Diplomatie

Brouille entre Dakar et Paris sur la date de livraison du TER

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Mis à jour le 17 février 2020 à 11h01
Réception du TER et inauguration de la Gare de Dakar Gare de Dakar, le 14 Janvier 2019© Présidence Sénégal / Photo : Lionel Mandeix

Réception du TER et inauguration de la Gare de Dakar Gare de Dakar, le 14 Janvier 2019© Présidence Sénégal / Photo : Lionel Mandeix © Lionel Mandeix/Présidence Sénégal

Le Sénégal a jugé « inopportune » la déclaration de l’ambassadeur de France, qui a affirmé que le TER de Dakar ne sera pas opérationnel en avril, comme prévu. Les travaux du train régional, dont la date de mise en service reste inconnue, accusent cependant du retard.

Les rails sont installés, les trains livrés, la gare rénovée. Le train express régional (TER), l’une des vitrines du Plan Sénégal émergent (PSE) de Macky Sall, a été inauguré par le chef de l’État lui-même – ses équipes préfèrent parler de « réception » – , avec une certaine fierté affichée, à un peu plus d’un mois de la présidentielle de février 2019.

Mais un an après, le TER est toujours à quai. Les habitants de Dakar et de sa banlieue, qui doivent encore supporter les embouteillages quotidiens qui asphyxient la capitale sénégalaise, s’impatientent. Une fois terminée, la première phase des travaux devrait permettre à 115 000 usagers de rallier quotidiennement Dakar à la nouvelle ville de Diamniadio, toutes les 10 minutes.

Un projet monstre, dont le coût, estimé à 656 milliards de F CFA pour la première phase des travaux (environ 1 milliard d’euros), avait fait débat lors du lancement. Aujourd’hui, l’APIX, agence sénégalaise pour la promotion de l’investissement et des grands travaux et le maître d’ouvrage du TER, est confrontée aux critiques liées aux reports successifs de son lancement.

Colère sénégalaise

C’est un projet sénégalais, qui concerne également des entreprises françaises, certes, mais ce n’est pas un projet français

« À en croire les entreprises françaises, je ne pense pas que la mise en service commerciale puisse être définitive en avril », a déclaré l’ambassadeur de France au Sénégal Philippe Lalliot ce dimanche 9 février au micro de nos confrères de RFM. « On va faire circuler 100 000 personnes par jour avec ce train, l’impératif de sécurité est absolu », a ajouté le diplomate.

Des propos qui ont fait bondir Oumar Youm, le ministre des Infrastructures, des transports terrestres et du désenclavement, qui avait affirmé, en décembre dernier, que le TER entrerait en fonction en avril. Le ministre sénégalais a d’ailleurs interpellé son homologue français Jean-Baptiste Djebbari, dans un courrier dans lequel il exprime – entre autres – son irritation vis-à-vis de la déclaration de l’ambassadeur de France à Dakar.

« Sa sortie n’a pas été appréciée. Il n’était pas opportun qu’il communique sur le sujet. Ce n’est pas à lui de le faire. C’est un projet sénégalais, qui concerne également des entreprises françaises, certes, mais ce n’est pas un projet français », s’agace un officiel sénégalais contacté par Jeune Afrique.

Des délais « trop optimiste » ?

Macky Sall et son épouse Marième Faye, lors de la cérémonie de réception du TER, à la gare de Dakar, le 14 janvier 2019.

Macky Sall et son épouse Marième Faye, lors de la cérémonie de réception du TER, à la gare de Dakar, le 14 janvier 2019. © DR / Présidence sénégalaise.

Nous allons commencer à appliquer des pénalités aux entreprises

Si la partie ferroviaire est terminée, d’importants travaux de sécurisation et d’aménagement sont encore en cours. Les passerelles pour les piétons – qui doivent être installées tous les 300 mètres – et les garde-corps ne sont pas achevés, selon le directeur général de la société nationale de gestion du TER Abdou Ndéné Sall.

« Il y a beaucoup de choses à faire pour sécuriser la zone », explique-t-il. « Il ne faut pas oublier que le train traverse des zones densément peuplées, avec des quartiers mal lotis… Ce n’est pas parce que les travaux sont finis que les trains peuvent rouler. » Résultat : une mise en service commerciale qui n’est pas attendue avant le deuxième semestre de cette année.

« Le gouvernement n’est pas fautif », assure toutefois Abdou Ndéné Sall, qui renvoie la responsabilité aux sociétés qui n’auraient pas respecté certains délais. « Nous allons commencer à appliquer des pénalités aux entreprises », ajoute-t-il, reconnaissant tout de même que les autorités ont été « trop optimistes dans les délais annoncés ».

« Quelques fois, on annonce des choses, on a la volonté de le faire et à date échue, ça n’arrive pas. Nous ne sommes pas superman. Nous avons des politiques publiques et des projets complexes avec beaucoup de prestataires. C’est la première fois qu’on a un projet de cette taille-là », mettait déjà en garde, fin 2019, le ministre de l’Urbanisme, du logement et de l’hygiène publique, Abdou Karim Fofana.

Pressé par sa population, le gouvernement saura-t-il tenir ses promesses ? Dans son dossier de candidature pour les Jeux olympiques de la jeunesse de 2022, Dakar s’était en effet engagé à avoir terminé les deux phases de travaux du TER d’ici là. La seconde phase prévoit en effet de relier les 18 kilomètres qui séparent Diamniadio de l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD). L’organisation des jeux, une première pour l’Afrique, est prévue en octobre et novembre 2022.

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