Défense

Massacre de Ngarbuh au Cameroun : exaction, bavure ou manipulation ?

Des membres de la Brigade d'intervention rapide (BIR) marchent dans le village d'Ekona, près de Buea.

Des membres de la Brigade d'intervention rapide (BIR) marchent dans le village d'Ekona, près de Buea. © REUTERS/Zohra Bensemra

Le ministère de la Défense « dément formellement les allégations mensongères » à propos du rôle de l’armée dans le massacre de 22 civils dans le Donga-Mantung, assurant qu’il s’agit d’un « malheureux accident » après des échanges de tir entre forces de sécurité et rebelles sécessionnistes.

La polémique enfle au Cameroun après l’annonce du massacre d’au moins 22 personnes dans le département du Donga-Mantung, le 14 février, au cours de combats opposant les forces de défense camerounaises aux milices armées qui opèrent dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Pointée du doigt par l’opposition et les ONG locales, qui l’accusent d’être responsable de cette tuerie, l’armée camerounaise a réagi à cette affaire trois jours plus tard, évoquant un « malheureux accident, conséquence collatérale des opérations de sécurisation en cours dans ces régions ».

Dans un communiqué signé du capitaine de frégate Atonfack Guemo, chef de division de la communication, l’armée rapporte que les faits sont survenus à la suite de l’incursion d’un groupe de six éléments des forces de défense vers une habitation de Ngarbuh, « transformée en camp fortifié » et abritant des marchandises illicites, des armements et munition, ainsi que des stocks de stupéfiants.

« La riposte des éléments des forces de l’ordre [pris à parti par des tirs nourris depuis le refuge fortifié] permettra de mettre hors d’état de nuire sept terroristes présents sur les lieux. Les combats vont se poursuivre jusqu’à l’explosion de plusieurs contenants de carburant, suivie d’un violent incendie qui va affecter quelques habitations voisines », explique le communiqué, qui dresse également un bilan de « cinq victimes, dont une femme et quatre enfants ».

Concernant les images du massacre qui circulent sur la toile et qui ont permis d’alerter la communauté internationale sur ces événements, les forces de défense camerounaises dénoncent « une mise en scène macabre » de certains activistes propagandistes qui se seraient servi d’images datant de 2009.

Version contestée

Une version que contestent les populations du Nord-Ouest, qui refusent de voir en ce drame un cas isolé. « Des attaques similaires avec incendies de maisons ont été signalées dans plusieurs villages dans le Bui, le Ngoketunjia et le Mezam, dans le Nord-Ouest, mais aussi dans le Lebialem et la Manyu, dans le Sud-Ouest, au cours de ces deux derniers mois. Comment veut-on nous faire croire qu’il s’agit d’un accident ayant eu des dommages collatéraux ? Ce n’est pas croyable ! », s’insurge Cletus Ngeh, un habitant de Bamenda joint par Jeune Afrique.

Dans son rapport 2020, le groupe de défense des droits de l’homme Human Rights Watch évoquait déjà les cas d’incendies de maisons, accusant les forces gouvernementales et les combattants séparatistes de violations flagrantes des droits humains.

Face à cette sortie de l’armée, qui contredit celle rendue publique par l’ONU, les appels à l’ouverture d’une enquête internationale se multiplient. Après le magistrat anglophone Paul Ayah Abine, l’avocat Agbor Balla, président du Centre pour les droits de l’homme et la démocratie en Afrique (CRDHA), dans une publication sur son compte Facebook, souhaite que la commission d’enquête, qui devrait être mise en place, soit « indépendante », et qu’elle comprenne « des membres de la société civile, le clergé et le gouvernement ».

Abonné(e) au magazine papier ? Activez gratuitement votre compte Jeune Afrique Digital pour accéder aux contenus réservés aux abonnés.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte