Politique

Double scrutin en Guinée : les « préparatifs sont quasiment bouclés », assure la Ceni

Réservé aux abonnés | | Par - à Conakry
Mis à jour le 29 février 2020 à 11h31
Des bulletins de vote pour le double scrutin de ce dimanche 1er mars en Guinée, à l'aéroport de Conakry le 18 février 2020.

Des bulletins de vote pour le double scrutin de ce dimanche 1er mars en Guinée, à l'aéroport de Conakry le 18 février 2020. © REUTERS/Stringer

À la veille d’un double scrutin qui s’annonce tendu en Guinée, Amadou Salif Kébé, le président de la Commission électorale nationale indépendante affirme que tout est en ordre pour que les opérations de vote se tiennent de manière normale. Et fustige au passage les critiques portées par l’OIF.

[Quelques heures après la publication de cet entretien, le président Alpha Condé annonçait le report des deux scrutins initialement prévus le 1er mars

Les Guinéens sont appelés aux urnes, dimanche, pour un double scrutin crucial qui se tient dans un contexte de fortes tensions entre le pouvoir et l’opposition. Les électeurs doivent voter pour les législatives et pour le référendum sur la nouvelle Constitution.

L’opposition et une frange de la société civile appellent à boycotter les deux scrutins, affirmant notamment que toute réforme constitutionnelle ouvrirait la voie à une possible candidature d’Alpha Condé à un troisième mandat.

Amadou Salif Kébé, président de la Commission nationale électorale indépendante (Ceni), assure que tout est en ordre pour que le scrutin se tienne de manière sereine, tout en reconnaissant qu’il existe des craintes de violences. Il fustige également le dernier communiqué de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Jeune Afrique : La Ceni est-elle prête à organiser le double scrutin dans de bonnes conditions ?

Amadou Salif Kébé : Les préparatifs sont quasiment bouclés. Le matériel électoral est déployé, même dans les régions les plus reculées. Tous les bureaux de vote ont été pourvus.

Nous sommes en train de former les membres des bureaux de vote. Les présidents et vice-présidents des commissions administratives de centralisation des votes sont également en train d’être formés. Tous seront à leur poste pour que dimanche, les opérations de vote puissent démarrer à la première heure.

Où en êtes-vous de la distribution des cartes d’électeurs ?

Elles ont été retirées à près de 78 %. C’est très encourageant. Il y a un engouement certain, bien qu’on ait observé une certaine peur chez les agents distributeurs des cartes d’électeurs, qui craignent des représailles en raison du boycott des élections lancé par l’opposition. Il y a également des citoyens qui craignent des violences.

Lors du scrutin présidentiel à Conakry, en 2010 (illustration).

Lors du scrutin présidentiel à Conakry, en 2010 (illustration). © Jerome Delay/AP/SIPA

Il y a eu des incidents sérieux dans les ambassades de Guinée à Freetown et à Londres. Et à Labé, les locaux de la commission électorale préfectorale indépendante ont été incendiés. Dans ces conditions, le scrutin peut-il se tenir en toute sérénité ?

Ce sont malheureusement des choses prévisibles lors de toute élection… Nous demandons aux services de sécurité de pleinement jouer leur rôle pour prévenir de tels actes.

Dans les ambassades, il sera difficile de remplacer les cartes d’électeurs perdues. Une solution a été préconisée, mais la décision n’a pas encore été prise : que les électeurs puissent voter après présentation du récépissé de leur carte, avec le passeport avec lequel ils se sont enregistrés, ou leur carte consulaire. Dans tous les cas, il faudra qu’ils soient enregistrés sur la liste d’émargement.

L’armée de terre a reçu pour consigne de se mettre en alerte, et pourrait également être appelée à sécuriser les opérations de vote, à en croire un communiqué de l’armée de terre. Est-ce une bonne solution, selon vous, d’avoir recours aux militaires ?

C’est une mesure qui n’a pas été prise par la Ceni. Il existe déjà l’Unité spéciale de sécurisation des élections législatives (USSEL).

L’autorité politique et administrative peut avoir des informations que nous, nous n’avons pas, et considérer que l’USSEL pourrait être contrainte à faire appel à l’armée.

La Ceni avait affirmé avoir assaini le fichier électoral. Or, l’Organisation internationale de la Francophonie a pourtant déploré la subsistance de plus de deux millions « d’électeurs problématiques »…

Il y a des contrevérités dans le communiqué de l’OIF, qui contredit le rapport de ses propres experts. 80 % du contenu de ce communiqué sont faux. Le communiqué de l’OIF dit que les 2 millions d’électeurs problématiques ont été découverts lors de l’audit du fichier réalisé en 2018, et que la Ceni n’aurait pas tenu compte de leur signalement. C’est faux !

Ces 2 millions d’électeurs sont apparus lors de la révision 2019. En 2018, il y avait 1,5 million d’électeurs qui n’avaient pas d’empreintes digitales, pas de photo. Alors que les 2 millions dont on parle ici sont bel et bien dans la base des données, mais ils n’ont pas scanné leur pièce d’identification pour la joindre à leur dossier. C’est tout le problème.

Pourquoi l’OIF publierait-elle de fausses informations ?

En lisant le rapport, vous verrez qu’il ne correspond pas au contenu du communiqué. L’OIF fait de la politique en lieu et place de l’expertise.

Quand les résultats seront-ils disponibles ?

Nous pensons que nous pourrons publier les résultats provisoires dans la nuit de dimanche à lundi, voire lundi très tôt. La loi nous accorde 72 heures, à compter de la réception du dernier procès verbal des bureaux de vote, pour le faire.

Le décompte de certaines circonscriptions, comme Ratoma, Matoto, Nzérékoré et, parfois, Kankan, peut s’avérer long : chacune dépasse le millier de bureaux de vote. Mais pour ce scrutin, nous souhaitons que les résultats soient d’abord regroupés au niveau des commissions administratives de centralisation des votes (CACV) et qu’ils soient ensuite remontés par voie électronique, pour pouvoir les proclamer au fur et à mesure.

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