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Création de la Ligue arabe

Par - Abdallah Ben Ali
Mis à jour le 21 mars 2006 à 10:40

Premier ministre de l’Égypte monarchique, Mahmoud Nokrachi Pacha est fier de son « exploit ». En ce 22 mars 1945, il a réuni autour de lui à Alexandrie trois homologues, le Syrien Farès Khoury, le Transjordanien Samir Rifai et le Libanais Abdelhamid Karamé, ainsi que le ministre irakien des Affaires étrangères Archad al-Amri et l’adjoint du chef de la diplomatie saoudienne Cheikh Youssef Yassine, pour signer la Charte de la Ligue des États arabes.
D’inspiration égyptienne, le document préconise une coopération multiforme entre les signataires, mais insiste surtout sur l’obligation du respect de l’indépendance et de la souveraineté de chacun. Il s’oppose au projet des Hachémites d’Amman et de Bagdad qui s’efforçaient, depuis 1941, de mettre sur pied un État unifié du Croissant fertile regroupant, outre l’Irak et la Transjordanie, la Syrie et la Palestine. Maîtres du jeu moyen-oriental à l’époque, les Britanniques avaient, pendant la Seconde Guerre mondiale, multiplié les déclarations favorables aux ambitions panarabistes de leurs alliés hachémites, mais ils ont fini par accorder un appui aussi discret qu’efficace au projet égyptien fermement soutenu par les Saoudiens.
La charte d’Alexandrie prévoit la mise en place d’un Conseil de la ligue composé des ministres des Affaires étrangères, de plusieurs comités et agences spécialisées, telles l’Organisation arabe du travail, l’Union postale et l’Union des télécommunications. Le secrétariat général, basé au Caire, sera toujours dirigé par un Égyptien. Seule exception à cette règle non écrite : le cas du Tunisien Chedli Klibi, qui, en 1979, s’est vu confier, pour une dizaine d’années, le poste de secrétaire général au lendemain de l’exclusion de l’Égypte d’Anouar el-Sadate.

Les membres de la Ligue adoptent, en 1952, un pacte de défense arabe qui restera lettre morte, mais décident, dès 1964, de réunir des sommets périodiques de leurs chefs d’État. Malgré les liens privilégiés de ses fondateurs avec l’Occident, la Ligue arabe prend, dès sa création, fait et cause pour les mouvements de libération au Maghreb. Ses fondateurs s’opposent aussi au projet sioniste de création d’un « foyer national juif » en Terre sainte ; ils demandent que soient préservés les droits de « la population multiconfessionnelle de la Palestine », qui, à leurs yeux, « ne doit pas payer le prix des exactions et des souffrances infligées aux Juifs par des dictatures européennes ». Il a suffi que le président égyptien Anouar el-Sadate se démarque de cette ligne officielle en signant une paix séparée avec l’État hébreu, en 1978, pour que Le Caire, pourtant principale capitale du monde arabe, soit exclu de la Ligue.

Quatre ans plus tard, à Fès, au Maroc, les dirigeants arabes reconnaissent Israël et réduisent leurs revendications au retrait des territoires arabes occupés en 1967. Une position qui sera confirmée dans le texte de l’initiative arabe de paix adoptée lors du sommet de Beyrouth, en mars 2002. Entre-temps, la Ligue arabe a survécu à une autre crise qui avait failli être mortelle. C’était en août 1990. L’Irak venait d’envahir le Koweït. L’Égypte, qui, un an plus tôt, avait repris sa place au sein de l’organisation, convoque un sommet au Caire pour arrêter une position commune. Les vingt et un membres de la Ligue (auxquels se joindra, en 1993, la République des Comores, portant le nombre à vingt-deux) se scindent alors en deux groupes. Douze pays menés par Le Caire et Riyad sont favorables à une présence militaire étrangère dans la région tandis que neuf s’y opposent. Foulant au pied la règle de l’unanimité jusqu’alors en vigueur, le groupe des Douze décide, le 10 septembre, le transfert du siège de la Ligue de Tunis au Caire. Mécontent de cette situation, Klibi avait, six jours plus tôt, démissionné. Il a fallu attendre 1996 pour que reprennent les réunions de l’organisation que les commentateurs de la région qualifient de « forum indispensable ».