Politique

En Tunisie, le soutien d’Ennahdha au gouvernement Fakhfakh amorce une sortie de crise politique

Réservé aux abonnés | | Par - à Tunis
Mis à jour le 21 février 2020 à 12h11
Elyes Fakhfakh remet la composition du gouvernement, le 19 février 2020.

Elyes Fakhfakh remet la composition du gouvernement, le 19 février 2020. © Présidence tunisienne

Désigné par le président pour constituer un gouvernement, Elyes Fakhfakh a rendu sa copie dans la limite des délais constitutionnels. Ce nouvel exécutif, qui devrait obtenir l’aval de l’Assemblée dans les prochains jours, pourrait permettre de mettre fin à l’instabilité politique.

Depuis l’adoption de la Constitution, jamais une séquence politique n’a été plus agitée que celle qui a accompagné la mise en place de l’équipe gouvernementale d’Elyes Fakhfakh. Entre les spéculations, les critiques partisanes et les luttes de pouvoir sans fin, chaque avancée a connu des rebondissements. Une situation intenable pour un pays en quête de stabilité.

Il a fallu, le 17 février, un rappel à l’ordre du président tunisien Kaïs Saïed, qui a menacé de dissoudre l’Assemblée en cas de rejet du gouvernement par les députés, pour que les partis et Elyes Fakhfakh revoient leurs exigences à la baisse.

Le parti d’inspiration islamiste Ennahdha avait initialement désavoué la composition du gouvernement présenté le 15 février par le chef de l’exécutif. Mais la date butoir du 20 février et l’intransigeance de Kaïs Saïed ont relancé les négociations. Chacun a bien voulu y mettre du sien et Elyes Fakhfakh a tenté de trouver un équilibre, compatible avec les exigences des uns et des autres, tout en maintenant sa ligne gouvernementale.

Majorité confortable avant le vote de confiance

Au final, il tire son épingle du jeu et propose une équipe de 32 portefeuilles, moins resserrée que celle envisagée en début de consultations, il y a un mois. Mais le nouveau patron de la Kasbah, face aux exigences des partis, n’a pu tenir sa promesse d’un exécutif de jeunes et de femmes. Elles ne sont que quatre ministres et deux secrétaires d’État. Fakhfakh signe toutefois une première dans le monde arabe en confiant le ministère de la Justice à une compétence féminine, Thouraya Jeribi.

Cet exécutif, orienté vers la relance, devra « assurer les besoins de la transition économique », selon le médiateur administratif, Abdessatar Ben Moussa. Elyes Fakhfakh aligne dans son équipe deux polytechniciens – Mongi Marzouk à l’Énergie et Mohamed Fadhel Kraiem aux Technologies de la communication et de l’économie numérique -, un centralien – Nizar Yaïche aux Finances -, et une femme issue de l’Institut national des sciences appliquées – Lobna Jeribi, en charge des Grands projets.

Ennahdha a obtenu sept portefeuilles, bien plus que dans les gouvernements précédents

Cette configuration, qui devrait obtenir l’aval de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) dans les prochains jours, pourrait permettre de mettre fin à l’instabilité politique. Mais cette longue séquence politique a aussi permis à Elyes Fakhfakh de prendre la mesure de l’influence des partis, notamment d’Ennahdha, qui a obtenu sept portefeuilles, bien plus que dans les gouvernements précédents.

Avec trois maroquins pour Tahya Tounes, deux pour le Courant démocrate et deux pour le mouvement Echaab, le chef de l’exécutif assure son assise politique et une bonne entente avec les députés. Avec, à la clé, une majorité confortable pour le vote de confiance. Une crédibilité consolidée par l’octroi de 18 ministères à des indépendants, le point fort de l’exécutif.

Cette composition a surtout reçu l’approbation du chef de l’État. Ce dernier a, selon ses prérogatives, désigné Imed Hazgui à la Défense et Noureddine Erray aux Affaires étrangères, dont les parcours ont été scruté dans le moindre détail par les équipes de Kaïs Saïed.

En cela, le gouvernement porte l’empreinte du président, ce qui donne à Elyes Fakhfakh, qui sera le numéro 1 de l’exécutif sans avoir été élu, une certaine légitimité. « Nous voilà avec un président de la République largement élu. Nous voilà avec un gouvernement proposé soutenu par un grand nombre de députés. Nous voilà avec une opposition cohérente faite de destouriens et de centristes. Nous voilà bien », commente, sur les réseaux sociaux, le statisticien et patron du cabinet Sigma Conseil, Hassen Zargouni.


• Composition du gouvernement d’Elyès Fakhfakh

Ministre de la Défense nationale : Imed Hazgui

Ministre des Affaires étrangères : Noureddine Erray

Ministre de la Justice : Thouraya Jeribi

Ministre de l’Intérieur : Hichem Mechichi

Ministre des Finances : Mohamed Nizar Yaiche

Ministre de l’Industrie : Salah Ben Youssef

Ministre du Transport et de la Logistique : Anouar Maârouf

Ministre des Affaires sociales : Habib Kechaou

Ministre des Technologies de la communication et de l’Economie numérique : Mohamed Fadhel Kraiem

Ministre de l’Investissement et de la Coopération internationale : Mohamed Selim Azzabi

Ministre de l’Education : Mohamed Hamdi

Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique : Slim Choura

Ministre de la Santé : Abdellatif Mekki

Ministre du Commerce : Mohamed Msilini

Ministre de l’Energie et des Mines : Mongi Marzouk

Ministre du Tourisme et de l’Artisanat : Mohamed Ali Toumi

Ministre des Affaires culturelles : Chiraz Laâtiri

Ministre des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières : Ghazi Chaouachi

Ministre de la Jeunesse et des Sports : Ahmed Gaâloul

Ministre de la Femme, de la Famille, de l’Enfance et des Seniors : Asma Shiri

Ministre de l’Equipement : Moncef Selliti

Ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi : Fathi Belhaj

Ministre de l’Agriculture, de la Pêche et des Ressources hydrauliques : Oussama Kheriji

Ministre des Affaires religieuses : Ahmed Adhoum

Ministre de l’Environnement : Chokri Ben Hassan

Ministre des Affaires locales : Lotfi Zitoun

Ministre de la Fonction publique, de la Réforme administrative et de la Lutte contre la corruption : Mohamed Abbou

Ministre auprès du chef du gouvernement chargée des Grands Projets : Lobna Jeribi

Ministre des Droits de l’Homme et des relations avec la Société civile et les institutions constitutionnelles : Ayachi Hammami

Ministre auprès du chef du gouvernement en charge des relations avec le Parlement : Ali Hafsi

Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères : Salma Ennaifer

Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Agriculture, chargée des ressources hydrauliques : Akissa Bahri

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