Politique

Algérie : ouverture du procès du fils du président Tebboune

Le nouveau président algérien Abdelmadjid Tebboune.

Le nouveau président algérien Abdelmadjid Tebboune. © Fateh Guidoum/AP/SIPA

Poursuivi pour « trafic d’influence », « corruption » et « perception d’indus cadeaux » dans le cadre des affaires immobilières de Kamel Chikhi, Khaled Tebboune est jugé ce mercredi au tribunal de Sidi M’Hamed.

Le procès du fils de président Abdelmadjid Tebboune, poursuivi pour « trafic d’influence », « corruption » et « perception d’indus cadeaux », s’est ouvert ce mercredi matin au tribunal de Sidi M’Hamed.

Incarcéré à la prison d’El Harrach depuis juin 2018, Khaled Tebboune sera jugé aux côtés de six autres prévenus – dont le chauffeur personnel de l’ex-patron de la police, l’ancien maire de Ben Aknoun et le fils de l’ex-wali de Relizane -, dans le cadre de l’affaire Kamel Chikhi. Surnommé El Bouchi, cet importateur de viande et promoteur immobilier est le principal accusé dans le dossier des 701 kg de cocaïne saisis au port d’Oran, en mai 2018.

L’affaire avait déclenché des arrestations en série au sein de la haute hiérarchie de l’armée et l’ouverture de plusieurs enquêtes judiciaires autour du blanchiment d’argent et des privilèges accordés à Kamel Chikhi, en violation de la réglementation.

Le procès sera scruté de près par les Algériens et aura valeur de test : pour la première fois, un proche parent d’un chef État en exercice devrait comparaître devant la justice en audience publique.

« Séquences de vidéos incomplètes »

L’essentiel de l’instruction repose sur le visionnage des caméras des surveillance, récupérées dans le bureau de Kamel Chikhi, qui filmait à leur insu ses entrevus avec les hauts responsables ou leur progénitures.

C’est ainsi que Khaled Tebboune aurait été repéré par les enquêteurs, recevant deux coffrets de parfum. « Il est venu me voir pour visiter le nouveau siège de ma société. On a pris un thé ensemble et je lui ai offert spontanément ces deux parfums », s’est justifié Kamel Chikhi lors du procès, avant d’ajouter : « Je n’ai jamais rencontré son père ».

De son côté, le fils du président s’est défendu : « Je ne sais pas pourquoi je suis ici. J’ai fait 18 mois de prison pour deux flacons ».

En octobre 2019, Kamel Chikhi avait reconnu avoir rencontré le fils du futur chef de l’État dans le but de faire fructifier ses affaires. La défense avait alors dénoncé « une instruction basée sur des séquences de vidéos incomplètes et dépourvues de son ».

Mais deux mois plus tard, alors qu’Abdelmadjid Tebboune est candidat à la présidentielle, Khaled est de nouveau convoqué par le parquet pour des soupçons de blanchiment d’argent. La télévision publique, qui annonce l’information, précise que plusieurs personnes ont été entendues en même temps que le fils du candidat, dont l’ancien président de l’APC de Ben Aknoun et le fils de l’ex-wali de Rélizane.

Image de Tebboune écornée

Alors qu’Abdelmadjid Tebboune se dit le pourfendeur des circuits d’argent sale lors de la campagne électorale, son image est davantage écornée lors de l’inculpation, pour corruption, de l’homme d’affaires Omar Alilat, un autre de ses proches.

Pris dans la tempête, Abdelmadjid Tebboune atteste alors que lui-même et d’autres membres de sa famille auraient pu se retrouver derrière les barreaux, sur l’instigation des proches de son prédécesseur Abdelaziz Bouteflika.

Lors des journées de mobilisation du Hirak, les manifestants ont d’ailleurs contesté son élection en liant directement le scandale des 701 kg de cocaïne à son fils. Lors du 43e vendredi, les marcheurs avaient arboré de petits sacs en plastique transparents remplis de farine, en scandant : « Ils nous ont ramené Escobar ».

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