Sécurité

Mali : le Premier ministre demande la levée des check-points tenus par Dan Na Ambassagou

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 25 février 2020 à 17h42
Des membres de la milice Dan Na Ambassagou, à Dangaténé dans le centre du Mali, en mars 2019 (photo d'illustration).

Des membres de la milice Dan Na Ambassagou, à Dangaténé dans le centre du Mali, en mars 2019 (photo d'illustration). © Baba Ahmed pour Jeune Afrique

Après une visite dans la région de Mopti, le Premier ministre Boubou Cissé a demandé la levée des check-points tenus par la milice d’auto-défense dogon Dan Na Ambassagou, qui se dit prête à lever ses barrières de contrôle sous certaines conditions.

« Des check-points illégaux constituent une atteinte grave à la souveraineté de l’État et sont des points d’insécurité pour les populations », peut-on lire dans le communiqué du Premier ministre malien, publié lundi.

Après une visite dans la région de Mopti, les 22 et 23 février, Boubou Cissé a demandé la levée des barrages dans plusieurs zones du centre du Mali. Sans nommer un groupe particulier, le Premier ministre a fait savoir sa désapprobation des barrages érigés par des « hommes armés », considérés comme des chasseurs de la milice dogon Dan Na Ambassagou.

Selon lui, ces check-points entravent les activités des populations de cette zone. « Il s’agit en outre, de positions où des versements d’argent sont imposés aux paisibles voyageurs soumis à des contrôles au faciès ; toute chose intolérable dans un État respectueux des droits de l’homme », selon le document du ministère.

Dan Na Ambassagou se défend

La décision suscite la controverse dans les rangs de la milice Dan Na Ambassagou, qui assure qu’elle agit pour la sécurité et la dissuasion des terroristes. « Les milices existent à cause du vide laissé par l’État », estime Issa Togo, député de Koro et président du collectif des députés du pays dogon, interrogé par Jeune Afrique. Il déplore la méthode employée par le gouvernement pour demander la suppression des check-points. « Nous aurions voulu que le Premier ministre discute au préalable avec les groupes concernés au lieu d’en faire une injonction », fustige-t-il.

La milice de Youssouf Toloba, qui compte environ cinq check-points principaux entre Bandiagara, Sévaré et Bankass, souhaite que l’armée malienne soit déployée dans le centre du pays, où une partie de la population est livrée à elle même, selon Issa Togo. « Tous les militaires sont partis pour une raison inconnue. Ces villageois sont enfermés là-bas à la merci des terroristes, s’insurge le député.

« Ce sont des zones par lesquelles les terroristes passent, et ce n’est pas par gaieté de cœur que les chasseurs dorment en brousse. C’est pour sécuriser les populations », justifie pour sa part Marcelin Guéguéré, membre de Dan Na Ambassagou, qui assure néanmoins comprendre la position du Premier ministre. « C’est normal qu’il réagisse si une force de sécurité agit de manière non-officielle ».

Conditions

La milice se dit toutefois prête à lever ses barrières de contrôle sous certaines conditions sécuritaires. « Nous avons demandé à rencontrer le Premier ministre pour lui expliquer les raisons de notre présence dans ces zones et proposer nos conditions de départ. Si l’armée vient prendre le relais, même demain matin, nous partirons », assure Marcelin Guéguéré.

En attendant une rencontre entre les deux camps, Boubou Cissé se veut rassurant quant à la sécurité dans le centre du Mali. « Toutes les dispositions sont d’ores et déjà prises pour le renforcement imminent des forces de défense et de sécurité afin de garantir la quiétude des populations sur l’ensemble du territoire, particulièrement dans le centre du pays », peut-on lire dans le communiqué.

Malgré la dissolution officielle, nous sommes toujours actifs

Des attaques meurtrières sont régulièrement perpétrées dans cette région du pays. La dernière en date a eu le 14 février, lors de laquelle une vingtaine de civils tués dans le village martyr d’Ogossagou, déjà théâtre d’un massacre en mars 2019 qui a fait près de 160 morts.

Ces tueries incessantes sont attribuées à des hommes armés parfois identifiés comme des terroristes, parfois comme des chasseurs dogon de Dan Na Ambassagou. Des accusations qui ont contraint les autorités maliennes à annoncer la dissolution de du groupe d’auto-défense il y a environ un an. Pas de quoi empêcher la milice de Youssouf Toloba, fondateur de Dan Na Ambassagou, de poursuivre ses activités. « Malgré la dissolution officielle, nous sommes toujours actifs », confirme Marcelin Guéguéré.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3094_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte