Politique

Au Cameroun, les premières leçons d’un scrutin boudé par les électeurs

Le président camerounais Paul Biya, lors du scrutin des législatives et des locales, le 9 février 2020.

Le président camerounais Paul Biya, lors du scrutin des législatives et des locales, le 9 février 2020. © DR / Présidence camerounaise

Si les résultats officiels des élections législatives et municipales ne sont pas encore connus, de grandes tendances se dessinent déjà. Entre la razzia du RDPC, la défaite du SDF et l’influence du MRC qui s’est traduite par un fort taux d’abstention, elles confirment les changements observés lors de la dernière présidentielle.

« Le taux de participation était très faible, les nôtres sont restés à la maison », constate, amer, Carlos Ngoualem, candidat du Social democratic front (SDF, opposition) à la mairie du 5e arrondissement de Douala, tout en reconnaissant sa défaite au profit du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir).

De fait, dimanche, les longues files d’électeurs enthousiastes observées lors de la présidentielle d’octobre 2018 n’étaient plus à l’ordre du jour. À l’heure de la compilation des résultats dans les commissions locales de comptages des votes, le taux d’abstention se situait « autour de 70% », selon les observateurs de La Dynbamique des citoyens, un organisme indépendant dirigé par le syndicaliste Jean-Marc Bikoko.

Les raisons d’une abstention record

« Cela peut s’expliquer par le non retrait des cartes d’électeurs, le manque d’engouement à participer à ces élections, la perte de confiance dans le processus et, surtout, au mot d’ordre de boycott des acteurs de l’opposition », estime Henri Njoh Manga Bell, président de la branche locale de Transparency International, qui avait déployé près de 200 volontaires dans les régions du Littoral, du Centre et du Sud-Ouest.

Une abstention dont les leaders du MRC se félicitent. Maurice Kamto, qui avait lancé un appel au boycott, aura en effet été le plus présents des absents de ce scrutin. Arrivé second lotrs de la dernière présidentielle, selon des résultats qu’il continue de contester, l’opposant veut voir dans cette abstention massive – encore à confirmer par les chiffres officiels – le signe de l’influence grandissante de sa formation sur la scène politique camerounaise.

« De façon massive, les Camerounais ont par leur boycott dit non à la forfaiture du régime », a ainsi revendiqué Maurice Kamto dans un message diffusé à l’occasion de la fête nationale de la jeunesse, ce mardi 11 février. « La communauté internationale peut avec le niveau d’abstention élevé constater le degré de défiance que le régime de [Paul] Biya a installé entre lui et le peuple », a-t-il par ailleurs insisté.

Raz-de-marée annoncé pour le RPDC

Mais dans les faits, la faible participation n’aura pas empêché le RPDC de jouir, une nouvelle fois, d’une impressionnante majorité, tant au Parlement qu’à la tête des mairies. Grand favori de ces élections, le parti au pouvoir s’est appuyé sur les voix de ses militants – dont un grand nombre se compte dans les services de l’État – et, selon les premières tendances, s’est imposé partout, y compris dans les régions anglophones.

L’objectif de franchir le cap des 150 députés sur 180, fixé par les instances dirigeantes du parti présidentiel, pourrait d’ailleurs être franchi, ne laissant ainsi qu’une trentaine de sièges à se répartir entre les candidats de l’opposition.

Chute du SDF, percée du PCRN

Première victime annoncée, le Social democratic front, qui devrait perdre son groupe parlementaire, ainsi que plus de la moitié de ses élus locaux, notamment ceux de son fief anglophone. Malgré la sécurité renforcée des villes du Nord-Ouest et du Sud-ouest, les menaces des séparatistes et les risques d’affrontements avec les forces de défense et de sécurité, ont en effet poussé nombre d’électeurs à rester chez eux.

« Non seulement nous avons perdu, mais nous ne sommes même pas parvenus à consolider les acquis », regrette Carlos Ngoualem, l’un des cadres du parti. « On va se réunir pour faire un bilan global de la gestion de cette campagne et tirer les leçons qui s’imposent. »

Au contraire, cette élection aura vu une percée du Parti pour la réconciliation nationale du Cameroun (PCRN), de Cabral Libii, qui fera son entrée au Parlement, confirmant ainsi la montée en puissance de ce jeune leader quadragénaire observée lors de la dernière présidentielle. Cabral Libii a d’ailleurs prévenu qu’il n’entendait pas se contenter de ces seuls résultats. Il affirmé son intention de déposer des recours « devant les tribunaux et le Conseil constitutionnel » pour dénonce des « fraudes ».

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