Entreprises & marchés

Le groupe japonais Lixil veut toucher 100 millions de personnes avec ses toilettes Sato

Une famille utilisant des cuvettes Sato, en Ouganda.

Une famille utilisant des cuvettes Sato, en Ouganda. © Sato Lixil

Avec un modèle de toilettes bon marché et peu gourmand en eau, le conglomérat japonais Lixil s’appuie sur l’objectif de développement durable n° 6 des Nations unies – l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement d’ici 2030 – pour se développer sur le continent.

Parce que la construction de larges réseaux d’assainissement urbains avec collecte des eaux noires, traitement et rejet en milieu naturel coûte cher, d’autres solutions innovantes se développent. C’est notamment le cas du dispositif Sato, destiné aux populations rurales et périurbaines, proposé par le groupe japonais Lixil, numéro un mondial sur le marché des sanitaires.

Développé grâce à de la recherche financée par la fondation Bill & Melinda Gates, dans le cadre du challenge « Réinventer les toilettes » lancé en 2011 pour apporter des solutions d’assainissement durables et à bas prix aux 2,3 milliards de personnes dans le monde qui n’ont pas accès à des sanitaires décents, ces toilettes nécessitent très peu d’eau, de 0,2 à moins d’un litre, contre 10 litres pour des chasses d’eau classiques. Il est en outre possible d’en récupérer les résidus secs et de s’en servir comme engrais.

Vendu de 5 à 7 dollars l’unité, ce dispositif répond à plusieurs grands défis industriels : éliminer les pathogènes des matières fécales, se passer peu ou prou de raccordement à l’eau et à l’électricité, et recycler les excréments.

250 000 cuvettes installées en Afrique

Depuis le lancement en 2013, 3 millions de cuvettes Sato ont été installées dans 27 pays en développement et émergents dans le monde, dont 15 pays africains (Ghana, Nigeria, Côte d’Ivoire, Bénin, Sénégal, Zambie, Rwanda, Ouganda, Tanzanie, Malawi, Kenya, Éthiopie, Madagascar, Mozambique et Afrique du Sud). Sur le continent, 250 000 cuvettes Sato ont été écoulées, servant près d’un million de personnes.

L’objectif de Sato Lixil : toucher 100 millions de personnes d’ici 2025. L’Afrique est un marché clé pour le groupe Lixil dont la stratégie s’aligne sur l’objectif de développement durable n° 6 des Nations unies – l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement d’ici 2030. Le groupe japonais, dont le siège est à Tokyo, pèse aujourd’hui 18 milliards de dollars et emploie 75 000 personnes à travers le monde.

Né en 2011 de la fusion de cinq sociétés japonaises de matériaux de construction et de logement, il détient notamment les sociétés d’origine allemande Grohe, américaine American Standard et italienne Permasteelisa, rachetées en 2014. Son chiffre d’affaires est passé de 1 291 milliards de yens à fin mars 2012 (11,8 milliards d’euros) à 1 832 milliards de yens (14,8 milliards d’euros) à fin mars 2019, une croissance de 42 % tirée principalement par les ventes à l’étranger. Lixil se déploie en cinq branches : Water Technology dont fait partie Sato ; Housing Technology ; Building Technology ; Distribution & Retail et Housing & Services. Il est aujourd’hui présidé et dirigé par Kinya Seto, 59 ans, ancien responsable chez Sumitomo et W.W. Grainger.

Nouvelles normes

Sur le continent, Sato Lixil entend développer les chaînes de valeur locales, répliquant le succès de Sato au Bangladesh, premier pays d’implantation. « Nous avons introduit nos toilettes Sato pour la première fois au Rwanda il y a sept ans. Comme toute entreprise, nous avons des objectifs financiers mais nous avons aussi des objectifs sociaux qui portent sur la fabrication, la vente et la distribution de nos produits dans les pays dans lesquels nous travaillons. Il s’agit de permettre aux fabricants locaux et aux parties prenantes de poursuivre l’activité de manière indépendante », explique Samuel Langat, directeur Afrique de Sato Lixil, basé au Kenya. L’entreprise a ainsi installé quatre hubs de production sur le continent et formé plus de 3 000 maçons et artisans pour la mise en place de ses dispositifs.

Les marchés de l’assainissement en milieu rural étant spécifiques et difficiles à capter, caractérisés par les habitudes sociales, culturelles, religieuses et par la nécessité de développer des réseaux de distribution, Sato Lixil cherche à travailler avec des partenaires locaux, étatiques, ONG, institutions de développement, afin d’adapter son approche à chaque marché et de convaincre les populations de changer leurs habitudes. Le groupe japonais travaille ainsi avec l’Unicef, l’un des principaux partenaires, et les gouvernements kényan, éthiopien et tanzanien, pour le déploiement de campagnes nationales de sensibilisation pour l’accès généralisé à des toilettes.

« Il faudrait faire beaucoup plus pour que les acteurs du secteur de l’assainissement, de l’eau et de l’hygiène atteignent l’ODD n°6 d’ici 2030. Dans l’assainissement, les partenariats sont la clé pour développer l’innovation, ce que nous faisons notamment en étant très engagés auprès du Toilet Board Coalition, plate-forme mondiale, que nous présidons », précise Samuel Langat. Tandis que la fondation Gates a soutenu la recherche, l’Organisation internationale de normalisation, de son côté, a préparé et lancé fin 2018 une nouvelle norme, ISO 30500, pour des toilettes autonomes répondant à des normes de durabilité économique, sociale et environnementale, ce qui ouvre désormais la voie à leur commercialisation à plus grande échelle et devrait susciter l’intérêt des investisseurs privés.


Sanergy équipe les bidonvilles de Nairobi

Calquées sur les toilettes sèches mobiles de chantier, les toilettes Fresh Life sont une autre solution déployée depuis 2012 par la société américano-kényane Sanergy dans les bidonvilles de Nairobi, dépourvus de tout-à-l’égout, et à Mukuru, où vit plus d’un demi-million de personnes. Ces Fresh Life sont des sanitaires collectifs en dur, gérés par des résidents du quartier, « franchisés », organisés en micro sociétés. Ils font payer à leurs voisins une redevance d’environ 5 shillings par personne (0,045 euros) pour accéder à ces sanitaires.

À Nairobi, 124 000 résidents sont désormais servis par plus de 3 000 Fresh Life. Sanergy travaille également en partenariat avec le gouvernement kényan pour équiper les écoles.

Les déchets organiques, qui ont représenté 8 095 tonnes en 2018, sont collectés par les équipes de Sanergy, puis traités et transformés en engrais commercialisés pour l’agriculture.

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