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Cet article est issu du dossier «Télécoms & internet : à l'heure des économies»

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Économie

Abidjan, un havre pour le haut débit

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Mis à jour le 30 mars 2018 à 15h33
Le câble ACE(photo d'illustration).

Le câble ACE(photo d'illustration). © Orange

Depuis 2012, la ville abrite l’un des principaux points d’entrée du câble sous-marin ACE en Afrique de l’Ouest. Reportage dans cette station d’atterrissement ultra-connectée.

À l’extrême sud de Treichville, commune d’Abidjan, un large bâtiment aux allures d’ancienne usine accueille les locaux d’Orange-Côte d’Ivoire. Passez une barrière gardée par deux vigiles, entrez, montez au troisième et dernier étage, vous voici au coeur de la station d’atterrissement du câble sous-marin ACE (Africa Coast to Europe).

Le lieu – trois salles techniques et autant de bureaux réunis dans un vaste open space – ne paie pas de mine. Et pourtant ! Cette station a révolutionné pour les Ivoiriens l’accès à l’internet en leur offrant une connexion haut débit.

Câble

Long de 12 000 km et fin de 5 cm de diamètre, le câble en fibre optique ACE relie, depuis décembre 2012, la France à São Tomé-et-Príncipe. Une vingtaine d’opérateurs, menés par le français Orange et ses filiales ouest-africaines, se sont réunis pour financer cette infrastructure, évaluée à 700 millions de dollars (environ 515 millions d’euros), qui dessert 14 pays africains.

Jusque-là, la Côte d’Ivoire était connectée par un câble sous-marin (SAT-3) mis en service en 2001, propriété d’Orange. Le satellite pouvait aussi être utilisé en cas de panne ou de saturation, ce qui était fréquent. Aujourd’hui, 10 Gbit/s (gigabit par seconde) sont échangés quotidiennement entre la Côte d’Ivoire et le câble ACE. À cela s’ajoute le trafic apporté par le West African Cable System (WACS) de l’opérateur MTN, également mis en service en 2012.

Sécurité

Sur le trajet d’ACE, la station d’Abidjan est l’une des plus importantes, avec celle de Dakar. Une trentaine d’employés, dont une dizaine de techniciens, y travaillent. Leur activité consiste à gérer le trafic entrant et sortant. Ces opérations s’effectuent dans deux grandes salles sécurisées.

Sur le site, deux énormes générateurs alimentent en électricité les équipements immergés. C’est comme ça que le réseau circule entre la Côte d’Ivoire et le reste du monde.


>>> À LIRE – Télécoms : une révolution sous-marine


Les techniciens d’Orange ont constamment un œil sur l’état du réseau domestique. Ce matin-là, les responsables de la station s’affairent. La veille, le trafic a été longuement perturbé après une importante avarie sur le câble, alors Alexis Dodo Dealoue redouble de vigilance. Âgé de 50 ans, cet ingénieur en télécommunications a quinze années de carrière chez Orange.

« Il faut surveiller le réseau à chaque incident. Il y a trois semaines, à la suite d’un problème, la bande passante vers la France a été réduite. Il a fallu augmenter la capacité du câble SAT 3 pour compenser la perte » , explique-t-il.

Qualité

À l’approche des côtes, le câble est sujet à de nombreuses agressions. Les filets et les ancres des bateaux peuvent l’agripper. « Alors, toute la journée, il faut veiller à la qualité du réseau, maintenir les équipements en bon état, gérer les capacités, piloter les équipes » , raconte Soro Valy, un autre technicien en télécoms de 48 ans.

Pour assurer cette maintenance, le consortium utilise un navire câblier du groupe Alcatel-Lucent positionné au large du Cap-Vert. En cas de nécessité absolue, Orange peut utiliser l’infrastructure de son concurrent MTN grâce à un accord signé par les deux parties.

Depuis sa mise en service, et malgré des débuts délicats liés à la stabilisation du réseau, le câble ACE a permis d’accroître la capacité de la bande passante de près de 50 % – elle est de 20 Gbit/s, soit la plus grande de la côte occidentale du continent.

Avec, à la clé, un impact immédiat pour les opérateurs ivoiriens qui paient la capacité internet 40 % moins cher. Résultat : ils ont fortement baissé leurs prix. Le fournisseur YooMee propose un débit de 5 Mbit pour trente jours à partir de 15 000 F CFA (23 euros).

Vers de nouveaux prolongements

Aujourd’hui, quatorze pays sont connectés par ACE le long de la côte ouest de l’Afrique. Pour sept d’entre eux (Gambie, Guinée, Guinée équatoriale, Liberia, Mauritanie, São Tomé-et-Príncipe, Sierra Leone), il s’agit de la première connexion directe par un câble sous-marin.

Bien que dépourvus de façade maritime, le Niger et le Mali en tirent également bénéfice grâce à un prolongement terrestre. Dans une deuxième phase, six autres pays africains seront connectés (Bénin, Cameroun, RDC, Angola, Namibie et Afrique du Sud).

Des discussions sont en cours avec des opérateurs et des investisseurs privés des pays concernés. Orange espère que le prolongement du câble sera réalisé d’ici à deux ans au maximum. La fibre optique parcourra alors 17 000 km.

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