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Yacouba Isaac Zida : « Je vais rentrer au Burkina Faso pour me mettre au service du peuple »

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Mis à jour le 21 février 2020 à 16h08
Yacouba Isaac Zida, l’ancien Premier ministre du régime de transition burkinabè, à Montréal, le 11 juin 2019.

Yacouba Isaac Zida, l’ancien Premier ministre du régime de transition burkinabè, à Montréal, le 11 juin 2019. © David Himbert / Hans Lucas

L’ancien Premier ministre de la transition, exilé au Canada depuis 2016, a l’intention de rentrer à Ouagadougou pour être candidat à la présidentielle d’octobre 2020 malgré les menaces judiciaires qui pèsent sur lui. Entretien.

Il assume désormais pleinement ses ambitions. Jusqu’à présent relativement prudent, Yacouba Isaac Zida n’en fait plus mystère : il vise le palais de Kosyam. Dans un communiqué publié le 17 février, l’ex-Premier ministre de la transition, exilé au Canada depuis 2016, a indiqué qu’il souhaitait rentrer à Ouagadougou pour participer au congrès de son parti, le Mouvement patriotique pour le salut (MPS), qui souhaite en faire son candidat à la présidentielle du 22 novembre 2020.

Radié des effectifs des forces armées nationales pour « désertion en temps de paix » et « insubordination », mais aussi soupçonné de corruption dans plusieurs dossiers, ce militaire qui avait pris la tête de l’État après la chute de Blaise Compaoré, en 2014, pourra-t-il rentré sans être inquiété ? Lui assure ne rien craindre et dénonce une « cabale » des autorités burkinabè à son encontre. Depuis Ottawa, où il réside avec sa famille, Yacouba Isaac Zida a répondu à nos questions.

Jeune Afrique : Confirmez-vous votre intention d’être candidat à la présidentielle du 22 novembre 2020 ?

Yacouba Isaac Zida : Je confirme mon intention de répondre à l’appel de mon peuple. Si le congrès du MPS entérine l’appel lancé par son secrétariat exécutif national, le 15 février dernier, pour faire de moi son candidat, alors j’y répondrai favorablement.

Quand comptez-vous rentrer au Burkina Faso ?

J’ai prévu de rentrer au Burkina Faso au plus tard au mois de juin, date à laquelle se tiendra le congrès de notre parti, le Mouvement patriotique pour le salut (MPS). L’ordre du jour n’est pas définitivement adopté, mais ce congrès fera le bilan d’une année d’existence du parti, adoptera sa stratégie électorale, validera les différentes candidatures pour la présidentielle et les législatives, et adoptera le projet de société que le candidat du parti va soumettre au peuple le 22 novembre prochain.

Yacouba Isaac Zida, l’ancien Premier ministre du régime de transition burkinabè, à Montréal, le 11 juin 2019.

Yacouba Isaac Zida, l’ancien Premier ministre du régime de transition burkinabè, à Montréal, le 11 juin 2019. © David Himbert / Hans Lucas

Ils ont échoué dans leur tentative de susciter la haine contre moi

Avez-vous reçu l’assurance de ne pas être inquiété sur le plan judiciaire ou disciplinaire si vous rentrez à Ouagadougou ?

Je fais l’objet d’une cabale politico-judiciaire savamment orchestrée par les autorités en place. Dès leur arrivée au pouvoir, les loups du MPP [le Mouvement du peuple pour le progrès, MPP] ont créé et nourri toutes sortes de rumeurs contre la transition et plus particulièrement contre ma personne.

Tout est mensonge du début à la fin. Je vous lance le défi de citer une seule preuve des accusations qui sont portées contre moi. Ils le savent comme je le sais : il n’y a rien.

Mieux, ils ont échoué dans leur tentative de susciter la haine contre moi. Mais le peuple burkinabè n’est pas dupe. Même si cela prend parfois du temps, le peuple finit toujours par connaître la vérité. Il finit par reconnaître les siens, ceux qui sont de son bord.

Lorsqu’en 1987 ces mêmes personnes, aux côtés de Blaise Compaoré, ont instigué l’assassinat de Thomas Sankara, ils avaient dit avoir trouvé des valises d’argent chez lui… Aujourd’hui, tout le monde sait que c’était faux. C’est leur nature de mentir.

Ne craignez-vous pas d’être arrêté si vous rentrez à Ouagadougou ?

Personne ne peut m’arrêter, donc cette question n’est pas à l’ordre du jour. Nous sommes dans un combat politique où certaines personnes utilisent des armes judiciaires. Mais nous ne craignons aucune arme de quelque nature qu’elle soit.

Notre stratégie est imparable. Nous rentrerons et remporterons cette élection si Dieu le veut. C’est une cause noble que de vouloir se mettre au service de notre peuple. Je l’ai déjà fait en octobre 2014 et je vais le rééditer, peu importe le moyen et le prix à payer.

Êtes-vous prêt à être entendu par la justice civile ou militaire burkinabè si vous êtes convoqué à votre retour ?

Comme tout citoyen, je suis à la disposition de la justice de mon pays… Mais encore faut-il se demander de quelle justice nous parlons. Une justice aux ordres ? Une justice partisane prête à traquer les activistes des réseaux sociaux, à emprisonner des lanceurs d’alertes ? Une justice qui laisse des bandits armés se promener impunément à Ouagadougou ? Une justice qui ferme les yeux sur les détournements des autorités ?

Il y a une véritable collusion entre le pouvoir politique et certains milieux du pouvoir judiciaire. C’est pourquoi je n’ai pas jugé nécessaire de répondre à leurs correspondances.

J’ai été premier magistrat du pays. Avant cela j’ai été un officier ayant fait le serment de respecter et de faire respecter les lois du Burkina Faso. Je n’ai jamais passé un coup de fil à un magistrat pour interférer dans une procédure de justice. Notre système judiciaire a eu l’occasion de prendre son indépendance.

Rappelez-vous que nous lui avons donné tous les moyens pendant la transition pour s’émanciper, à la suite des recommandations du forum national sur la justice. C’est un acquis indéniable de la transition. Mais malheureusement, certains magistrats ne veulent pas être indépendants et continuent de se compromettre avec le pouvoir politique. C’est dommage.

Yacouba Isaac Zida, l’ancien Premier ministre du régime de transition burkinabè, à Montréal, le 11 juin 2019.

Yacouba Isaac Zida, l’ancien Premier ministre du régime de transition burkinabè, à Montréal, le 11 juin 2019. © David Himbert pour JA

Notre pays vit une situation inédite. C’est la première fois qu’il est confronté à une guerre asymétrique

Quels sont les thèmes principaux sur lesquels vous comptez faire campagne ?

Notre pays vit une situation inédite. C’est la première fois qu’il est confronté à une guerre asymétrique. Aujourd’hui les civils en sont les premières victimes, et encore plus les femmes et les enfants, qui constituent les personnes les plus vulnérables.

Nous avons la solution pour mettre un terme à ce conflit. Il n’est pas impossible d’arrêter ces massacres, de sécuriser le territoire burkinabé et de permettre à ces 700 000 personnes déplacés de retourner dans leur foyers.

Cela peut se faire dans un délai maximum de six mois pour la fin des attaques et de douze mois pour le retour des déplacés chez eux, avec un programme spécial de réinsertion et de fixation basé sur l’école obligatoire et gratuite et les soins de santé gratuits dans les trois régions du Sahel, du Nord et de l’Est.

Outre le retour de la sécurité, qui est le premier axe de notre projet de société, nous travaillerons aussi activement à la réconciliation nationale. Je ne sais pas comment bâtir un pays divisé dans ses fondements. Nous allons guérir les Burkinabè de leur blessures. Les anciennes comme les nouvelles plaies seront pansées.

Pour prouver ma volonté de mener cette réconciliation, je ferai à mon retour au pays un passage à Abidjan pour saluer mon aîné le président Blaise Compaoré qui, j’en suis certain, sera heureux de m’accueillir.

Nous allons joindre l’acte à la parole, parce que ce dont le peuple souffre est aussi le mépris des responsables politiques qui ne font pas ce qu’ils disent et ne disent pas ce qu’ils font. Enfin, notre projet de développement reposera sur des investissements massifs dans le capital humain, dans le secteur des petites et moyennes entreprises (PME) et dans la réalisation d’infrastructures tels des barrages hydroélectriques et des usines de transformation.

Avec quels partis politiques pourriez-vous éventuellement nouer des alliances ?

Le MPS est un parti d’opposition membre de la coordination du CFOP (Chef de file de l’opposition politique). Nos alliés naturels sont donc les partis politiques de l’opposition membres de cette structure.

Nous sommes aussi en discussion avec des partis qui n’en sont pas membres, mais avec lesquels nous avons des points communs en termes de vision pour le Burkina Faso. Les Burkinabè ont fait des sacrifices énormes dans l’espoir de changer leurs conditions d’existence.

Ils voulaient plus de liberté, de justice, de démocratie, de progrès, de bien-être… Si la déception est grande, la frustration l’est encore plus parce qu’ils ont aujourd’hui le sentiment d’être responsables de leur propre malheur.

C’est pourquoi nous sommes prêts à aller en alliance avec tout parti ou toute organisation qui croit possible de mettre les intérêts des Burkinabè avant les intérêts partisans, sectaires et égoïstes. Voilà l’essentiel, le reste n’est que discours et contradictions politiques.

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