Racisme

[Chronique] Racisme dans le foot : le geste plein de panache du Malien Moussa Marega

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Damien Glez

© Damien Glez

Après un incident à caractère raciste dans le championnat portugais de football, le Malien Moussa Marega a quitté le terrain en plein match et relancé le débat sur la conduite à adopter…

Si l’objectif des insultes racistes proférées dans certains stades de football est de déstabiliser l’adversaire – parfois autant que d’exprimer un sentiment à l’égard d’une couleur de peau – , les pousseurs de cris de singe de ce 16 février, lors d’un match du championnat portugais, n’ont-ils pas gagné en privant l’équipe adverse de celui qui était en train de leur mettre une tannée ? Les réponses peuvent varier. Mais les comportements racistes, eux, ne changent pas…

« Une honte »

Ce dimanche, en 21e journée de Liga Nos, le Vitória Guimarães affronte le FC Porto de Moussa Marega. À la 60e minute de jeu, alors que le score est de 1-1, l’Aigle du Mali marque un but. Bien qu’habitué aux hurlements simiesques qui ciblent des joueurs d’origine africaine, l’attaquant agrémente sa célébration de la désignation de son avant-bras à destination des supporters racistes.

L’arbitre adresse un carton jaune au footballeur de 28 ans qu’il accuse de « provocation ». Les esprits s’échauffent, les projectiles planent, et Moussa Marega finit par quitter le stade Dom Afonso Henriques, non sans gestes explicites et malgré l’intervention infructueuse de joueurs des deux équipes.

Rapidement, la scène est relayée sur les réseaux sociaux, alimentée notamment par la victime du jour et son coach, Sergio Conceiçao, ancien entraîneur du Vitória Guimarães qui évoque « une honte ».

Ruer dans les brancards d’un débat aseptisé

il a le mérite de jeter une énième lumière sur une pratique qu’il est trop facile d’analyser comme une simple technique de clash

L’incident relance le débat sur la conduite à adopter en cas d’injures racistes dans les stades : en appeler aux instances et promouvoir l’arrêt des matchs, histoire de doucher les supporters chauffés à blanc ? Le danger n’est-il pas de souligner des incivilités rarement majoritaires dans les tribunes et d’envenimer une provocation qui sait que la mesure de suspension a ses limites ?

Peut-on exploiter les vidéos pour identifier, interpeller et condamner individuellement les fauteurs de troubles ? Systématisé, le boycott individuel de Moussa Marega finirait-il par ressembler à une capitulation ? Pour l’heure, il a le mérite de jeter une énième lumière sur une pratique qu’il est trop facile d’analyser comme une simple technique de clash déstabilisateur.

Même si ces insultes n’étaient qu’un jeu, ne rentreraient-elles pas dans les oreilles d’un jeune public qui est censé trouver dans ces messes païennes une forme d’éducation, une initiation au « vivre ensemble » multicuturel et un apprentissage du fair-play ? Peut-on ne parler que de guerre des nerfs verbales quand des sièges du stade sont arrachés pour servir de projectiles ?

Quand le vin de la trivialité est tiré, il faut le boire avec panache. Et le panache du jour, que l’arbitre a pris pour de l’outrance, a consisté à faire doublement le travail : ruer dans les brancards d’un débat aseptisé, tout en inscrivant un but de la victoire qui cloue le bec de ceux qui prétendent aimer ce sport tout en le salissant.

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