Musique

RDC : les « combattants » menacent la tenue du concert de Fally Ipupa à Paris

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Mis à jour le 28 février 2020 à 18h43
Le chanteur congolais Fally Ipupa, le 20 septembre à Paris.

Le chanteur congolais Fally Ipupa, le 20 septembre à Paris. © Francois Grivelet pour JA/REA

Des groupes d’opposants congolais radicaux tentent d’annuler le concert de Fally Ipupa, le 28 février à l’AccorHotels Arena de Paris. L’artiste congolais, dont le spectacle a été maintenu jusqu’à présent, bénéficie d’un élan de solidarité massif de la part d’une autre partie de la diaspora.

Le concert de Fally Ipupa sera-t-il maintenu ? À quelques jours de l’échéance, des groupes d’opposants de la diaspora congolaise tentent d’empêcher la tenue du spectacle de la star de la rumba congolaise, prévu à l’AccorHotels Arena de Paris, le 28 février.

« Cela fait plus de dix ans que je suis écarté des scènes françaises », affirmait le chanteur, début février, dans les colonnes de Jeune Afrique. En juin 2017, Fally Ipupa devait se produire sur la scène parisienne de La Cigale, avant que la préfecture de Paris ne décide d’annuler le concert, effrayée par les éventuels débordements des « combattants ».

Ces groupes radicaux interdisent depuis plus de dix ans tout spectacle d’artistes congolais en Europe. De Paris à Bruxelles, les concerts d’Héritier Watanabe, Werrason, JB Mpiana, Papa Wemba, Koffi, ou encore Ferré Gola ont ainsi été annulés ces dernières années.

Dénoncer les violences en RDC

Le blocus imposé aux artistes congolais a pour objectif de dénoncer les violences qui sévissent à l’est de la RDC ainsi que la misère de la population. « Le pays est malade, rien n’avance. Les multinationales manipulent le Rwanda et l’Ouganda pour piller notre pays. Les tueries continuent à Beni mais les musiciens, qui sont aussi des leaders d’opinion, ne font rien pour rétablir la paix », affirme Odon Mbo, l’un des meneurs de ces groupes d’opposants congolais de la diaspora en exil.

Comme d’autres membres de la diaspora, Jacky Ndala, l’ancien dirigeant de la coordination de la jeunesse de la plateforme politique Ensemble de Moïse Katumbi, a lui aussi appelé les « combattants » à empêcher ce concert de l’artiste congolais. « Dans cette lutte pour la libération de notre patrie meurtrie, ne laissez pas Fally Ipupa se produire », a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux.

De l’autre côté, une pétition en soutien à Fally Ipupa a été lancée sur les réseaux sociaux. « Empêcher de la sorte l’expression artistique congolaise, c’est porter continuellement un coup de poignard à la culture musicale de la République démocratique du Congo », peut-on lire sur le document. À ce jour, la pétition a recueilli près de 2 000 signatures.

Lorsque je vois mes frères interdire mon concert, je me dis qu’ils ne sont peut-être pas mes frères

Plusieurs personnalités politiques ont également pris part au débat : « Tous derrière Fally Ipupa, qui défend valablement notre musique et notre culture ! La musique n’a pas de coloration politique », a réagi Adam Bombole, ancien député national et candidat à la présidentielle 2011.

« Faites comme nous, signons massivement cette pétition pour dire non à la tyrannie de l’idiotie. Congolais de l’étranger : stop à la tyrannie des “combattants” », a tweeté Ted Beleshayi, secrétaire exécutif de la jeunesse de l’UDPS.

Groupes radiaux

Depuis leur création, en 2009, ces groupes d’opposants radicaux à l’ancien président Joseph Kabila, menacent et interdisent toute représentation sur le sol européen de musiciens venus de Kinshasa. L’interdiction s’est étendue à de nombreux pays comme la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, ou la Grande-Bretagne. Ces membres de la diaspora reprochent aux artistes congolais d’avoir soutenu le pouvoir de Kabila en ayant accepté de composer des titres pour sa campagne présidentielle de 2011.

Désormais, la sanction collective touche l’ensemble des artistes de RDC, y compris ceux de la nouvelle génération comme Fally Ipupa, qui ne s’est jamais positionné en faveur de l’ex-chef de l’État.

L’élection de Félix Tshisekedi pourra-t-elle changer la donne ? « La coalition politique aux circonstances encore floues ne permettra pas de réduire les tensions », estime l’analyste politique Martin Nzakwawu, contacté par Jeune Afrique.

Devant les médias à Paris, le 20 février, Fally Ipupa n’a pas caché son regret quant au blocus que subissent les artistes congolais en Europe : « Lorsque je vois mes frères interdire mon concert, je me dis qu’ils ne sont peut-être pas mes frères. Le premier ennemi du Congolais, c’est d’abord un Congolais », déplore Fally Ipupa.

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