Justice

Retour de Kemi Seba au Sénégal : les militants anti-franc CFA mobilisés

Kemi Seba brûlant un billet de 5 000 FCFA lors d'un rassemblement, le 19 août 2017 à Dakar.

Kemi Seba brûlant un billet de 5 000 FCFA lors d'un rassemblement, le 19 août 2017 à Dakar. © Clement Tardif pour JA

Expulsé du pays en 2017, Kemi Seba doit atterrir à Dakar ce dimanche en fin d’après-midi. L’activiste franco-béninois est revenu assister à son procès en appel, après avoir brûlé un billet de 5 000 francs CFA. Un retour qui s’annonce mouvementé.

« Nous n’avons pas peur. » À Dakar, l’ouverture, lundi 24 février, du procès en appel qui oppose Kemi Seba à la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) « n’inquiète pas » les soutiens du militant. Bien au contraire, les partisans de celui qui se présente comme un « résistant africain » se réjouissent de l’occasion que leur offre la justice sénégalaise de retrouver l’une des figures de proue de la lutte panafricaniste et anti-impérialiste sur le continent.

Car le militant n’a pas remis les pieds au Sénégal depuis le 5 septembre 2017, date à laquelle il avait été expulsé vers la France, le gouvernement considérant que la présence de Kemi Seba sur le territoire sénégalais constituait « une menace grave à l’ordre public ».

Quelques semaines plus tôt, le Franco-Béninois avait publiquement brûlé un billet de 5000 francs CFA lors d’une mobilisation sur la Place de l’Obélisque. Une opération visant à dénoncer le joug monétaire de la France à travers cette devise considérée par Kemi Seba et ses soutiens comme un instrument au service du néocolonialisme.

Poursuivi par la BCEAO, il avait été relaxé en première instance par le tribunal des flagrants délits de Dakar, moins de dix jours après les faits. Le parquet ayant fait appel, Kemi Seba a pris l’avion pour Dakar, estimant qu’il était de fait autorisé à pénétrer sur le territoire sénégalais le temps de son procès.

Nouveau souffle contestataire

« Trois ans après avoir été déporté du pays de la Teranga, je serai de retour […] pour répondre à ma convocation judiciaire comme un homme (ou une femme) de principe se doit de le faire. » L’annonce, lancée sur les réseaux sociaux, a fait réagir plus de 12 000 internautes et laisse augurer, selon les soutiens de Kemi Seba, d’un nouveau souffle contestataire au Sénégal.

« Il y a eu une prise de conscience collective quant au fait que le franc CFA est une monnaie caduque. Aujourd’hui, les dirigeants veulent noyer le poisson avec le passage annoncé à l’eco, qui ne garantira toujours pas la souveraineté monétaire des États d’Afrique de l’Ouest. Le retour de Kemi Seba au Sénégal va raviver le combat », se réjouit Pape Babacar Paye, responsable de la cellule stratégique de l’ONG Urgences panafricanistes, fondée par Kemi Seba.

Déjà, plusieurs organisations de la société civile, à l’instar du Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine (Frapp), plus connu sous le nom de « France Dégage », ou du mouvement Y’en a marre, interrogées par Jeune Afrique, ont confirmé leur présence au tribunal « en soutien au camarade Kemi Seba ».

Les autorités ne semblent pas inquiètes

Un regain de mobilisation qui ne semble pas inquiéter outre mesure les autorités : « Au Sénégal, des mobilisations se poursuivent depuis longtemps, avec ou sans Kemi Seba. Il n’est pas aussi populaire ici qu’on veut le faire croire et ses soutiens ne sont ni une armée ni une milice », raille Abdourahmane Ndiaye, cadre de l’APR (parti présidentiel) et conseiller politique du président Macky Sall.

Si l’ONG Urgences Panafricanistes ne regroupe au Sénégal que quelques centaines de militants par région, Kemi Seba, lui, est très suivi sur les réseaux sociaux, avec plus de 700 000 abonnés sur Facebook.

« Sa présence à Dakar va permettre de raviver les débats, à commencer par ceux sur le franc CFA et l’eco, mais aussi d’organiser des actions de protestation contre la présence économique et militaire française au Sénégal », prévient le responsable de la cellule stratégique d’Urgences panafricanistes. « Comme dans toute démocratie, Kemi Seba a le droit de mobiliser qui il veut, mais s’il verse dans l’agitation, il tombera une fois de plus sous le coup de la loi », avertit quant à lui Abdourahmane Ndiaye.

Le cas Guy Marius Sagna

Le retour de militant radical sera aussi l’occasion de renforcer l’appel pour a libération de l’activiste sénégalais Guy Marius Sagna. Arrêté en novembre pour s’être accroché aux grilles du palais présidentiel lors d’une manifestation non-autorisée, ce membre du Frapp dort toujours à la prison de Rebeuss, dans l’attente de son procès.

« Le procès de Kemi Seba et l’arrestation de Guy Marius Sagna sont purement politiques. Nous menons le même combat pour le respect de leurs droits », clame Abdoulaye Seck, en charge de la communication du Frapp.

Un autre militant du Frapp, Bentaleb Sow, est coaccusé dans l’affaire du billet brûlé. Accusé d’avoir fourni le briquet à Kemi Seba, Bentaleb Sow est le coordonnateur du mouvement citoyen Ñoo Lank, qui manifeste depuis plusieurs semaines contre la hausse du prix de l’électricité au Sénégal, et sera lui aussi jugé en appel ce lundi.

Et Abdoulaye Seck de mettre en garde : « S’ils pensent qu’ils éteindront la lutte en sanctionnant Kemi Seba, Guy Marius Sagna, Bentaleb Sow ou Nathalie Yamb, ils se trompent. La lutte continuera, avec ou sans eux. »

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