Politique

Regain de tension entre le Maroc et l’Algérie après l’ouverture de consulats africains au Sahara occidental

La ville de Laâyoune (image d'illustration).

La ville de Laâyoune (image d'illustration). © Vincent Fournier/JA

Comores, Gabon, Guinée, Côte d’Ivoire… Plusieurs Etats africains ont choisi d’ouvrir ces derniers mois des représentations consulaires à Laâyoune et Dakhla. Des décisions très politiques, aussitôt critiquées par les autorités algériennes.

Un rythme effréné. Depuis décembre, le ministre des Affaires étrangères marocain Nasser Bourita a inauguré pas moins de sept consulats africains dans ce que le Maroc considère comme ses provinces sahariennes, dans les villes de Laâyoune et Dakhla. Le dernier en date à ouvrir ses portes, celui de la Côte d’Ivoire, a valu à Abidjan un soudain refroidissement des relations avec l’Algérie, qui a rappelé son ambassadeur de la capitale ivoirienne.

De leur côté, les Comores, la Centrafrique, le Gabon, la Gambie, la Guinée et Sao Tomé ont aussi ouvert des représentations consulaires ces derniers mois au Sahara occidental. Et le Burkina Faso devrait prochainement leur emboîter le pas.

Des consulats très politiques

Alger considère ces ouvertures de consulats comme une volonté d’imposer de fait une souveraineté marocaine sur ce territoire. Un communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères dénonce l’ouverture du consulat ivoirien à Laâyoune, estimant qu’il « intervient au mépris des principes et des objectifs consacrés par l’acte constitutif de l’Union africaine, notamment l’impératif d’unité et de solidarité entre les peuples d’Afrique, la défense de l’intégrité territoriale et l’indépendance des pays membres de l’Union. »

L’Union africaine accorde en effet le statut d’Etat à la République arabe sahraouie démocratique (RASD), qui possède sa propre représentation à Addis-Abeba. Outre l’Algérie, le Front Polisario bénéficie du soutien historique de Pretoria, qui a pris mi-février la tête de l’institution panafricaine. Lors de son discours d’investiture, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a d’ailleurs rappelé son soutien « au droit du peuple du Sahara occidental à l’auto-détermination ». Le président algérien Abdelmadjid Tebboune, dont c’était le premier sommet panafricain, a abondé en son sens dans son propre discours, qui a immédiatement succédé à celui du chef de l’Etat sud-africain.

Pour autant, depuis son retour au sein de l’UA en 2017, le Maroc est parvenu à faire en sorte que la question du Sahara ne soit pas abordée au sein de l’Union africaine. La troïka sur le Sahara occidental mise en place par l’UA en 2018 – et qui réunit aujourd’hui l’Afrique du Sud, l’Egypte et la République démocratique du Congo -, ne s’est pas réunie en février à Addis-Abeba, pas plus qu’à Niamey lors du sommet de l’UA en juillet 2019.

Les pays africains voyagent au Sahara, ouvrent des consulats à Laâyoune et Dakhla… C’est ça la réalité

Interrogé par Jeune Afrique sur les discours des présidents sud-africain et algérien, Nasser Bourita s’est montré serein : « C’est une position connue de ces deux pays. Nous constatons que sur les 54 membres de l’UA, deux seulement ont cette position. On nous disait pourtant qu’il y en avait plus ! La dynamique est sur le terrain : les pays africains ouvrent des consulats (à Laâyoune et Dakhla, ndlr), se rendent à des compétitions sportives sur place et voyagent au Sahara. C’est ça la réalité. » Avant de saluer le discours de Moussa Faki, lequel a rappelé que la question sahraouie était sur la table de l’ONU.

« Soutien à la marocanité du Sahara »

L’objectif de ces ouvertures de consulats en série n’est-il pas d’entériner une souveraineté marocaine de fait sur ce territoire ? D’autant que ces pays ne possèdent que peu de ressortissants au Sahara. « Je ne vois pas en quoi un État souverain devrait se justifier pour son action diplomatique », tranche, sèchement, le ministre des Affaires étrangères gabonais, Alain Claude Bilie-By-Nze.  De son côté, le ministre guinéen Mamadi Touré assume un choix politique : « La décision d’ouvrir un consulat à Dakhla par la Guinée est souveraine et confirme notre position sur le cas du Sahara occidental. La Guinée est favorable au projet d’autonomie du Sahara, en discussion actuellement aux Nations Unies. »

La Guinée est favorable au projet d’autonomie du Sahara, en discussion actuellement aux Nations Unies

Même son de cloche du côté de Sao Tomé-et-Principe, qui ne dispose pas d’ambassade à Rabat, mais qui a, un peu avant l’ouverture de son consulat au Sahara occidental, réitéré « sa position constante de soutien à la marocanité du Sahara » lors d’un voyage d’une délégation marocaine composée de représentants des départements de l’Agriculture, des Pêches Maritimes, de la Santé, du Tourisme et de l’agence MASEN, agence marocaine pour l’énergie solaire, leader continental dans son domaine.

Quant aux Comores, une source diplomatique fait valoir « l’expertise marocaine en matière d’énergie renouvelable » sur laquelle espère s’appuyer Moroni pour expliquer l’ouverture de son consulat à Laâyoune fin décembre.

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