Politique

Algérie : la justice pointée du doigt après l’acquittement du fils du président Tebboune

Abdelmadjid Tebboune lors d'une conférence de presse à Alger, le 24 novembre 2019.

Abdelmadjid Tebboune lors d'une conférence de presse à Alger, le 24 novembre 2019. © Fateh Guidoum/AP/SIPA

Khaled Tebboune a bénéficié de la relaxe dans le cadre des affaires immobilières de Kamel Chikhi, dit « El Bouchi ». Une partie de l’opinion publique dénonce la clémence dont a bénéficié le fils du chef de l’État.

Le procès de Khaled Tebboune, fils du président Abdelmadjid Tebboune, s’est achevé mercredi soir au tribunal de Sidi M’Hamed d’Alger par un verdict aussi clément que surprenant.

Poursuivi pour « trafic d’influence », « corruption » et « perception d’indus cadeaux » dans le cadre des affaires immobilières de Kamel Chikhi, dit « El Bouchi », Khaled Tebboune a bénéficié de la relaxe.

Le principal accusé, Kamel Chikhi, importateur de viande et promoteur immobilier, également poursuivi dans le cadre d’une affaire de trafic de 701 kilos de cocaïne dont l’instruction n’est pas encore bouclée, a été condamné à huit ans de prison. L’ex-chauffeur du patron de la police nationale, le général-major Abdelghani Hamel, incarcéré à la prison d’El Harrach et poursuivi dans diverses affaires de corruption présumée, a pour sa part écopé d’une peine de quatre ans de prison.

Au cours de son réquisitoire, le procureur de la République avait réclamé une peine de deux ans de prison ferme contre Khaled Tebboune. Le juge n’a pas suivi les réquisitions du procureur en prononçant la relaxe pure et simple au profit du fils du chef de l’État.

Procès inédit

De tous les procès instruits par la justice depuis l’élection en décembre 2019 d’Abdelmadjid Tebboune, celui-ci était sans doute le plus attendu, dans la mesure où figurait, dans le box des accusés, le fils du président.

C’est la première fois depuis l’indépendance du pays qu’un fils d’un chef de l’État est en prison alors que celui-ci est en exercice. Détenu depuis juin 2018 à la prison d’El Harrach, Khaled Tebboune avait été arrêté dans la foulée du scandale de l’importation de 701 kilos de cocaïne. L’affaire qui a éclaté en mai 2018 a entraîné la chute de nombreux responsables civils et militaires, dont le général Abdelghani Hamel, réputé proche du président déchu.

Interrogé durant la campagne électorale pour la présidentielle de décembre dernier sur les déboires judiciaires de son fils, Abdelmadjid Tebboune avait évoqué une cabale contre lui et sa famille. Il avait soutenu être également dans le collimateur de la justice en l’accusant d’être ouvertement sous la botte de la « Issaba » (la bande), vocable utilisé pour désigner l’ancien clan présidentiel.

« Justice de complaisance »

Ce procès avait donc valeur d’examen de passage pour la justice souvent brocardée comme celle du « téléphone », aux ordres de l’exécutif ou sous l’influence de magistrats placés sous la coupe du ministère de la Justice. Il faut croire que les premières réactions sur les réseaux sociaux, devenus véritable contre-pouvoir, à l’énoncé de ce verdict confirment soupçons et accusations de l’opinion publique sur le manque d’indépendance des juges sous l’ère du président Tebboune.

« Verdict scandaleux », « justice de complaisance », « quand tu es le fils du président, tu es acquitté » ou encore « relaxe attendue », les commentaires en disent long sur le peu de confiance de l’opinion dans leur justice. Le jugement est d’autant plus accueilli avec étonnement, moqueries et sarcasmes que de nombreux détenus poursuivis pour délits d’opinion ou port du drapeau amazigh ne sont pas encore jugés ou n’ont pas fait l’objet de la même clémence, pour ceux qui ont déjà été condamnés.

Si ce verdict, qui blanchit Khaled Tebboune, enlève une grosse épine plantée dans le pied du chef de l’État, il n’est pas sûr que ce jugement participe à améliorer le déficit de légitimité dont le président souffre depuis son élection contestée et largement boycottée.

Il n’est pas non plus certain que ce verdict contribue à apporter sérénité et apaisement dans les tribunaux fortement sollicités et mis sous tension permanente depuis la chute du président Bouteflika, en avril 2019.

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