Justice

Algérie : pourquoi le PDG d’Ennahar, Anis Rahmani, a été placé en détention provisoire

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Mis à jour le 14 février 2020 à 17h38
Anis Rahmani, le patron d'Ennahar

Anis Rahmani, le patron d'Ennahar © Capture d'écran/DR

Proche de Saïd Bouteflika, le puissant patron d’Ennahar a été placé en détention provisoire dans la nuit de jeudi à vendredi. Sa chaîne de télévision avait mené une campagne anti-Tebboune lors de l’élection présidentielle de décembre 2019.

« C’est un personnage-clé des médias de propagande sous Abdelaziz Bouteflika », affirme Moussaab Hammoudi, chercheur doctorant à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), à propos du patron d’Ennahar.

Interpellé le 12 février par des « agents en civil » – selon le communiqué du groupe médiatique – , Anis Rahmani a été placé en détention provisoire dans la nuit de jeudi à vendredi par le juge d’instruction du tribunal de Bir Mourad Raïs. Il est incarcéré à la prison de Koléa.

Selon les services du parquet général, le journaliste de 49 ans, fondateur du groupe en 2012, est poursuivi pour plusieurs chefs d’inculpation dont « l’acquisition d’avantages indus » et « la détention de comptes bancaires à l’étranger ».

Le 10 février, le même tribunal avait déjà condamné la chaîne Ennahar TV à 250 000 dinars (environ 2 000 euros) d’amende pour « diffamation » dans l’affaire l’opposant au chef de la délégation algérienne aux Jeux olympiques de Rio 2016, Amar Brahmia.

Un proche de Saïd Bouteflika

Anis Rahmani – de son vrai nom Mohamed Mokadem – est réputé proche du frère du président déchu, Saïd Bouteflika, lui-même condamné à 15 ans de prison en appel pour complot contre l’armée et l’État, le 11 février. « Rahmani est perçu comme quelqu’un de déloyal par le “Hirak” et étiqueté comme étant un membre de l’État profond, un individu en qui on ne peut faire confiance », explique Moussaab Hammoudi, contacté par Jeune Afrique.

Ce n’est pas la première fois que le PDG de la « première chaîne d’info en Algérie » doit répondre devant la justice. En décembre 2019, il avait été condamné à six mois de prison ferme pour « diffamation et offense » envers le général à la retraite Hocine Benhadid, alors détenu depuis sept mois.

Depuis la destitution d’Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril 2019, plusieurs directeurs de médias se sont retrouvés limogés. Chabane Lounakel, de la radio nationale, avait été limogé le 11 avril, comme le patron de l’ENTV, Tewfik Khelladi, deux semaines plus tôt. Tous deux étaient également connus pour leur proximité avec Saïd Bouteflika.

Ligne anti-Tebboune

Anis Rahmani entretient des relations tendues avec les autorités. Sa chaîne a mené une campagne contre le président Abdelmadjid Tebboune pendant la présidentielle, sans cacher son animosité envers le nouveau chef d’État avant son investiture.

Les attaques d’Ennahar contre le président datent d’ailleurs de plusieurs années. Alors Premier ministre sous Bouteflika (25 mai – 15 août 2017), Tebboune avait déjà été critiqué pour avoir rencontré informellement le chef de l’exécutif français Édouard Philippe lors d’une escale à Paris, en août 2017. Ennahar TV avait relayé l’information, soulignant que cette rencontre avait eu lieu sans « l’aval des autorités algériennes, dont le chef d’État ».

« Rahmani a eu une ligne anti-Tebboune tout au long de l’élection, confirme Moussaab Hammoudi. C’est une sorte de vengeance de la part du président, une confrontation en bas de l’échelle du pouvoir », ajoute-t-il.

Abdelamdjid Tebboune a invité huit patrons de média algériens, le 22 janvier, pour leur accorder une interview inédite, moins d’un mois après son investiture. Anis Rahmani n’en faisait pas partie.

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