Agroalimentaire

Neuf ans après, le Kenya relance la privatisation de ses cinq sucreries nationales

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Un agriculteur récoltant la canne à sucre, au Kenya

Un agriculteur récoltant la canne à sucre, au Kenya © Rmanyiza (CC)

Le processus de privatisation enclenché en 2011 s’était enlisé, mais le Kenya souhaite bien transférer ses cinq entreprises sucrières au secteur privé. Une taxe sur le sucre est également en projet.

C’est un long serpent de mer que relance le cabinet du président Uhuru Kenyatta en soutenant la privatisation des cinq entreprises sucrières du pays : South Nyanza (Sony), Miwani, Nzoia, Chemelil et Muhoroni.

Il a annoncé le 24 février qu’il allait reprendre l’intégralité des propositions formulées par le groupe de travail sur le sucre, formé en novembre 2018 pour réformer ce secteur structurellement défaillant, marqué par un sous-investissement chronique, des équipements vétustes et des dettes massives : l’endettement cumulé de ces cinq sociétés est évalué à 893 millions de dollars (800 millions d’euros).

Parmi les propositions du groupe de travail, la privatisation des cinq entreprises publiques du secteur, une loi réformant la réglementation du secteur (dont les règles d’importation), ainsi que la mise en place d’une taxe sur le sucre, payée par le consommateur, et dont les recettes doivent permettre « d’aider les agriculteurs à développer leur culture de canne à sucre ».

Notre travail est de soutenir les intérêts des agriculteurs

Au sujet des privatisations, Uhuru Kenyatta a déclaré que « le secteur privé fera du business, tandis que notre travail est de soutenir les intérêts des agriculteurs », confirmant retenir l’option de la privatisation.

Un secteur sucrier délicat à réformer

L’annonce du président Uhuru Kenyatta de valider les propositions du groupe de travail suscite déjà les craintes de l’Alliance nationale des producteurs de canne à sucre, qui a aussitôt demandé au président de ne pas mettre en application les propositions du groupe de travail.

En 2011 déjà, le Sugar Amendment Bill 2011 devait autoriser des « investisseurs stratégiques » à prendre une participation supérieure à 51 % dans le capital des sucriers public, « tout en ménageant la partie restante pour les agriculteurs », assurait alors le secrétaire permanent du ministère de l’Agriculture. Le texte répondait à des manifestations d’intérêt d’investisseurs potentiels, issus de Maurice, du Brésil et de Turquie.

Mais le texte avait vacillé sur la part du capital des entreprises sucrières à réserver aux agriculteurs de la filière. Après plusieurs reports de ce projet de privatisation, les sénateurs ont finalement rejeté le texte en mars 2019, par peur de révoltes paysannes.

Le secteur sucrier kényan (entreprises, publiques comme privées) ne parvient pas à répondre à la demande, estimée à quelque 870 000 tonnes par an. Le Kenya a ainsi importé 458 631 tonnes de sucre en 2019, contre 284 169 tonnes en 2018, soit une progression de 61 %, selon les données du directoire kényan du sucre.

Cette forte demande en sucre a même permis l’essor d’un commerce de contrebande. En juin 2018, la police a saisi d’importantes quantités du sucre importé illégalement et arrêté plusieurs individus en lien vers ce trafic de sucre brut, contaminé aux métaux lourds, suspectant même des filières contribuant au financement des milices islamistes radicales de Somalie Al-Shabab.

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