Politique

Double scrutin en Guinée : intense activité diplomatique à la veille d’un vote sous tensions

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Mis à jour le 28 février 2020 à 14h58
Alpha Condé, en campagne en Haute-Guinée, en vue du double scrutin du mois de mars 2020.

Alpha Condé, en campagne en Haute-Guinée, en vue du double scrutin du mois de mars 2020. © DR / Présidence guinéenne de la République

À la veille du double scrutin qui doit se tenir dimanche en Guinée, le pays est au centre de toutes les attentions. La Cedeao a annulé l’envoi d’une délégation de haut niveau, prévue ce vendredi.

Une délégation de la Cedeao, constituée de quatre chefs d’État – le Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, le Ghanéen Nana Akufo Ado, le Nigérian Muhammadu Buhari et le Nigérien Mahamadou Issoufou, président en exercice de l’organisation régionale – avait ainsi initialement prévu de se rendre à Conakry, ce vendredi. Finalement, le déplacement a été annulé.

L’information, révélée par RFI, a été confirmée à Jeune Afrique par une source à la présidence nigérienne, qui n’a cependant pas souhaité détailler plus avant les raisons de cette annulation. « Les relations entre les présidents nigérien et guinéen sont tendues, Mahamadou Issoufou étant le chantre du respect de la Constitution, il n’approuve pas le possible troisième mandat d’Alpha Condé », précise ce cadre de la présidence au Niger.

L’envoyé spécial de l’Organisation internationale de la Francophonie,  qui avait publié en début de semaine un communiqué affirmant qu’il était « difficile de continuer à soutenir le processus électoral en Guinée au vu de la confusion qui l’entoure », a de son côté sensiblement revu sa position.

Contacté ce jeudi par Jeune Afrique, Tieman Coulibaly, a en effet assuré que « l’OIF n’a jamais annoncé le retrait de son soutien au processus électoral ».

L’organisation a « juste fait des recommandations et demandé que, sur les 2 490 664 électeurs qui posent problème, qu’un consensus soit trouvé entre les différents camps, l’opposition, la majorité présidentielle ainsi que les autres acteurs électoraux, la Ceni et la société civile », a insisté l’ancien ministre malien des Affaires étrangères. « Malheureusement, le contexte est tel que l’on ne peut pas échapper à des interprétations de part et d’autre », regrettait le diplomate.

Le lendemain, Oria K. Vande weghe, la porte-parole de Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’OIF, a tenu à préciser, à l’inverse, qu’« il n’y aura pas de mission d’observation le 1er mars, ni ensuite ».*

L’enjeu de la participation

Principale critique de ces opposants : toute modification de la Constitution ouvrirait la voie à une possible candidature d’Alpha Condé à un troisième mandat. Face à eux, le président guinéen, qui a mené ces derniers jours une intense campagne dans plusieurs villes du pays, rassemblant des foules de partisans. De Kankan à Boké, le président guinéen a notamment plaidé pour défendre le bien fondé de la nouvelle Constitution, qu’il a notamment qualifiée de « Constitution écologique », affirmant qu’elle permettrait également de « renforcer le pouvoir du Parlement ».

« L’enjeu sera sur le taux de participation », reconnaît Bakary Mansaré, vice-président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), qui affiche sa sérénité quant au bon déroulement des opérations préparatoires au double scrutin. « Les Guinéens iront voter. Tout le matériel a été déployé dans l’ensemble des bureaux de vote », affirme-t-il à Jeune Afrique, assurant par ailleurs qu’« il y a deux jours nous étions à un taux de distribution de 78% des cartes d’électeurs. Cela veut dire que les citoyens sont décidés à aller voter », assure-t-il à JA.

Un pronostic que veut faire mentir l’opposition, dont le mot d’ordre n’a pas varié depuis des semaines : « le but est d’empêcher ce scrutin », affirme à Jeune Afrique Aliou Condé, secrétaire générale de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG, de Cellou Dalein Diallo). « Nous n’avons pas déposé de candidatures aux législatives parce qu’ils ont fabriqué un fichier électoral sur mesure, qui ne répondait pas à nos attentes. Toutes les conditions sont réunies pour que le pouvoir remporte la majorité des sièges. Ces élections vont être un jeu de massacre. Et même si nous étions allés à l’élection, nous, qui avions 37 députés en 2015, on ne pourrait pas espérer en obtenir plus de 15. »

Des accusations de manipulation du fichier électoral que balaie Papa Koly Kourouma, directeur de campagne pour les législatives du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG – Arc-en-Ciel, le parti au pouvoir). S’il reconnaît le chiffre de 2,4 millions d’électeurs fantômes inscrits sur le fichier électoral, « cela n’aura aucune incidence sur les résultats, car ceux-ci n’iront de toutes façons pas retirer leurs cartes d’électeurs », affirme-t-il.

Quant à ceux qui seraient tentés de suivre les consignes de boycott de l’opposition, « qu’ils aillent dire non aux urnes, ou qu’ils s’abstiennent », plaide Papa Koly Kourouma. « Notre mot d’ordre a été de demander aux jeunes du parti (RPG) de sécuriser leurs bureaux de vote respectifs. Ils seront là uniquement pour maintenir l’ordre et guider les électeurs », prévient par ailleurs Papa Koly Kourouma.

Sécurisation des opérations de vote

Dans ce contexte, la question de la sécurisation des opérations de vote a fait l’objet d’une attention particulière de la part des autorités. Une brigade dédiée – l’Unité spéciale de sécurisation des élections législatives (USSEL), regroupant des policiers et des gendarmes – a été mise en place en janvier par un décret présidentiel.

Un communiqué du chef d’état-major de l’armée de terre, qui a fuité en début de semaine sur les réseaux sociaux, appelle par ailleurs les unités à « se mettre en alerte » jusqu’au 3 mars prochain dans tout le pays et à « être disponible pour renforcer la sécurité des bureaux de vote au besoin ». Si le texte précise que « ce travail se fera sans arme », le FNDC a dénoncé  « des mesures martiales » et appeler l’armée à « rester républicaine ».

« Un dispositif normal et général de sécurisation des frontières, qui sont déjà fermées depuis quelques jours », insiste pour sa part Bankary Mansaré, de la Commission électorale, qui affirme que ce type de mesures « ne sont pas propre à la Guinée, cela se passe ainsi dans d’autres pays quand il y a une élection ».

(*) Cet article a été réactualisé ce vendredi 28 février, suite à la réaction du secrétariat général de l’OIF aux propos de l’envoyé spécial de l’organisation.

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