Société

Coronavirus : l’inquiétude gagne les familles après la contagion d’un étudiant camerounais en Chine

Réservé aux abonnés | | Par - à Yaoundé
Mis à jour le 25 mars 2020 à 11h04
Des lits installés dans un centre de convention à Wuhan, en Chine, pour accueillir les personnes infectées par le coronavirus (Image d'illustration).

Des lits installés dans un centre de convention à Wuhan, en Chine, pour accueillir les personnes infectées par le coronavirus (Image d'illustration). © AP/SIPA

Un jeune Camerounais étudiant à Jingzhou a contracté le coronavirus. L’annonce a créé une vague d’effroi parmi les proches des ressortissants camerounais vivant en Chine, malgré les assurances données tant par les autorités camerounaises que par la représentation diplomatique chinoise.

Le coronavirus a tué 493 personnes et 24 692 personnes ont été identifiées comme ayant contracté le virus depuis son apparition en décembre, dont l’écrasante majorité en Chine. Parmi elles, Kem Senou Pavel Davy, un Camerounais âgé de 21 ans, qui étudie à l’université de Yangtze, un établissement situé dans la région de Hubei, l’épicentre de l’épidémie.

« Nous avons eu connaissance du cas de ce Camerounais de Jingzhou qui a contracté le virus », a confirmé mardi Wang Yingwu, l’ambassadeur de Chine au Cameroun, lors d’une conférence de presse organisée pour tenter de calmer la vague d’inquiétudes qui montait depuis plusieurs jours parmi les proches de ressortissants camerounais vivant en Chine. « Il est hospitalisé, il suit un traitement convenable et il est sous surveillance médicale. On suit l’évolution des symptômes qui se sont manifestés », a par ailleurs affirmé l’ambassadeur.

Parents angoissés

Mais cela n’a pas suffi à calmer les craintes. « Le gouvernement ne communique pas avec nous, les parents. L’ambassade du Cameroun en Chine ne communique avec nos enfants. L’université leur a certes procuré des masques et s’occupe du rationnement, mais nous attendons la réaction de nos autorités, comme l’ont fait les autres gouvernements », vitupère Alain Bassom, dont deux des enfants sont étudiants à la Hubei University of Economics.

Arrivé à Yaoundé dimanche, il multiplie depuis les demandes d’audiences au ministère des Relations extérieures et à l’ambassade de Chine. Il a même lancé un collectif, sous le nom de « Bring Back Our Children », pour rassembler les parents confrontés aux mêmes angoisses et faire pression sur les autorités afin de les amener à « venir en aide et à mettre à l’abri ces enfants par tous les moyens, y compris par un rapatriement ».

Le rapatriement, Clémence Matuekou, mètre d’une étudiante qui se trouve actuellement à Wuhan, n’est pas pour. Les mains crispées sur son téléphone, qu’elle ne quitte plus une seconde depuis que l’épidémie s’est déclarée, elle pianote en permanence des messages à sa fille, qui tente de la rassurer, tant bien que mal.

« À défaut d’être là-bas avec elle, je prends de ses nouvelles tout le temps », glisse-t-elle. « Il y a de quoi se faire du souci. La mise en quarantaine rend difficile la vie au quotidien, mais ma fille m’a rassuré. Elle me dit que les mesures mises en place par les Chinois sont peut-être drastiques, comme on l’a vu dans les médias, mais qu’elles permettent de limiter les contaminations. »

Ne pas tomber dans « l’alarmisme »

Contacté par téléphone, l’un des étudiants camerounais actuellement en Chine, est du même avis. « Les médecins, ici, sont de toutes évidence plus avancés dans la stabilisation des symptômes de ce virus que leurs confrères du Cameroun. Rentrer au pays pourrait en outre mettre en danger la population, si l’un d’entre nous était porteur de la maladie », explique le jeune homme, qui a souhaité conserver l’anonymat. Une prudence qui n’est clairement pas de mise sur les réseaux sociaux, sur lesquels les plaintes d’étudiants camerounais, qui disent se sentir « abandonnés », alimentent les débats.

Un « alarmisme » que dénonce Kody Masso, la présidente de l’Association des étudiants camerounais en Chine. « Il n’est pas opportun de céder à la psychose. À l’heure actuelle, selon les rapports des délégués de notre association venant de différentes villes, aucun Camerounais en situation d’indigence suite à la crise n’est enregistré », explique-t-elle dans un rapport adressé aux autorités camerounaises. Joint par Jeune Afrique, l’étudiante basée à Nanjing, dans l’est de la Chine, indique tout de même qu’ « une assistance est nécessaire, notamment pour aider les membres de la diaspora camerounaise qui ont interrompu leurs activités et qui manquent de ravitaillement ».

Une mission envoyée à Pékin

Régulièrement pointé du doigt sur les réseaux sociaux, et cible principale du collectif « Bring Back Our Children », le ministère camerounais des Relations extérieures ne s’est toujours pas exprimé sur la situation de ses ressortissants. Selon des sources au sein du ministère, une mission a été dépêchée à Pékin « pour évaluer la situation sur le terrain ».

Un plan de mesures, comprenant notamment une assistance financière à la communauté camerounaise de Chine – dont nous n’avons pas eu connaissance du montant – , a également été transmis par le ministre Le Jeune Mbella Mbella à la présidence de la République. Sa mise en œuvre devrait être lancée « dans les prochains jours ».

Le ministère de la Santé affiche également un discours rassurant. « L’OMS a recommandé deux types de tests : le protocole de Berlin et celui de Hong Kong. Nous avons déjà testé un cas suspect qui s’est avéré être une fausse alerte. Le centre Pasteur est prêt, si nous avons un cas suspect, nous aurons une capacité de réaction adéquate », assure ainsi Manaouda Malachie, le ministre de la Santé. Un numéro vert, le 1510, a par ailleurs été mis en place pour alerter les autorités sanitaires d’éventuels cas suspects.

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