Politique

Sénégal : Guy Marius Sagna remis en liberté après trois mois de détention provisoire

Guy Marius Sagna, lors d'une manifestation à Dakar en juillet 2019.

Guy Marius Sagna, lors d'une manifestation à Dakar en juillet 2019. © DR / Facebook GM Sagna

Arrêté le 29 novembre dernier lors d’une manifestation devant le palais présidentiel, l’activiste sénégalais a été remis en liberté provisoire mardi. Guy Marius Sagna devrait reprendre son combat au sein du collectif Frapp-France dégage « dans quelques jours ».

Après 3 mois de détention, c’est un Guy Marius Sagna « dans un excellent état d’esprit » et en bonne santé qu’ont retrouvé ses proches, mardi après-midi. Ils étaient plusieurs dizaines selon ses soutiens à s’être massés devant les portes du camp pénal de Liberté VI à l’annonce de la libération de l’activiste, retenu dans l’établissement pénitentiaire depuis le 4 décembre. Discret depuis sa libération, Guy Marius Sagna serait rentré dans sa famille dans la région de Kaffrine, selon ses proches.

Trois mois de détention

Le membre des mouvements citoyens « Aar li ñu bokk » (« préserver ce que nous avons en commun ») et « Frapp-France Dégage » avait été arrêté le 29 novembre 2019, lors d’une manifestation contre la hausse des prix de l’électricité.

Accusé de « participation à une manifestation interdite, rébellion et actions diverses », le militant n’en était pas à se première demande de liberté provisoire, effectuée par le biais de ses avocats. Les huit autres militants arrêtés en même temps que lui, contre lesquelles la charge de « rébellion » n’avait pas été retenue, avaient, eux, été libérés rapidement après leur arrestation.

« Le droit de manifester est respecté au Sénégal. Il a été arrêté parce qu’il s’accrochait aux grilles du palais », assurait à Jeune Afrique une source proche du pouvoir, au lendemain de son interpellation.

Ses proches voient plutôt dans ces trois mois de détention une volonté des autorités de museler l’activiste, connu pour ses prises de position radicales contre le néo-colonialisme, le libéralisme économique ou en faveur d’une meilleure transparence dans la gestion des ressources naturelles nationales.

Cet ancien militant du Rassemblement des travailleurs africains – Sénégal (RTA-S) – avait, avant cette incarcération, déjà été emprisonné à de nombreuses reprises. « Guy est un élément très important dans la mobilisation de la société civile. L’action de terrain, c’est lui », assure Ndeye Fatou Blondin Diop, qui partage avec lui la tête du comité de coordination du collectif « Aar li ñu bokk ». Pour elle, « s’il est resté si longtemps en prison, c’est parce que ça correspondait au bon vouloir du prince. »

« Dur à cuire »

Ndeye Fatou Blondin Diop, qui assure lui avoir rendu visite une fois par semaine lors de sa détention, décrit « un dur à cuire », qui supportait ses conditions de détention (interdiction de téléphoner, isolation) grâce à la lecture et se tenait « prêt à passer jusqu’à six mois en prison ».

Se définissant comme un activiste de la « gauche anti-impérialiste et panafricaine », Guy Marius Sagna se veut l’un des hérauts de la souveraineté économique et démocratique du Sénégal. « Le peuple a besoin d’un outil de lutte, d’élaborer un plan d’action et d’édifier un rapport de force », confiait-il à Jeune Afrique, quelques jours avant son arrestation.

Une position qui lui aurait en partie valu sa détention, selon ses proches. S’il a été « séquestré », c’est parce que « [la France] a voulu des sanctions politiques contre le sentiment « anti-français » », juge Pape Abdoulaye Seck, chargé de communication du collectif Frapp.

Il n’était pas l’otage politique de Macky Sall, quoi qu’en dise l’opposition

Des accusations d’instrumentalisation politique de la justice que balaie le porte-parole adjoint de l’Alliance pour la République (APR, parti présidentiel), Abdou Mbow : « Si Guy Marius Sagna a été libéré, c’est parce que la justice sénégalaise a jugé nécessaire de lui accorder sa liberté provisoire. Il n’était pas l’otage politique de Macky Sall, quoi qu’en dise l’opposition. La justice fait son travail en toute sérénité et sans pressions », soutient le membre de l’APR.

Le collectif Frapp, qui se réjouit du « retour d’un soldat qui va rejoindre les rangs de la résistance » contre « le néo-colonialisme et le néo-libéralisme », prépare quant à lui l’organisation de « la contre-fête de l’indépendance » le 4 avril prochain. « Nous allons célébrer les 60 ans de la défaite de l’indépendance à notre manière », détaille Pape Abdoulaye Seck. Une contre-fête à laquelle, il l’assure, Guy Marius Sagna sera présent.

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