Agroalimentaire

La filière cacao ivoirienne menacée d’une nouvelle crise sur les contrats de déblocage

| Par - à Abidjan
Mis à jour le 14 septembre 2020 à 11h55
Unité de transformation du cacao dans l'usine de Choco Ivoire à San Pedro, dans le sud-ouest de la Côte d'Ivoire, en mars 2016.

Unité de transformation du cacao dans l'usine de Choco Ivoire à San Pedro, dans le sud-ouest de la Côte d'Ivoire, en mars 2016. © Jacques Torregano pour JA

En Côte d’Ivoire, la filière cacao est au bord d’une nouvelle crise. Asphyxiés par la concurrence des grands groupes installés sur le territoire et qui captent tous les contrats des chocolatiers comme Mars, Nestlé, Cémoi, ou encore Mondelez, les négociants ivoiriens lancent un appel de détresse et attirent l’attention du régulateur de la filière.

Le groupement des négociants ivoiriens (GNI) composé d’une quinzaine d’exportateurs et de broyeurs nationaux réclame plus de contrats de cacao certifié (pour « certifié durable »). Des accords concentrés pour l’heure entre les mains de sept multinationales du négoce dont Cargill, Olam, Sucden ou Barry Callebault.

Ces contrats sont passés exclusivement par les chocolatiers. Une sorte de cartel constitué par les majors et qui a la mainmise sur le secteur.

Dans communiqué rendu public le 24 février, le GNI qui s’alarme de l’exclusion des négociants ivoiriens, ne demande pas une faveur. « Le GNI invite l’industrie chocolatière à également attribuer des contrats de fèves de cacao certifié durable aux transformateurs et aux exportateurs ivoiriens qui ont des réseaux de coopératives certifiées et pour certains d’entre eux la volonté d’investir dans des programmes de certification durable », écrit-il.

Des opérateurs menacés de faillite

De fait, les fèves de cacao certifié bénéficient d’une prime de 200 dollars la tonne, une manne qui dépasserait le milliard de dollars pour les multinationales. Une partie de cette prime est partagée entre les majors et leurs intermédiaires. Les cacaoculteurs ne reçoivent qu’une infime partie. Mais, l’allocation inégale des contrats des chocolatiers aux multinationales sur le certifié créent une grande disparité dans la filière.

les coopératives et les intermédiaires exigent maintenant une prime pour le cacao non certifié

La récolte ivoirienne de cacao certifié, grâce aux différents programmes de certification et de durabilité instaurés dans la filière, représente plus de 1 million de tonnes, soit 45 % de la production nationale. Cette situation fragilise les exportateurs nationaux, dont certains acteurs sont sinistrés. De nombreux opérateurs sont menacés de faillite ou de disparition. « Les négociants ivoiriens ne sont pas seulement exclus des contrats de cacao certifié, ils sont aussi exclus des fèves ordinaires. Les coopératives et les intermédiaires exigent maintenant une prime pour le cacao non certifié », explique à Jeune Afrique le directeur d’une compagnie de négoce ivoirien.

Une affirmation confirmée par le GNI. « C’est un fait établi qu’il est impossible en Côte d’Ivoire d’acheter des fèves de cacao ordinaires sans acheter également du cacao certifié ».

Cette situation fait ainsi planer le spectre des défauts de contrats certains opérateurs qui pourraient plonger la filière dans une grave crise comme en 2017. La campagne de commercialisation de la récolte 2019-2020 est inédite. Des exportateurs possèdent de contrats mais n’ont pas accès aux stocks physiques, alors que certains disposent des stocks mais pas de contrats.

Une situation qui pourrait évoluer si, selon nos informations, le Conseil Café Cacao recommandait aux exportateurs de céder leur surplus de stocks aux opérateurs locaux, ceci encadré par des contrats internationaux. Interrogé par Jeune Afrique, le régulateur de la filière, saisi du dossier n’a pas souhaité faire de commentaires.

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