, ce qu’il est intéressant de retenir de ces données est bien la multiplicité des contraintes rencontrées par les femmes entrepreneures, car elle explique pourquoi certaines stratégies, politiques ou programmes qui ciblent explicitement les femmes n’aboutissent pas toujours aux résultats espérés.

Parmi les enseignements tirés des huit années d’existence d’Empow’Her, on peut identifier aujourd’hui plusieurs éléments indispensables à la conception de stratégies autour de l’empowerment des femmes via l’entrepreneuriat, dont les quatre suivants :

– Étudier les besoins et contraintes des femmes au préalable est un prérequis pour assurer le succès du programme – cela permet de façonner des curriculums correspondant à une demande claire, reposant sur des opportunités de marché existantes, et prenant en compte les contraintes réelles des femmes. Par ailleurs, investir dans des pédagogies de développement personnel et dans la mise en œuvre d’actions plus complètes de sensibilisation auprès des femmes et de leurs communautés permet de plus facilement atteindre et de pérenniser les résultats recherchés.

– Miser sur une dynamique de collectif, notamment en incluant des actions visant à renforcer des organisations de femmes, à proposer des espaces (virtuels ou physiques) pour faciliter la mise en relation et le partage d’expérience, et à mettre en lumière des « modèles » qui inspirent les autres et challengent le statut quo.

– Pour rendre le système plus inclusif, il ne suffit pas d’encourager les femmes à être moins adverses au risque ou encore à adopter un style de leadership correspondant au style dominant. Il ne s’agit pas de  proposer des programmes enfermant les femmes dans davantage de stéréotypes ou dans un style entrepreneurial ne leur correspondant pas. Il est par ailleurs essentiel d’agir au niveau des institutions et des autres parties prenantes du secteur afin de faire évoluer la culture de l’écosystème dans son ensemble et d’impliquer femmes et hommes dans la transformation du secteur.

– Enfin, des indicateurs de mesure d’impact multidimensionnels peuvent (et doivent) être définis. Ce travail d’évaluation représente cependant un investissement humain important étant donné le caractère complexe de la notion d’empowerment.

Ce texte est adapté d’un article paru dans le dernier numéro consacré aux inégalités au genre de la revue trimestrielle « Secteur privé & développement » éditée par Proparco, filiale de l’Agence française de développement. Il est repris ici avec l’autorisation expresse de SP&D et de son auteur.

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