Politique

Guinée-Bissau : investiture à haut risque pour Umaro Sissoco Embaló

Umaro Sissoco Embalo, président de la République de Guinée Bissau, élu suite à l'élection presidentielle de décembre 2019. À Paris, le 21.01.2020.

Umaro Sissoco Embalo, président de la République de Guinée Bissau, élu suite à l'élection presidentielle de décembre 2019. À Paris, le 21.01.2020. © Vincent Fournier/JA

Le candidat proclamé vainqueur de l’élection présidentielle en Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló, doit être investi ce jeudi à Bissau. Une cérémonie en petit comité, validée en urgence mercredi par une frange du Parlement.

« Dernière ligne droite et derniers préparatifs avant le grand jour : demain ». Umaro Sissoco Embaló a confirmé hier la tenue de son investiture, ce jeudi vers 11 heures (heures locales), par un message sur son compte Twitter personnel, ajoutant au passage une poignée de photos du lieux choisi pour l’événement : la salle de réunion de l’Hôtel Azalai.

Près de deux mois après le scrutin présidentiel, et malgré les contestations de son adversaire Domingos Simões Pereira, candidat du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), qui continue de remettre en cause les résultats le donnant vainqueur, Umaro Sissoco Embaló semble bel et bien décidé à endosser le rôle de chef de l’État.

« Concorde nationale » ?

Fort de la décision délivrée mardi par la Commission nationale électorale (CNE), qui a confirmé – une nouvelle fois – sa victoire à la présidentielle du 29 décembre, il a également assuré inviter ses concitoyens à cette cérémonie « dans un esprit d’unité et de concorde nationale ».

Depuis deux mois, la CNE, qui a prononcé les résultats « définitifs » de la présidentielle le 17 janvier, et la Cour suprême sont engagées dans un bras de fer autour de la validité des résultats de la présidentielle. Mercredi, le candidat du PAIGC a, à nouveau, saisi la Cour suprême pour demander un recomptage des voix. Domingos Simões Pereira justifie cette nouvelle saisine par un rapport d’audit des procès verbaux, produit par un cabinet privé qu’il a lui-même mandaté, et qui fait état d’« irrégularités » présumées dans la moitié des districts du pays.

Dans ce contexte, la venue du président de la Cour suprême à l’investiture du président proclamé élu par la CNE semble peu probable. Tout comme celle de Cipriano Cassamá, président de l’Assemblée nationale majoritairement acquise au PAIGC. « Tant que la Cour suprême n’aura pas rendu son jugement [au sujet du contentieux], il est attesté de façon incontestable qu’il ne peut y avoir un président élu suite au scrutin du 29 décembre », avait d’ailleurs écrit Cipriano Cassamá dans un communiqué publié mercredi.

« Usurpation de compétence »

Nuno Gomes Nabiam, candidat malheureux à la présidentielle qui avait apporté son soutien à Umaro Sissoco Embaló, devrait au contraire être présent dans la salle. C’est en effet lui, en tant que vice-président de l’Assemblée nationale, qui a convoqué mercredi en urgence une commission parlementaire. Huit des membres de la commission (sur une Assemblée qui en comporte 102 au total) ont alors validé la cérémonie d’investiture.

Un acte qualifié « d’usurpation de compétence » par Cipriano Cassamá, qui a menacé son vice-président de poursuites légales. « Vu l’existence d’un contentieux électoral, les conditions nécessaires pour [valider l’investiture] ne sont pas remplies », a tranché le président de l’Assemblée.

Bien qu’Umaro Sissoco Embaló se prévale du soutien des présidents nigérian Muhammadu Buhari et sénégalais Macky Sall, aucun chef  d’État n’est attendu à la cérémonie. Aucun n’a d’ailleurs été formellement invité. Une « deuxième cérémonie » pourrait avoir lieu plus tard, affirme Umaro Sissoco Embaló, qui a affirmé qu’il prendrait lui-même en charge les coûts de sa propre investiture de ce jeudi.

Les représentations diplomatiques présentes à Bissau ont, elles, été conviées. « J’ai reçu mon invitation ce jeudi matin », a confirmé à Jeune Afrique l’ambassadeur à Bissau d’un pays ouest-africain, qui confiait, dans la matinée, vouloir « attendre [de connaître] la position de la Cedeao » avant de se décider ou non à assister à l’événement.

L’organisation régionale n’a pas communiqué depuis dimanche dernier au sujet du contentieux électoral, mais elle avait d’ores et déjà estimé auparavant que les « résultats définitifs » du scrutin avaient déjà été annoncés, tout en avertissant que « des sanctions pourront être prises contre tous les acteurs qui n’agiraient pas dans le sens de la normalisation politique et institutionnelle ». « Notre position n’a pas changé », assurait mercredi un membre de la délégation de l’organisation basé à Bissau, alors que les invitations officielles n’avaient pas encore été envoyées.

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