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Double scrutin en Guinée : la communauté internationale revient dans le jeu

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Une affiche pronant le "oui" au référendum sur la nouvelle Constitution en Guinée.

Une affiche pronant le "oui" au référendum sur la nouvelle Constitution en Guinée. © REUTERS/Stringer

Alors que la communauté internationale a renoué le dialogue avec Alpha Condé au lendemain de l’annonce du report du double scrutin, l’opposition campe sur ses positions et continue à faire pression. Désormais, le flou s’installe quant à la tenue du scrutin dans les délais de deux semaines promis par le président.

Dans les jours précédents le double scrutin prévu initialement le 1er mars, elles avaient toutes, une par une, décidé de suspendre leur participation au processus électoral, en pointant la persistance d’irrégularités dans le fichier électoral. L’Organisation internationale de la Francophonie, la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et l’Union africaine (UA) ont décidé de revenir, après l’annonce par le président Alpha Condé du « léger report » des élections législatives et du scrutin référendaire, sur la nouvelle Constitution.

Dans un communiqué commun publié dès le 1er mars, la Cedeao – qui avait annulé une mission de haut niveau prévue vendredi 28 février – et l’UA ont salué la « décision importante et courageuse du président guinéen ».

Mission technique de la Cedeao

Les deux organisations plaident pour que « le délai de report soit efficacement mis à profit pour renouer un dialogue serein et responsable entre tous les acteurs politiques et sociaux de manière (…) à créer les conditions d’un scrutin crédible, libre et transparent »Dès le lendemain, la Cedeao annonçait le déploiement d’une « mission technique » du 3 au 13 mars.

Un retour dans le processus électoral soutenu par l’OIF, qui s’était pourtant retirée du scrutin une semaine avant l’échéanceL’OIF dit « souhaiter, à l’instar des deux partenaires, que le report des élections législatives et du référendum constitutionnel puisse contribuer à établir un fichier électoral fiable et consensuel ». Elle rappelle également les conclusions de la mission technique qu’elle a déployé en Guinée du 10 novembre au 7 février, selon lesquelles « le fichier électoral de 2015 comportait 2 490 664 électeurs problématiques qui continuent malgré tout de figurer dans la base de données actuelle. »

Dans ce communiqué, Louise Mushikiwabo, la secrétaire générale de la Francophonie, « réitère aux autorités nationales la disponibilité de l’OIF à poursuivre, aux côtés des partenaires régionaux et internationaux, son engagement » en Guinée. Selon nos sources, des experts désignés par l’OIF se rendront à Conakry d’ici ce samedi.

Les trois experts envoyés par la Cedeao – des ingénieurs informaticiens – sont pour leur part déjà arrivés, le 3 mars. « Ce retour [de la Cedeao] s’apparente davantage à une mission d’audit. Nous ne connaissons pas leur cahier des charges et ne savons pas quelle sera précisément leur mission », précise à Jeune Afrique Salif Kébé, le président de la Commission nationale électorale indépendante, qui assure qu’il les rencontrera. 

Chacun maintien ses positions

Outre la question, épineuse, du nettoyage du fichier électoral, se pose également celle du caractère inclusif des élections législatives. Les principaux partis d’opposition, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG de Cellou Dalein Diallo) et l’Union des forces républicaines (UFR, de Sidya Touré), maintiennent leur appel au boycott.

De son côté, Alpha Condé a déjà prévenu : « Je persiste encore, et c’est important : ne seront concernés [par le scrutin à venir] que les partis qui sont déjà en compétition, c’est-à-dire qui sont en règle devant la Ceni [Commission électorale nationale indépendante]. »

Le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), qui rassemble les partis d’opposition et des organisations de la société civile, continue par ailleurs d’appeler à des manifestations. Dans un texte adressé à la Cedeao, le FNDC réclame « l’abandon total du projet de coup d’État constitutionnel qui garantirait un troisième mandat à Alpha Condé ».

Calendrier serré

Si, lors de son discours du 28 février, le président guinéen a parlé de « report léger » et avancé un délai de « deux semaines », aucune date n’a pour l’heure été fixée pour le double scrutin. Le calendrier est pourtant serré. Selon le protocole de la Cedeao sur la démocratie et la bonne gouvernance, « aucune réforme substantielle de la loi électorale ne doit intervenir dans les six mois précédant les élections, sans consentement d’une large majorité des acteurs politiques ».

Or, l’élection présidentielle est prévue en octobre prochain. La Ceni, qui a les cartes en main, doit donc impérativement organiser le scrutin avant fin avril. « Nous fixerons sans doute la date du scrutin à l’issue de la mission des experts de la Cedeao », promet Salif Kébé.

Du côté du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG-Arc-en-ciel, parti présidentiel), on s’impatiente. « Nous exigeons que les élections aient lieu dans les deux semaines annoncées par le président Alpha Condé. Nous pouvons éventuellement accepter un retard d’un ou deux jours, mais pas de deux semaines ! », prévient Amadou Damaro Camara, le président du groupe parlementaire du parti présidentiel.

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