Religion

[Chronique] Blasphème contre l’islam : derrière #JeSuisMila, une vidéo affligeante pour un débat utile

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Mis à jour le 06 février 2020 à 15h20

Par  Damien Glez

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Mila et le droit au blasphème

Mila et le droit au blasphème © Glez

Les propos déplorables d’une lycéenne braquée contre l’islam remet, en France, le tréma sur le « ï » de laïcité… Où commence l’islamophobie ? Le débat devient intéressant pour ce qu’il révèle de la société française.

Qui n’a pas envie de tchiper devant le sacre médiatique d’une lycéenne vulgaire, dans une émission française de grande écoute, devant Mila, cette jeune fille de 16 ans starifiée pour une vidéo jugée islamophobe ?

Ainsi va l’époque 2.0, où les quarts d’heure de célébrité se télescopent. Le 18 janvier, sur une story Instagram, l’adolescente française, choquée par des insultes homophobes qui la visent et qu’elle dit proférées « au nom d’Allah », déverse sa bile sur la religion musulmane.

Elle indique « détester » l’islam, qu’elle qualifie de « religion de haine ». Puis elle dérape dans un registre plus scatologique et se propose d’introduire l’une de ses phalanges dans la partie la plus intime du sujet de vénération des croyants.

La vidéo n’aurait pas mérité la moindre ligne, ni la moindre invitation à l’émission Quotidien, si elle n’avait soulevé des menaces de mort et un débat national loin d’être inintéressant. Attristons-nous d’emblée de voir le #JeSuisCharlie décliné en #JeSuisMila, tant la vacuité de l’ado n’a rien de commun avec un quelconque talent satirique.

La définition de l’islamophobie en jeu

Mais rappelons les règles de la loi française, ce phare supposé de la laïcité bienveillante : si le droit au blasphème permet, en France, d’insulter les religions et de tourner en dérision leurs symboles, il est interdit d’insulter une personne ou un groupe de personnes en raison de leur appartenance religieuse.

Dès le début du buzz, le parquet envisage la culpabilité de Mila comme celle de ses détracteurs. Mais l’enquête pour « provocation à la haine à l’égard d’un groupe de personnes, en raison de leur appartenance à une race ou à une religion déterminée » est vite classée sans suite.

La traque des auteurs des menaces de mort, elle, est toujours en cours. Même si elle mérite des remontrances de ses éducateurs, Mila, au regard de la laïcité à la française, n’a fait qu’exprimer une opinion personnelle autorisée.

Comment élever le niveau de la communication publique d’adolescents décérébrés par la téléréalité et le narcissisme numérique sans verser dans la censure des réseaux sociaux ? Certainement pas en pratiquant la récupération politique confuse.

Dans les premières heures de l’affaire, le gouvernement français a tenu des propos ambivalents, hésitant entre condamner des menaces de mort d’un côté et des propos à connotation islamophobe de l’autre, tandis que l’opposition faisait son marché de munitions idéologiques subjectives.

Du pain bénit pour une Marine Le Pen, exploitant l’islamophobie sans s’en cacher, ou pour une certaine société civile qui déplace le débat vers des analyses alambiquées frottées d’homophobie ou de misogynie. Avant de gifler nos ados, notons que les intellectuels sont parfois plus infantiles qu’eux…

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