Mines

Polémique autour de la mine d’or de la Sokimo à Kibali, dans l’est de la RDC

La mine aurifère de Kibali, dans la région d'Ituri, en RDC.

La mine aurifère de Kibali, dans la région d'Ituri, en RDC. © Randgold

Après Barrick Gold qui a demandé à la junior canadienne AJN Resources d’abandonner son projet de rachat, plusieurs organisations non gouvernementales congolaises dont la Cogep s’insurgent contre le projet de conversion des droits de Sokimo en participation directe dans la mine aurifère de Kibali.

Début février, AJN Resources Inc. a officialisé la signature d’un protocole d’accord (MoU) avec la Société minière de Kilo-Moto (Sokimo). Le contrat prévoit la cession des 10 % de participation que Sokimo détient dans Kibali Goldmines SA, à la société minière canadienne AJN Resources.

Outre les 10 % de la société publique congolaise, Kibali Goldmines est contrôlée conjointement par Barrick (45 %) et par AngloGold Ashanti Ltd (45 %). La coentreprise opère ainsi le méga gisement aurifère situé dans la province de Kibali Sud, et dont les réserves aurifères certifiées sont évaluées à 1,5 million d’onces, soit 2,3 milliards de dollars au prix actuel de l’or.

Par ailleurs, et ce quelques mois auparavant, le ministère congolais des Mines avait approuvé, par arrêtés du 29 novembre 2019, la cession totale des trois permis d’exploitation de la Sokimo en faveur de la société Kodo Resources SARL.

« Bradage des ressources naturelles »

Ces deux transactions sont qualifiées par plusieurs organisations non gouvernementales congolaises, de bradage des ressources naturelles. Elles appellent les autorités à la résiliation desdits contrats.

Dans le cadre du protocole d’accord du 6 février dernier, AJN Resources a été chargé de lever environ 20 millions de dollars canadiens (13,4 millions d’euros) sur le marché international pour développer la mine.

« La valeur financière de 10 % des parts de la Sokimo dans Kibali Goldmines, telles que cédées à AJN, sur les dix prochaines années d’existence de la mine, représenterait plus de sept milliards de dollars américains », a indiqué Ernest Mpararo de la Ligue congolaise contre la corruption (Licoco).

Conflits d’intérêts ?

« Certains actionnaires d’AJN Resources ont travaillé dans le passé, en tant que responsables des sociétés partenaires de la Sokimo ou d’autres societés en RDC », explique un collectif d’ONG œuvrant dans le secteur des ressources naturelles, regroupées au sein du consortium « Le Congo n’est pas à vendre ».

Parmi les actionnaires de la junior canadienne, dont certains en sont les dirigeants, on retrouve par exemple Klaus Peter Eckhof (président et CEO d’AJN), cofondateur de Moto Goldmines Australia Pty Ltd, et président d’Amani Gold Ltd., une société qui détient 65 % dans le projet Giro Goldfields aux côtés de Sokimo (35 %) ; ou encore Nigel Munro Ferguson (CFO d’AJN) est par ailleurs managing director et director au sein de la minière australienne active en RDC Okapi Resources Ltd.

Par ailleurs, pour certains experts miniers, cette sortie est une forme de liquidation de l’entreprise étatique, qui ne dispose plus d’un droit de préemption. L’État perdrait, si l’accord devenait définitif, son droit de regard dans les développements de la mine.

Barrick Gold s’oppose vivement

L’annonce de la cession des intérêts de Sokimo dans Kibali Sud suscité le courroux de Barrick. Dans un communiqué publié le 20 février à Kinshasa, le géant minier dirigé par le Sud-Africain Mark Bristow, a dénoncé le non respect de la procédure dans la signature de ce protocole d’accord entre la Sokimo et AJN Ressource.

« La Sokimo est liée par un contrat avec Barrick et AngloGold Ashanti, ses partenaires de coentreprise. Elle ne peut pas vendre ou transférer ses actions dans Kibali Goldmines SA, propriétaire de la mine d’or de Kibali, sans leur approbation. Cette approbation n’a pas été demandée et ne sera pas accordée », a souligné Mark Bristow.

Prise de position du gouvernement

De son côté, le ministère du Portefeuille a également réagi sur ce dossier. « Il s’observe depuis quelques temps, une agitation injustifiée dans certains milieux, les réseaux sociaux et les journaux autour de simples déclarations d’intention entre la Société Minière de Kilo-Moto ‘Sokimo’ une société commerciale, libre de réfléchir sur tout modèle économique pouvant assurer sa survie et son développement à travers un accès aux dividendes d’une part, et AJN, société listée en bourse au Canada, d’autre part », écrit le directeur de cabinet du ministère du Portefeuille, Kabasele Bakenza.

Et de rappeler, qu’au stade actuel, « il n’y a aucun engagement définitif, si ce n’est qu’une déclaration d’intentions entre les deux parties qui exigerait, pour sa concrétisation toute une procédure suivante : l’approbation de la transaction par le conseil d’administration d’abord ensuite l’entérinement par l’assemblée générale et enfin le quitus du gouvernement représenté par le ministère du Portefeuille ».

Le ministère assure que le ministre, Clément Kuete Nyimi Bemuna, veille au grain pour le « respect de procédures légales en matière de gestion des entreprises du Portefeuille de l’État ».

 

Abonné(e) au magazine papier ? Activez gratuitement votre compte Jeune Afrique Digital pour accéder aux contenus réservés aux abonnés.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte