Justice

Algérie : que faut-il attendre du procès en appel de Saïd Bouteflika et de ses co-accusés ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Alger
Mis à jour le 10 février 2020 à 14h43
Saïd Bouteflika, le frère et conseiller de l'ex-président algérien Abdelaziz Bouteflika, en mai 2017 dans un bureau de vote (image d'illustration)

Saïd Bouteflika, le frère et conseiller de l'ex-président algérien Abdelaziz Bouteflika, en mai 2017 dans un bureau de vote (image d'illustration) © Sidali Djarboub/AP/SIPA

Cinq mois après leur condamnation à 15 ans de prison, le frère du président déchu Saïd Bouteflika, les deux ex-patrons du renseignement, les généraux Toufik et Athmane Tartag, ainsi que Louisa Hanoune seront rejugés en appel le 9 février par le tribunal militaire de Blida. Dans un nouveau contexte politique, ils espèrent être acquittés.

« L’élection d’Abdelmadjid Tebboune peut changer la donne », espèrent les avocats du frère et ex-conseiller du président déchu Saïd Bouteflika, l’ancien général de corps de l’armée Mohamed Mediene dit « Toufik », son successeur Athmane Tartag, ainsi que la secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT, trotskistes) Louisa Hanoune.

Ces quatre hauts responsables seront rejugés en appel par le tribunal militaire de Blida, au sud d’Alger, ce dimanche 9 février. En prison depuis mai 2019, à la suite d’une vague d’arrestations dans l’entourage de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, ils avaient été condamnés le 25 septembre à 15 ans de prison pour « atteinte à l’autorité de l’armée » et « complot contre l’autorité de l’État ».

Confiance en la possibilité d’un acquittement

Aujourd’hui, alors qu’ils s’apprêtent à être jugés, en deuxième instance par la Cour militaire, les quatre détenus espèrent être acquittés. « Le général Toufik est confiant. Le dossier ne contient aucune charge susceptible de justifier l’inculpation et la sanction de 15 ans de prison. Il ne peut donc concevoir un autre jugement que l’acquittement », confie son avocat Farouk Ksentini.

Il précise par ailleurs que, contrairement à ce qui a pu être rapporté par les médias algériens, l’ancien chef du tout-puissant Département du renseignement et de la sécurité (DRS) n’a jamais hésité à faire appel.

Selon ce ténor du barreau algérien, la thèse du « complot contre l’autorité de l’armée et de l’État »,  véhiculée selon lui par le défunt général major de l’armée Ahmed Gaïd Salah quelques temps après le début des manifestations contre le cinquième mandat, ne tient pas.

Le président Tebboune, désormais maître du jeu

« Abdelmajid Tebboune est à la fois président de la République et ministre de la Défense. Il a son mot à dire. Le déclenchement de l’action publique devant un tribunal militaire s’effectue sous la coupe du commandement militaire. Ce qui fait que même après le jugement, Tebboune peut intervenir », rappelle l’avocat de Louisa Hanoune, Me Boudjemaa Ghechir.

Les avocats des détenus sont convaincus que le nouveau chef de l’État pourrait jouer la carte de l’apaisement. Surtout après le décès d’Ahmed Gaïd Salah, homme fort du régime depuis la chute de Bouteflika.

Saïd Bouteflika, qui avait refusé de répondre aux questions du juge lors de son dernier procès, adoptera-il pour autant une autre attitude lors de son procès en appel ? « Il est trop tôt pour l’affirmer avec certitude », clame son avocat, Me Miloud Brahimi.

Selon ses proches, le frère du président déchu vit très mal sa réclusion à la prison militaire de Blida. « Pas davantage qu’un autre prisonnier dans sa situation », tempère toutefois son avocat Me Miloud Brahimi. Avant d’ajouter : « Je l’ai vu il y a quelques jours, le 3 février, il tient le coup ».

Aucun contact avec les autres prisonniers

Affectée par son isolement de la scène politique, Louisa Hanoune est, elle aussi, incommodée par son confinement carcéral. « Elle accepte son incarcération en tant que militante politique, mais pas le reste », déclare Me Ghechir.

Il pointe du doigt notamment ses conditions de détention : « Privée de la lecture de certains titres de presse auxquels elle est particulièrement attachée, elle doit attendre la visite de sa famille pour avoir des nouvelles de l’actualité du pays ». Sans aucun contact avec les autres prisonnières, elle a pour seule distraction une promenade dans la cour de la prison et l’accès à la chaîne de télévision nationale.

Souffrant également de plusieurs pathologies (goitre, troubles de la vue, colon) et de problèmes de dentition, la secrétaire générale du PT a demandé, à plusieurs reprises ces dernières semaines, une coordination entre ses médecins traitants et ceux de la prison. « La prise en charge médicale en milieu carcéral n’est pas adéquate. J’ai écrit récemment au procureur général de la cour militaire de Blida et il semblerait qu’elle a, depuis, reçu la visite d’un collège de médecins ».

Âgé, le général Toufik  est, quant à lui, en rééducation à la maison d’arrêt militaire de Blida, après deux interventions chirurgicales à l’articulation de l’épaule, dont une à l’hôpital militaire de Aïn Naadja. « Il est pris en charge convenablement. Ses avocats lui rendent visite tous les jours s’ils le désirent et sa famille une fois par quinzaine », atteste son avocat.

Il affirme que le général major à la retraite « vit son emprisonnement avec beaucoup de courage, d’abnégation et de détermination. Il pense qu’il a été ciblé mais reste convaincu que les données ont complètement changé aujourd’hui ».

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