Politique

Crise en Libye : reprise des négociations militaires à Genève

L’envoyé spécial de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, le 18 février 2019 à Genève.

L’envoyé spécial de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, le 18 février 2019 à Genève. © Salvatore Di Nolfi/AP/SIPA

Ce mardi, les négociations de la Commission militaire mixte sur la Libye reprennent à Genève dans un contexte tendu. Seul un accord pour un cessez-le-feu stable garantira la tenue du sommet politique prévu le 26 février prochain.

« La mesure la plus urgente est de parvenir à un accord sur un cessez-le-feu durable. […] Le conflit en Libye doit prendre fin », peut-on lire en parcourant la résolution 2510, la première sur la guerre en Libye depuis le début de l’offensive de Khalifa Haftar en avril dernier, adoptée ce 12 février par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Un « pas en avant », selon le communiqué de l’organisation internationale, qui donne « une plus forte légitimité aux décisions prises à Berlin ». Pourtant, pour l’instant, les recommandations de l’ONU n’ont pas eu l’effet espéré.

Les tirs d’artillerie ne s’arrêtent pas à Tripoli, l’aéroport de Mitiga ferme ses portes à cause des frappes, armes et combattants étrangers continuent à d’affluer dans le pays. Et le maréchal Haftar expérimente même une nouvelle arme : le blocus des terminaux et des champs d’hydrocarbures sous son contrôle, pour essayer de forcer la main de la communauté internationale.

Bataille en coulisses

La bataille se joue également dans les coulisses des conférences internationales. Pendant que les puissances occidentales tentent de reprendre la main sur le dossier libyen et de le soustraire à Ankara et Moscou, la Russie s’est abstenue lors du vote de la résolution sur la Libye du 12 février à cause de l’utilisation du mot « mercenaires » et non pas « combattants terroristes étrangers » comme elle le demandait.

« Il est regrettable que des mercenaires étrangers, y compris du groupe Wagner lié au Kremlin, rendent plus difficile une solution politique inclusive », a alors rétorqué l’ambassadrice américaine à l’ONU Cherith Norman Chalet. « C’est vrai qu’ils existent des rivalités. Mais finalement on constate que l’objectif est le même : parvenir à un cessez-le-feu. Tout le monde veut la fin de la guerre, sauf que chacun a une idée différente de ce qui devrait être la nouvelle configuration politique. Donc la guerre continue », fait remarquer Claudia Gazzini, spécialiste de la Libye pour International Crisis Group.

Un cessez-le-feu, condition sine qua non

C’est dans ce cadre tendu que se déroulent les sommets de l’après-Berlin, sous l’égide des Nations unies. Les négociations qui ont lieu à Genève se partagent en trois volets : militaire, économique et politique. Pour l’instant, c’est la partie militaire ­­­­­­­­­­­­­­­­­– « la mesure la plus urgente » selon les Etats de l’Union européenne membres du Conseil de sécurité – qui prend de l’avance sous la forme d’une Commission militaire conjointe 5+5. Composée de cinq représentants de l’Armée nationale libyenne (ANL) de Khalifa Haftar et cinq du Gouvernement d’entente nationale de Fayez al-Sarraj, elle s’est déjà réunie une première fois dans la ville suisse du 3 au 8 février, et se retrouve à nouveau ce mardi 18 février.

Malgré les déclarations optimistes de Ghassan Salamé, les « points de divergence » restent nombreux

Les délégations des deux parties ont refusé de se parler, mais l’envoyé spécial de l’ONU en Libye s’est dit confiant : « Je ne suis pas venu à Genève pour avoir une photo avec deux personnes qui se serrent la main. Ce n’est pas mon objectif. Ce qui nous importe, c’est leur accord pour un cessez-le-feu durable. Si cet accord est plus facilement atteint par une diplomatie de navette, nous n’avons aucun problème pour cela », a-t-il déclaré lors de la conférence de presse de clôture de la première séance. Mais cet accord n’a pas été trouvé. Malgré les déclarations optimistes de Ghassan Salamé, les « points de divergence » restent nombreux.

Soldats des forces du Gouvernement d’entente nationale (GNA), lors d’affrontements avec l’Armée nationale libyenne (ANL), le 9 mai 2019.

Soldats des forces du Gouvernement d’entente nationale (GNA), lors d’affrontements avec l’Armée nationale libyenne (ANL), le 9 mai 2019. © Amru Salahuddien/Xinhua/MAX PPP

« Les deux parties ont des exigences incompatibles : Tripoli demande le retrait de Haftar aux positions d’avant-guerre, alors que les forces de Haftar prétendent pouvoir utiliser les grandes casernes de Tripoli pour hommes et armements et veulent négocier une solution en tant que gagnants – non pas en égaux – avant de permettre le retour des personnes déplacées », continue la spécialiste Claudia Gazzini, selon laquelle il n’y aura pas de volet politique tant qu’un accord ne sera pas trouvé. Avant d’ajouter : « Penser qu’on commencera à parler d’une solution politique le 26 février (date choisie comme début des discussions, ndlr) est très optimiste ». Cela sera décrété lors du deuxième round de la commission militaire mixte.

« La partie politique à la traîne »

Le volet politique sera en effet au cœur des pourparlers de la Commission militaire, et prévoit une réunion conjointe entre 13 représentants du parlement de Tripoli, 13 de Tobrouk et 13 indépendants choisis par l’envoyé spécial de l’ONU en Libye. Mais avant même le début des concertations, Tobrouk a déjà fait savoir qu’il n’entend pas accepter les critères de choix des députés, un pour chaque district électoral. Un vote devrait se tenir ce mardi au parlement de l’Est pour désigner les représentants que Tobrouk souhaite présenter à Genève. « Quant à Haftar, il voudrait négocier à partir de la Commission militaire 5+5, car ses hommes ne seraient pas représentés autrement. Il estime que les pourparlers militaire et politique de l’ONU ne prennent pas en compte sa prédominance sur le terrain », souligne encore la spécialiste.

« La partie politique est à la traîne car nous attendons que les deux délégations sélectionnent leurs représentants », a admis l’envoyé spécial en Libye Ghassan Salamé le 8 février, de retour sur la scène internationale après des mois de silence. « Pourtant, il existe une véritable volonté des deux parties de s’asseoir ensemble et de commencer à négocier », a-t-il insisté. Mais le pari de l’envoyé spécial en Libye est risqué : « Si ces négociations se révélaient à nouveau inefficaces, on reviendra vite aux combats à haute intensité », conclut Claudia Gazzini.

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