Politique

Maroc : le « Front social », c’est quoi ?  

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Mis à jour le 26 février 2020 à 11h17
Une marche de protestation organisée le 6 avril 2014  appelant à défendre le pouvoir d'achat des Marocains.

Une marche de protestation organisée le 6 avril 2014 appelant à défendre le pouvoir d'achat des Marocains. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Des organisations issues de la gauche marocaine parient sur un rapprochement entre partis, syndicats et associations. Un front pluriel dont l’objectif est de réduire le fossé entre les revendications sociales et les luttes politiques.

Ce dimanche, une manifestation a réuni quelques milliers de personnes dans les rues de Casablanca, capitale économique du Maroc. « On est à bout » disaient les affiches pour appeler au rassemblement dont le mot d’ordre était « l’exigence de justice sociale ». L’appel avait été lancé par un nouveau venu dans le champs politique : le Front social.

Lancé lors du congrès de la Confédération démocratique du travail (CDT) en novembre dernier, le Front social a pour objectif de combler le fossé entre les luttes pour les droits économiques et les luttes politiques, en établissant un trait d’union entre les organisations syndicales et les partis. « Les droits sociaux s’obtiennent grâce aux libertés démocratiques. Trop longtemps, le camp progressiste a cru devoir faire un choix entre les luttes sociales et les combats politiques », nous dit Younes Firachin, membre du bureau de la CDT et un des coordinateurs nationaux du Front social.

Ressusciter l’esprit du 20 Février

En plus de la CDT et des sections des fonctionnaires des communes et des employés du ministère de l’Agriculture de l’Union marocaine du travail (UMT), le principal syndicat marocain, ce Front réunit les trois partis membres de l’alliance électorale créée dans les années 2000 (la Fédération de la gauche démocratique) : le Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste (PADS), le Congrès national Ittihadi (CNI) et le Parti socialiste unifié (PSU). Un quatrième parti, Annahj Addimoqrati (la Voie démocratique), organisation d’extrême gauche pourtant peu habitué aux alliances de circonstance, s’est joint au front. Autre associée au Front : l’Association marocaine des droits humains (AMDH), dont le réseau national est très dense, et les militants connus pour leur activisme soutenu.

D’un côté, le langage et les mots d’ordre du Front social rappellent la « coordination de lutte contre la vie chère », qui étaient à la base de nombreuses manifestations au début des années 2000. De l’autre, les allusions au Mouvement du 20 Février, mouvement de contestation qui avait agité le Maroc en 2011 à l’époque des Printemps arabes, sont directes dans les premiers communiqués du Front social. D’ailleurs, la date de la manifestation le 23 février, n’a pas été choisie au hasard : « Nous voulons en effet tirer des leçons du 20 Février et des mobilisations des deux dernières décennies », explique Firachin.

Première différence assumée avec les comités contre la vie chère : le Front social n’est pas ouvert aux militants islamistes

Première différence assumée avec les comités contre la vie chère : le Front social n’est pas ouvert aux militants islamistes, alors que la Coordination de lutte contre la vie chère comptait dans ses rangs des militants issus d’Al Adl wal Ihsan.

Un mouvement horizontal

Autre différence avec de nombreux mouvements de colère spontanés qui ont explosé ces dernières années au Maroc : « Au delà de dénoncer le coût de la vie, ce que nous voulons, c’est l’augmentation des salaires et une meilleure redistribution des richesses via une politique fiscale plus égalitaire », détaille Firachin. Il mentionne à ce propos un rapport de l’ONG Oxfam, qui avait fait grand bruit à sa parution en 2019. Selon ce dernier, la croissance dynamique qu’a connu le Maroc ne bénéficiait qu’à un petit nombre de personnes. Les inégalités se creuseraient même encore à travers le royaume.

Si le Front est ouvert avant tout aux militants « progressistes », acceptera-t-il d’accueillir les adhérents de l’USFP et du PPS, les deux principaux partis de la gauche marocaine ? « Des militants de ces formations étaient là dans la rue ce dimanche », souligne Firachin. Avant de nuancer : « Mais en tant qu’organisations, on voit mal comment elles pourraient s’insérer dans le Front social. Elles ont soutenu un certain nombre des réformes que nous dénonçons aujourd’hui. »

Avec ce mouvement, nous voulons présenter aux citoyens une alternative progressiste dépouillée de toute forme de bureaucratie

Assumer un positionnement à gauche tout en fédérant un maximum de citoyens, voilà le pari du Front social. « Avec ce mouvement, nous voulons présenter aux citoyens une alternative progressiste dépouillée de toute forme de bureaucratie. Il faut essayer de bâtir une dynamique horizontale. Des réunions du Front ont déjà eu lieu dans une trentaine de villes, et à chaque fois, des revendications spécifiques apparaissent. Maintenir l’unité nationale dans un réseau fort localement est un autre des défis que nous aurons à cœur de relever », philosophe Firachin.

La gauche marocaine ne dispose plus de la force qu’elle avait il y a une vingtaine d’années. Jusque dans les mobilisations populaires, sa présence s’est estompée : elle était quasi-absente du Hirak dans le Rif, mouvement social sans précédent qui a duré près de deux ans entre 2016 et 2018. Les manifestants casablancais, ce dimanche 23, scandaient de nombreux slogans en rapport avec le Hirak, réclamant notamment la libération des prisonniers rifains.

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