Politique

Algérie : quinze ans de prison confirmés en appel contre Saïd Bouteflika et ses deux co-accusés

L'ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika lors de sa réélection le 10 avril 2009, conduit par son petit frère Saïd.

L'ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika lors de sa réélection le 10 avril 2009, conduit par son petit frère Saïd. © AP/SIPA

Saïd Bouteflika, frère et ex-puissant conseiller du président déchu Abdelaziz Bouteflika, et deux anciens patrons du renseignement en Algérie ont vu lundi leurs peines de quinze ans de prison confirmées en appel.

Le réquisitoire du procureur donnait le ton à ce qu’allait être le verdict. Le tribunal militaire de Blida, à 50 km au sud d’Alger, a condamné dans la soirée du lundi 10 janvier, Saïd Bouteflika, le frère du président déchu Abdelaziz Bouteflika, et deux anciens chefs du renseignement algériens, à quinze ans de prison pour complot contre l’armée et l’État.

Jugée dans le cadre de la même affaire, Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des Travailleurs, a écopé d’une peine de trois ans dont neuf mois avec sursis, contre 15 ans en première instance. Elle a quitté dans la soirée la prison où elle a était incarcérée depuis le mois de mai 2019.

Le tribunal de Blida confirme donc lors de ce procès en appel les peines prononcées lors du jugement en première instance qui s’est déroulé en septembre dernier. Au premier comme au second procès, les audiences se sont déroulées à huis clos, la presse se contenant des comptes rendus parcellaires fournis par les avocats des quatre inculpés.

Des accusations de complot

Influent et puissant conseiller spécial de son frère Abdelaziz durant ses vingt ans de présidence, Saïd Bouteflika, 62 ans, aurait, selon quelques rares indiscrétions livrées par les avocats, changé de ligne de défense. Alors qu’il avait refusé de répondre aux questions du juges lors du premier procès, il a cette fois pris la parole pour réfuter les accusations de complot.

Il affirme que son frère Abdelaziz n’avait pas l’intention de briguer un cinquième mandat en avril 2019 dont la candidature a été l’étincelle qui a provoqué la révolution populaire. Saïd aurait également soutenu que Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’armée, décédé en décembre 2019 d’une crise cardiaque, a forcé Bouteflika à briguer un quatrième mandat en 2014 en dépit de son état de santé précaire.

Selon lui, le même Gaïd Salah aurait contraint Bouteflika à se porter candidat en 2019. Une version radicalement différente de celle avancée par l’ancien chef d’état-major avant son décès.

Un plan de déstabilisation de l’armée au cœur de l’accusation

Contrairement à Saïd Bouteflika, le général Tartag, coordinateur des services de renseignements entre 2016 et 2019, a refusé de sortir de sa cellule pour répondre aux questions des juges. Lors du premier procès, il avait adopté la même attitude, comme s’il refusait de reconnaître la légitimité de cette justice militaire. Ancien patron des services de renseignement de 1990 à 2015, le général Médiene, dit « Toufik », a pris la parole pour réfuter lui aussi les accusations de complot contre l’armée et l’État.

Les quatre prévenus ont été arrêtés en mai dernier et sont accusés de s’être réunis en mars 2019 pour élaborer un « plan de déstabilisation » du haut commandement de l’armée qui demandait alors publiquement le départ du président Bouteflika pour sortir de la crise dans laquelle le pays est plongée depuis le début des manifestations de rue.

Une défense qui nie tout complot

Selon l’accusation, Saïd Bouteflika entendait s’appuyer sur les ex-patrons du renseignement pour limoger le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, jusque-là indéfectible soutien du chef de l’État qui l’avait nommé à ce poste en 2004.

Saïd Bouteflika avait mandaté le général « Toufik » pour proposer à Liamine Zeroual, ancien président, de diriger la période de transition. Mais le refus catégorique de Zeroual a fait capoter ce plan, dont la réussite passait par le limogeage de Gaïd Salah.

Abdelaziz Bouteflika a finalement démissionné le 2 avril 2019, quelques heures après un ultimatum de l’état-major de l’armée demandant son départ « immédiatement ». Selon diverses témoignages, Gaïd Salah était prêt à envoyer des troupes d’élite à la résidence de Zéralda où séjourne Bouteflika depuis son AVC de 2013 dans le cas où celui-ci refuserait d’obtempérer à cet ultimatum.

« Il n’y a pas de complot », a également expliqué à l’AFP Me Khaled Bourayou, autre avocat du général Mediene.

La défense, qui estime que Ahmed Gaïd Salah est à l’origine des poursuites, espérait que son décès changerait « la donne » du procès. La donne a changé pour Louisa Hanoune, mais pas pour les trois autres condamnés.

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