Assurances

Les assureurs sénégalais veulent leur part de la manne pétro-gazière

La Sonam, au Sénégal, songe à se transformer en un groupe multipays.

La Sonam, au Sénégal, songe à se transformer en un groupe multipays. © Émilie Régnier pour J.A.

Souvent écartés des grands projets, les assureurs du Sénégal se sont constitués en pool pour faire face aux mastodontes internationaux. Après une première victoire majeure remportée, avec la signature d’un contrat avec l’opérateur pétrolier Woodside, ils se lancent à l’assaut de nouveaux marchés.

Longtemps, les assureurs sénégalais ont été tenu à l’écart de la couverture de grands barrages sous-régionaux, tels que ceux de Diama (sur le fleuve Sénégal) et de Manantali (sur le Bafing, au Mali). Cantonnés jusqu’ici à l’intermédiation en raison de leur petite taille et d’un déficit d’expertise technique.

« Les investisseurs arrivaient sur le marché, s’adressaient à une compagnie d’assurance qui captait tout avant de le redonner à leur société de réassurance. À la limite, la compagnie était juste un porteur de risques, une boîte aux lettres », se souvient Mamadou Diop, membre du comité scientifique du pool d’assureurs sénégalais, et directeur général de Sonam Assurances. Résultat, les assureurs locaux ne retiennent qu’une part extrêmement minime (moins de 5 %) des primes émises.

Avec la découverte de réserves hydrocarbures au larges des côtes sénégalo-mauritaniennes, les assureurs du pays de la Teranga se sont décidés à obtenir leur part des retombées de cette manne.

Capter les bénéfices du champ de Sangomar

Regroupés depuis janvier 2019 en pool de souscription et de gestion des risques pétroliers et gaziers, ils viennent de s’adjuger le marché de 13 millions de dollars (11,9 millions d’euros) destiné à la couverture tous risques chantiers (TRC) des installations offshore de la junior pétrolière australienne Woodside. À savoir, une barge flottante de production, de stockage et de déchargement (FPSO) du pétrole brut qui sera extrait du champ de Sangomar, aux réserves estimées à 2,5 milliards de barils.

Opérateur du consortium, Woodside est en co-entreprise avec sa compatriote Far Limited et l’écossais Cairn Energy. Le 14 janvier, la décision finale d’investissement de ce projet a été paraphée entre le consortium et le gouvernement.

Ce contrat scellé est le troisième conclu depuis le lancement du groupement. Deux de ses sociétaires, Axa Sénégal et Prévoyance Assurance ont, auparavant, réussi à décrocher deux autres contrats, de moindre envergure, auprès d’entreprises sous-traitantes du consortium.

Insuffisance des fonds propres

Pour Majdi Yassine, président du pool et par ailleurs DG de Saham Assurance Sénégal, les assureurs locaux ont une belle carte en main, s’ils parviennent à pérenniser cette stratégie unitaire. Mais est-ce réalisable ? Selon Anouar Hassoun, patron de Wara, l’agence de notation ouest-africaine basée à Dakar, les assureurs locaux n’ont pas les bilans et les fonds propres nécessaires pour couvrir à eux seuls les risques inhérents à l’exploitation des hydrocarbures au Sénégal.

Le salut viendra de la « stratification » du marché dont le premier échelon sera être constitué par les assureurs locaux, le reste par les acteurs régionaux, panafricains et internationaux. « Les compagnies locales prendront la quote-part que leurs fonds propres réglementaires les autoriseront à prendre », analyse-t-il.

Dans l’éventualité où les risques sont surdimensionnés par rapport aux bilans et aux fonds propres, la deuxième strate, la réassurance, entrera en jeu.

« Elle peut théoriquement aller jusqu’à 100 % du risque souscrit par les assureurs sénégalais », indique Anouar Hassoun. C’est Sen-Re, la société sénégalaise de réassurance, qui a reçu le mandat de jouer ce rôle dans le dispositif. Cette dernière va à son tour exporter une partie de cette assurance et de cette réassurance vers des acteurs régionaux qui les distribuent par la suite vers d’autres co-assureurs internationaux comme Zurich-Re, par exemple.

Retombées attendues

La répartition des primes entre les membres du regroupement est « égalitaire » et non en fonction des parts de marché respectives. « Nous voulons transformer cette opportunité pour renforcer le local content des assurances et du secteur privé sénégalais », souligne Majdi Yassine. Dans cette optique, Dakar a fait adopter une loi sur le contenu local en janvier 2019.

100 millions d’euros d’émission de primes attendus

Les retombées escomptées par les promoteurs du pool, par exemple, en matière de financement de l’économie sont considérables. Au Sénégal, le secteur des assurances est en effet le premier souscripteur aux bons du Trésor et autres titres obligataires de l’État. Les entreprises actives dans la sous-traitance représentent aussi une manne intéressante en termes de couverture des risques.

« Notre regroupement a identifié plus de 150 entreprises répertoriées sur la liste de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) », indique Majdi Yassine. L’enjeu est de taille pour le secteur des assurances sénégalais. D’après les estimations du pool, 100 millions d’euros d’émission de primes sont attendus sur les cinq premières années suivant le démarrage de la production prévue début 2023. Ce montant correspond à une croissance de 50 % du marché qui génère environ 200 millions d’euros de primes vie et non-vie émises par an.

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