Santé

Gabon : décès du professeur Donatien Mavoungou, l’inventeur d’un médicament anti-sida controversé

Un médecin dans un laboratoire (illustration)

Un médecin dans un laboratoire (illustration) © Jacques Torregano pour JA (REA)

Le professeur et biochimiste gabonais Donatien Mavoungou, créateur de l’Immunorex-DM28, un médicament controversé supposé utile dans le traitement du sida, est décédé à Libreville à l’âge de 72 ans.

Le professeur Donatien Mavoungou a trouvé la mort à Libreville le 4 février. Médecin et chercheur gabonais originaire de Ndende (Sud), il avait été le directeur du Centre de recherche sur les pathologies hormonales (CRPH), à Libreville.

Mais Donatien Mavoungou est surtout connu pour avoir développé l’Immunorex-DM28, un médicament à base de déhydroépiandrostérone (DHEA) – une hormone connue pour alléger les états de légère dépression – qui posséderait des propriétés utiles dans le traitement du sida.

Le biochimiste avait été soutenu dans sa recherche par l’Institut pour le développement et le soutien à la recherche scientifique innovante (IIDSRSI), en France.

Un médicament anti-sida désavoué par de nombreux scientifiques

Mais l’Immunorex DM28 n’a pourtant jamais fait l’unanimité au sein de la communauté scientifique. Dès 2011, il est interdit de commercialisation au Gabon. Le Centre national de la recherche scientifique (Cenarest) gabonais indiquait dans un document officiel qu’« en l’absence d’un dossier scientifique », le DM28 « ne peut être en aucune façon vendu comme « médicament ». Le Cenarest laissait cependant la voie libre à une phase de recherche sur des patients volontaires.

Un trafic de faux médicament entre la France et l’Afrique

En décembre 2016, alors qu’il devait être commercialisé dans plusieurs pays africains, la revue Sciences et avenir publie une enquête intitulée « Sida : Des scientifiques renommés impliqués dans un trafic de faux médicament entre la France et l’Afrique ». C’est bien le DM 28 qui est visé, plusieurs scientifiques expliquant que les effets de la DHEA sur le virus ou le système immunitaire des malades du sida n’ont pas été prouvés.

L’IIDSRSI est décrit dans l’article comme un « obscur » institut qui aurait associé des scientifiques célèbres, contre leur gré, dans la promotion de l’Immunorex. Son directeur, le Français Michel Paul Correa, a eu affaire à la justice à plusieurs reprises. En 2018, il est poursuivi pour escroquerie par un couple français qui avait investi 120 000 euros dans le développement du DM28, somme censée être récupérée au bout de deux ans. Michel Paul Correa a été relaxé dans cette affaire, mais le parquet a fait appel de la décision.

L’article de Sciences et avenir fait du bruit. Fin janvier 2017 la RDC suspend la commercialisation de l’Immunorex. En avril 2017, l’Organisation mondiale pour la santé (OMS) et le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (Onusida) prennent position contre le médicament, dont l’efficacité n’a pas été prouvée par l’OMS.

Enfin, l’Immunorex ne figure ni sur le fichier mondial listant les essais cliniques liés au VIH ni dans la base de données généraliste américaine, indiquait le directeur de l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS), François Dabis, interrogé par l’AFP en juillet 2019.

La contre-attaque du professeur Mavoungou

Suite à ce désaveu international Donatien Mavoungou a pourtant gardé le cap, croyant à l’efficacité de son médicament, sans toutefois le présenter comme un remède miracle contre le sida.

En mars 2017, dans une interview à la radio France Culture, il parle du médicament comme ayant une capacité à « bloquer la propagation du virus ». En 2018, le docteur publie le livre « Immunorex DM28 – approche thérapeutique anti-VIH par le contrôle du stress oxydatif de la formation à l’observation », aux éditions Thierry Sajat.

Loin de chercher à s’attaquer au virus lui-même, le médicament est supposé, selon Michel Paul Corea, stimuler le « système immunitaire, pour le renforcer, selon le stade de la maladie, ou pour le restaurer. Il vient également en association avec les traitements actuels », plaidait-il dans une interview récente au site Gabonactu. « L’association d’anti-rétroviraux et d’Immunorex-DM28 [optimise] les bénéfices chez les malades », ajoutait-il.

La polémique autour de l’Immunorex aura donc persisté jusqu’au décès de son inventeur.

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