Energies renouvelables

Au Sénégal, Lekela Power a mis le turbo sur le champ Taiba Ndiaye

Réservé aux abonnés | | Par - envoyée spéciale à Dakar
Massaer Cissé; DG de Lekela Power

Massaer Cissé; DG de Lekela Power © Lekela Power

Inaugurée en début de semaine par le président Macky Sall, la centrale de Taiba N’Diaye, à 90 km au nord de Dakar, illustre la percée du Sénégal dans les énergies renouvelables. Il est déjà question d’une extension, une satisfaction pour Massaer Cissé, DG de Lekela Power, le développeur du parc éolien.

Quartier du Plateau à Dakar, au dixième étage de l’immeuble Rivonia, en face de l’Assemblée nationale. À l’entrée des bureaux de Lekela Power, on est accueilli par une réplique d’éolienne Vestas. La version miniature des 46 qui équipent le champ de Taiba N’Diaye, en service depuis décembre et officiellement inauguré lundi 24 février par Macky Sall. C’est ici que reçoit Massaer Cissé, Sénégalais de 42 ans, et directeur général de Lekela Power dans le pays depuis 2018.

Après onze ans comme consultant chez Deloitte à New York et trois ans toujours pour le cabinet de conseil mais à Dakar, il a rejoint Lekela Power, coentreprise spécialisée dans l’éolien en Afrique créée par le fonds britannique Actis (60 % du capital) et l’opérateur irlandais Mainstream Renewable Power (40% du capital).

Lancé en 2015, Lekela Power développe 1 300 MW sur le continent, en Afrique du Sud, Égypte, au Ghana et maintenant au Sénégal. La société regarde au Kenya et dans les pays voisins du Sénégal, où elle emploie une quarantaine de personnes, recrutées localement.

Jeune Afrique : Vous avez annoncé que la mise en production totale du parc éolien, initialement prévue pour juillet-août, serait avancée à mai. En quoi est-ce significatif ?

Massaer Cissé : Taiba N’Diaye est notre sixième parc éolien et c’est la première fois que nous sommes en avance sur la mise en service. C’est notable dans notre secteur. Il y a deux principaux facteurs d’explication. D’une part, la logistique, qui fait souvent défaut sur ce genre de projet et engendre des retards, s’est bien déroulée, au-delà même de nos espérances. La mobilisation de l’Ageroute, du port, de l’État a permis cela.

D’autre part, l’intégration de l’énergie produite au réseau, autre point sensible, a également été bien gérée. Là, c’est le travail de préparation en amont et les séances de travail avec la Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec) qui ont payé.

Ce modèle est-il reproductible ailleurs en Afrique ?

Oui et non. Côté négatif, les projets éoliens sont par définition uniques car localisés et dépendants des caractéristiques géographiques d’une zone. C’est pourquoi ils font l’objet d’études préalables de plusieurs années pour établir de solides données et s’assurer de leur viabilité.

Cela dit, et c’est le volet affirmatif de ma réponse, on peut tirer un certain nombre d’enseignements de l’expérience sénégalaise, valables plus globalement.

J’ai déjà évoqué le premier point : la nécessité d’infrastructures stables et modernes, capables d’assurer le volet logistique. Dans notre cas, il a par exemple fallu gérer l’arrivée, l’accostage et le déchargement d’une quinzaine de bateaux de matériels en quelques mois. Cela requiert une très forte coordination. Ensuite, il est indispensable d’avoir un acteur équivalent à la Senelec capable de négocier les contrats.

La société nationale, qui s’est constituée une expérience dans le renouvelable en commençant par le solaire, l’a consolidée avec l’éolien. Cela lui a permis de présenter un certain nombre d’exigences mais aussi de bien étudier – et donc gérer – l’impact de la production du parc éolien sur le réseau. Enfin, et c’est en réalité le point de départ, il faut une volonté politique de développer un mix énergétique diversifié.

Lors de l’inauguration, le président Macky Sall a évoqué l’idée d’une extension. Est-ce déjà en négociation ?

Inauguration de la centrale de Taiba N'Diaye par le président Macky Sall, à 90 km au nord de Dakar.

Inauguration de la centrale de Taiba N'Diaye par le président Macky Sall, à 90 km au nord de Dakar. © Lekela Power

Pas encore mais nous sommes évidemment intéressés par un tel projet. À partir de mai, la centrale tournera à pleine capacité, soit 158 MW. Cela représente 15 % de la capacité de production électrique du pays et l’alimentation de plus de 2 millions de personnes.

Le parc va aussi permettre d’éviter le rejet de 300 000 tonnes d’émissions de gaz carbonique par an. On pourrait imaginer une extension de 100 MW et un nouveau contrat d’achat d’électricité (PPA) avec la Senelec. Sachant que le prix du matériel ne cesse de baisser, on pourrait tabler sur un tarif d’achat (aujourd’hui à 65 F CFA/kWh) en baisse d’environ 20 %.

Une extension ferait sens pour nous mais également pour le pays. Si les énergies renouvelables comptent actuellement pour 22 % du mix énergétique sénégalais, le gouvernement s’est fixé pour objectif de faire passer cette proportion à 30% en 2025. Or, dans le même temps, la production d’électricité à partir du gaz, énergie conventionnelle, doit se développer avec la mise en production des champs pétroliers. Si le Sénégal veut tenir son engagement, il devra aussi fortement augmenter sa production à partir d’énergie renouvelable.

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