Diplomatie

Tollé général au Cameroun après les propos d’Emmanuel Macron

Le président français Emmanuel Macron et son homologue camerounais Paul Biya lors d'un dîner avant le Forum de Paris sur la Paix, en novembre 2019.

Le président français Emmanuel Macron et son homologue camerounais Paul Biya lors d'un dîner avant le Forum de Paris sur la Paix, en novembre 2019. © Présidence camerounaise

Les déclarations controversées du président français, dénonçant des « violations des droits de l’homme » au Cameroun, continuent d’alimenter la polémique au sein de l’opinion publique. Le gouvernement camerounais est sorti de sa réserve et entend rester « maître de son destin ».

Les déclarations du président français Emmanuel Macron, qui avait dénoncé samedi des violations « intolérables » des droits de l’homme à propos du massacre de Ngarbuh après avoir été interpellé par le leader de la Brigade anti-sardinards (BAS) Calibri Calibro, continuent d’alimenter une vive polémique au sein de l’opinion publique camerounaise.

Entre condamnations et interrogations, partisans du régime et opposants s’affrontent au sujet de la réponse servie par Emmanuel Macron à l’activiste, notamment au sujet des relations qui existent entre le président français et son homologue camerounais Paul Biya.

Au salon de l’Agriculture, le chef de l’État français a assuré avoir exigé la libération de l’opposant Maurice Kamto et conditionné la présence du président camerounais à une conférence, tenue début octobre à Lyon, à l’exécution de cette exigence.

« Je vais appeler la semaine prochaine le président Paul Biya et on mettra le maximum de pression pour que la situation cesse », a ajouté Emmanuel Macron au sujet du massacre de Ngarbuh.

« Sortie attentatoire »

Silencieux après la diffusion de la vidéo virale sur la toile, le gouvernement camerounais est sorti de sa réserve pour s’indigner contre l’acte de l’activiste Calibri Calibro, qu’il qualifie «  de quidam », fustiger un comportement « insensé et irresponsable » et rejeter « les contre-vérités » qu’il a proféré.

Le gouvernement camerounais, par la voix du ministre de la Communication René Emmanuel Sadi, a toutefois soigneusement évité de s’en prendre aux autorités françaises, qu’il invite simplement « à aider le Cameroun à faire face aux problèmes auxquels il est aujourd’hui confronté ». Le gouvernement « entend demeurer maître de son destin », peut-on lire dans le communiqué.

Les propos de Macron ne valent pas un micron

L’attitude d’Emmanuel Macron a en revanche été fustigée par le ministre Issa Tchiroma Bakary, leader de l’Alliance pour la démocratie et le développement (ADD), un parti de la majorité présidentielle, qui dénonce « une sortie attentatoire à l’honneur et à la dignité du président camerounais ». De son côté, le politologue Mathias Eric Owona Nguini ironise : « Les propos de Macron ne valent pas un micron », a-t-il affirmé au cours d’un débat télévisé.

« Cameroun, qui gouverne ? »

Dans le même temps, d’autres analysent « une sortie courageuse » qui ne peut se produire que dans un pays où la liberté d’expression est consacrée. « La vitalité d’une démocratie se caractérise aussi par la possibilité d’entretenir un dialogue franc entre les dirigeants et leurs citoyens. Ce qui est sûr, c’est que cette séquence n’aurait jamais pu se produire au Cameroun », souligne un certain Francis Kengne sur la toile.

De manière générale, la question de l’implication de la France dans la prise de décision des dirigeants camerounais fait l’objet de toutes les attentions. « Cameroun, qui gouverne ? », titre à cet effet le quotidien Le Messager ce lundi, reprenant une interrogation perceptible dans les avis d’une bonne frange des camerounais.

Ce n’est pas la France qui peut faire la démocratie au Cameroun, ce sont les Camerounais

Ce lundi matin, quelques dizaines de jeunes ont battu le pavé devant l’ambassade de France pour dénoncer les propos d’Emmanuel Macron. Une manifestation derrière laquelle plusieurs observateurs voient une main des autorités, tant l’administration camerounaise est notoirement peu encline à autoriser la tenue de marches de protestation.

Dans son échange avec l’activiste camerounais Calibri Calibro, Emmanuel Macron évoquait déjà l’éventualité d’une telle réaction. « La France a un rôle compliqué en Afrique. Quand la France dit : “Tel dirigeant n’a pas été démocratiquement élu”, les Africains nous disent : “De quoi vous mêlez-vous ?”, affirmait-il, avant de conclure : « Ce n’est pas la France qui peut faire la démocratie au Cameroun, ce sont les Camerounais ».

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