Sécurité

RDC : « Tous les groupes armés recrutent parmi les ex-combattants du M23 »

Des soldats des Forces armées de la RDC lors d'une campagne contre les rebelles du M23, en novembre 2012 (archives).

Des soldats des Forces armées de la RDC lors d'une campagne contre les rebelles du M23, en novembre 2012 (archives). © Jerome Delay/AP/SIPA

Signé le 24 février 2013, trois mois après la prise de Goma par les rebelles du M23, l’accord-cadre d’Addis-Abeba devait favoriser le dialogue entre la RDC et ses voisins de l’Est, pour en finir avec la crise sécuritaire. Alors que le 10e sommet des chefs d’État des pays signataires a été reporté sine die, Claude Ibalanky, coordinateur du comité de suivi, en défend les acquis.

« Un moyen réaliste de rétablir la sécurité dans l’est de la RDC dans les plus brefs délais ». C’est ainsi que, le 24 février 2013, le président sud-africain d’alors, Jacob Zuma, présentait l’accord-cadre qui venait d’être signé à Addis-Abeba entre Joseph Kabila et ses homologues de onze pays de la région. Quelques semaines plus tôt, les rebelles du M23 avaient conquis la ville de Goma, dans l’est de la RDC.

Sept ans plus tard, la situation sécuritaire dans cette région du pays montre que cet accord-cadre tarde encore à porter ses fruits. Et, si ces derniers mois ont effectivement vu un rapprochement diplomatique et sécuritaire entre la RDC et le Rwanda, les points de crispations persistent entre les pays de la région des Grands Lacs.

Surtout, le 10e sommet des chefs d’État signataire de l’accord-cadre, qui devait se tenir ce lundi à Kinshasa a, de nouveau, été reporté sine die, à l’initiative des autorités congolaises qui ont expliqué leur décision par un manque de moyens financiers pour permettre au sommet de se tenir dans de bonnes conditions.

Nommé en avril dernier au poste de coordonnateur du mécanisme national de suivi de l’accord cadre d’Addis-Abeba par le président Félix Tshisekedi, Claude Ibalanky assure cependant que les choses avancent.

Jeune Afrique : Un membre du comité de suivi de l’accord jugeait que le report du 10e sommet, qui devait se tenir ce lundi, a « lourdement entamé la crédibilité » de la RDC. En Conseil des ministres, Félix Tshisekedi a dit vouloir qu’il se tienne en mars prochain. Qu’adviendra-t-il en cas de nouveau report ?

Claude Ibalanky : Cela signifierait que nous perdrions une part de notre réputation. Et ce n’est pas le moment, alors que nous nous préparons à prendre la présidence de l’Union africaine, l’an prochain. Toute les conditions matérielles sont désormais réunies, il n y a donc plus de raison que l’on ne puisse pas fixer la date bientôt. Nous attendons l’aval du chef de l’État.

Sept ans après la signature de cet accord-cadre, la situation dans l’est du pays reste pourtant très problématique…

Il y a, certes, quelques problèmes isolés, avec les ADF et d’autres groupes armés en Ituri et au Nord-Kivu. Fragilisés par la puissance de frappe de l’armée congolaise, les ADF montrent des signes de faiblesse en s’attaquant aux civils.

Mais notre détermination reste ferme, et l’objectif est d’éradiquer tous les groupes armés. Et depuis l’avènement du président Félix Tshisekedi, on observe une période très prolongée d’accalmie.

Pourtant, sept ans après, la question du M23 reste d’actualité. Une feuille de route a été signée en octobre dernier, qui prévoyait le rapatriement de ces ex-rebelles au Rwanda. Où en est-on ?

Le problème du M23 est assez complexe. Ce fut d’ailleurs le plus grand succès de l’accord cadre d’Addis-Abeba : l’éradication du phénomène M23. Mais ensuite, leurs combattants sont partis en exil, principalement en Ouganda et au Rwanda.

Lors de la huitième rencontre du mécanisme régional de suivi, en 2017 à Brazzaville, il avait été décidé le rapatriement volontaire et sans condition de tous les ex-combattants M23. Cette position a été maintenue lors de la rencontre de 2018, en Ouganda. Mais les ex-combattants ont posé des conditions. C’est sur celles-ci que nous sommes en train de discuter.

Il y a eu des échanges bilatéraux entre la RDC et le Rwanda d’un côté, et entre la RDC et l’Ouganda de l’autre. De part et d’autre, tout le monde est d’accord pour que ces ex-combattants soient rapatriés en RDC. Il s’agit de miliciens bien formés, bien entraînés et aguerris, qu’aucun pays ne souhaite avoir sur son territoire.

Tous les groupes armés, congolais ou étrangers, recrutent parmi ces ex-combattants du M23 qui sont actuellement hors de nos frontières. Nous pensons, nous que nous pourrons beaucoup mieux les contrôler lorsqu’ils seront sur notre territoire.

Quelles sont les conditions qu’ils ont posé à leur rapatriement ?

Ils réclament des amnisties. Beaucoup sont sous le coup d’un mandat d’arrêt, certains d’un mandat d’arrêt international. Mais la suspension de ces mandats d’arrêts est soumise à condition : on leur permet de rentrer en homme libre pour réintégrer la société congolaise, mais pas pour réintégrer l’armée. Par ailleurs, ceux qui sont accusés des crimes graves – génocides, viols, recrutement d’enfants soldats… – , seront intégrés dans un autre processus.

L’un des axes stratégiques définis pour en finir avec les groupes armés est la mise en place de programmes DDR (désarmement, démobilisation et réintégration) véritablement efficaces. Or, le Conseil de sécurité de l’ONU a déploré l’absence d’un programme crédible sur ce point… Pourquoi cela ne fonctionne-t-il pas ?

Parce que s’il n’y a pas de cohérence, cela ne peut pas marcher. On parle de DDR 1, DDR 2, DDR 3, de « DDR communautaire »… Nous avons aujourd’hui cinq programmes différents de DDR, avec des acteurs différents ! Il y a des programmes DDR au niveau des renseignements militaires, du ministère de la Défense, du ministre du Plan, il y en a au niveau des provinces et au niveau de la Monusco… c’est impossible. Nous sommes dans une cacophonie d’actions, alors que tous visent le même résultat.

Comment sortir de cette incohérence d’actions ?

Le chef de l’État a ordonné de revoir l’ensemble de ces programmes, et c’est ce que nous nous sommes en train de faire. Nous allons tout consolider.  Il y aura un coordonnateur principal, qui sera chargé de travailler à un seul programme, et celui-ci sera piloté au niveau national.

Des organisations de la société civile affirment que des troupes rwandaises sont actuellement présentes sur le sol congolais. Est-ce le cas ?

Aucune armée étrangère n’est opérationnelle dans notre sol. Ni celle du Rwanda, ni celle de l’Ouganda.

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