Société

#vraiefemmeafricaine : le hashtag qui réconcilie africanité et féminisme

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Mis à jour le 03 mars 2020 à 11h42
Bintou Mariam Traoré, initiatrice du hashtag #vraiefemmeafricaine.

Bintou Mariam Traoré, initiatrice du hashtag #vraiefemmeafricaine. © DR Bintou Mariam Traoré

Dénoncer la misogynie et les affronts subis au quotidien par les femmes africaines, briser les clichés, tout en donnant plus d’écho aux voix des femmes du continent. Depuis quelques jours, le hastag #vraiefemmeafricaine fait flamber les réseaux sociaux afroféministes.

« Une vraie femme africaine ne s’offusque pas quand son mari la trompe, elle se remet en question » ; « La vraie femme africaine fait un massage à son mari car ce dernier a mal partout à force de la tabasser » ; « Il te viole, viole tes enfants ? C’est ton mari, attrape ton cœur et prie : une vraie femme africaine ne laisse pas le diable gâcher son foyer »… 

Depuis plusieurs jours, les réseaux sociaux ont vu apparaître, sous forme d’inventaires à la Prévert absurdes, les injonctions misogynes, les clichés les plus éculés et les diktats les plus ridicules dont les femmes africaines sont l’objet. « Si ton mari te bat, cache-le et demande toi ce que tu as fait pour être corrigée [pour être une vraie femme africaine] », écrit ainsi une internaute. « Il ne faut pas avoir trop de diplômes les hommes n’aiment pas ça. Tes diplômes réduisent tes chances d’aller en mariage », avertit une autre.

Un hashtag de colère

Sous le hashtag #vraiefemmeafricaine, les internautes s’en donnent à cœur joie, maniant une ironie acide dont la subtilité échappe parfois à certains, qui s’empressent de « liker » au premier degré. D’autres encore foncent, tête baissée, et confirment l’ampleur des préjugés.

Lancé mercredi 26 février par Bintou Mariam Traoré, une journaliste et activiste ivoirienne de 26 ans, le hashtag #vraiefemmeafricaine s’est rapidement propagé sur les réseaux, du Mali aux États-Unis, de la Mauritanie à l’Afrique du Sud.

Tout est parti d’une publication sur Facebook. « Femme noire, tu enfanteras dans la douleur pour prouver que tu es une vraie Africaine », écrit Bintou Mariam Traoré dans le « post » qui a mis le feu aux poudres. La jeune ivoirienne, en colère, venait de lire une étude relatant que les femmes noires avaient tendance à être traitées plus durement par le corps médical lors de leurs accouchements.

Sa lecture la renvoie aux confidences de ses proches, à des phrases déjà entendues. Exemple : « Les vraies femmes africaines ne font pas de césarienne ». « Je me suis rendue compte que les médecins avaient tendance à nous traiter comme si nous étions immunisées contre la douleur », explique Bintou Mariam Traoré à Jeune Afrique. « Mais les femmes noires ne sont pas vouées à souffrir ! »

On m’a toujours dit que je n’étais pas une « vraie femme africaine » parce que j’étais féministe

« En vérité, j’ai lancé ce hashtag parce qu’on m’a toujours dit que je n’étais pas une « vraie femme africaine » parce que j’étais féministe », confie Bintou Mariam Traoré, qui constate qu’« il suffit que tu ouvres la bouche pour dénoncer quelque chose pour passer de « vraie » à « fausse » africaine ».

« Et qu’on arrête de nous dire que la femme africaine est une reine dans nos sociétés traditionnelles, que c’est elle qui détient le véritable pouvoir ! Je n’ai jamais vu une personne puissante se faire violer ou se faire battre autant que l’est la femme noire. »

Beaucoup d’hommes n’acceptent le féminisme qu’à la condition qu’il ne les bouscule pas trop

« Surprise » que le hashtag ait rencontré un tel écho, elle qui se « débat depuis des années sur les réseaux » pour porter son discours féministe, Bintou Mariam Traoré admet aussi avoir été choquée par le « déferlement de haine » qui l’a accompagné, en particulier de la part d’internautes masculins.

Dépasser la validation masculine

« On nous dit : « fermez-la ! », on ne veut juste pas entendre parler de notre combat. En vérité, beaucoup d’hommes n’acceptent le féminisme qu’à la condition qu’il ne les bouscule pas trop, dans leurs convictions comme dans leurs privilèges », observe la journaliste.

Elle espère que le phénomène #vraiefemmeafricaine contribuera à nourrir la réflexion et l’engagement des féministes sur le continent. Elle-même cite comme références des classiques de la littéraire africaine ou afro-américaine, préférés au Deuxième sexe de Simone de Beauvoir : Les traditions-prétextes, le statut de la femme à l’épreuve du culturel, (Constance Yaï) ; Une si longue lettre (Mariama Bâ), ou encore Ne suis-je pas une femme (Bell Hooks).

Optimiste, Bintou Mariam Traoré veut croire que sa génération saura faire porter sa voix au-delà « du regard et de la validation masculine ». « Nous n’avons pas besoin des hommes pour nous dire ce qui fait une vraie femme africaine », tranche-t-elle. Et de la femme africaine, elle a sa propre définition : « Un être humain avec un vagin, qui est né en Afrique ». Rien de plus.

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