Sécurité

L’armée nigérienne au cœur d’un scandale sur des soupçons de surfacturations et de détournements

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Des soldats nigériens lors d'un exercice de libération d'otages, en mars 2015.

Des soldats nigériens lors d'un exercice de libération d'otages, en mars 2015. © Jerome Delay/AP/SIPA

Alors qu’un audit est en cours au ministère nigérien de la Défense, des soupçons de surfacturation et de non-livraison de matériel militaire fragilisent l’armée nigérienne. L’affaire pourrait se terminer devant les tribunaux.

Les termes sont policés, dans la bouche du porte-parole du gouvernement, Zakaria Abdourhamane. « C’est dans le but d’améliorer l’efficacité de la dépense publique que le président a demandé à l’inspection générale des armées de mener un audit de la gestion des marchés au ministère de la Défense », a déclaré ce dernier le 26 février.

Cet audit, mené depuis la fin de l’année 2019, « a relevé des insuffisances dans les procédures d’attribution des marchés ainsi que dans le suivi de leurs exécutions », a ajouté Zakaria Abdourhamane.

Menaces de poursuites et sanctions

Le gouvernement assure vouloir « faire rembourser les montants indûment perçus » et transmettre « aux tribunaux les dossiers des fournisseurs qui refuseraient de s’exécuter ». Des « sanctions administratives appropriées » seront prises à l’encontre des agents publics incriminés, a conclu le porte-parole.

Mais de qui parle-t-on ? L’audit mené par l’actuel ministre de la Défense, Issoufou Katambé, en poste depuis septembre 2019 porterait, selon nos informations, sur l’ensemble de la période 2011-2019 et concernerait la gestion du portefeuille par deux ex-ministres : Mahamadou Karidjo et Kalla Moutari.

Plusieurs cas de surfacturation et de fausses factures, en lien avec des entreprises russes, ukrainiennes, chinoises ou israéliennes

Des implications politiques ?

Mahamadou Karidjo est aujourd’hui ministre des Transports, tandis que Kalla Moutari, qui avait rejoint le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement en septembre 2019, a quitté le gouvernement le 7 février dernier. Un autre « ex » de la Défense, Hassoumi Massaoudou, semble moins inquiété : il conserve son poste de ministre d’État auprès de la présidence.

Tous trois sont des cadres du parti au pouvoir, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS). Selon nos informations, Kalla Moutari n’a pour le moment pas été entendu par les enquêteurs en charge de l’audit. Autre limogé : le général Wally Karingama, remplacé par le général Didilli Amadou au poste de secrétaire général du ministère de la Défense.

L’audit, qui n’a pas encore été rendu public, doit être transmis au chef de l’État, Mahamadou Issoufou. Il a mis à jour plusieurs cas de surfacturation et de fausses factures, en lien avec des entreprises russes, ukrainiennes, chinoises ou israéliennes.

Une équipe d’enquêteurs s’est rendue à plusieurs reprises en Europe et en Asie afin de collecter des informations, le ministre Issoufou Katambé effectuant le voyage en Russie à la fin du mois de janvier.

« Politiquement explosif »

Un des montages dévoilés par l’audit concerne des soupçons portant sur une commande de camions et de moteurs d’avions à la société ukrainienne Motor Sich, pour la somme totale de 10,5 milliards de francs CFA. Cette dernière a récemment affirmé qu’elle n’avait jamais signé de contrat avec le ministère de la Défense nigérien et que « tout document en ce sens » serait « un faux ». Le montant total des malversations mis au jour par l’audit serait de plusieurs centaines de milliards de francs CFA.

L’affaire peut-elle se terminer devant les tribunaux ? Dans un document sonore enregistré à son insu au ministère de la Défense, Issoufou Katambé s’est engagé récemment à « faire payer » les responsables. L’opposition exige quant à elle « la transmission sans délai du rapport d’inspection aux juridictions compétentes », selon un communiqué du 29 février.

Enfin, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), organe public composé de représentants du gouvernement, du parlement, d’ONG, de syndicats et de juristes, « encourage » elle aussi « le chef de l’État à donner une suite judiciaire » à l’affaire.

« Politiquement, c’est explosif puisque les ministres cités sont des cadres du PNDS », confie un diplomate en poste à Niamey. « Si elle est avérée, ce serait la plus grande prédation de l’histoire du Niger », conclut-il.

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