Politique économique

Tunisie : les 150 millions de dollars de l’Algérie, un signal fort pour pour les marchés internationaux

Le président tunisien Kaïs Saïed et son homologue algérien Abdelmajid Tebboune, le 2 février 2020.

Le président tunisien Kaïs Saïed et son homologue algérien Abdelmajid Tebboune, le 2 février 2020. © Présidence tunisienne

Lors de la visite du président tunisien Kaïs Saïed, en Algérie, la Banque centrale a promis un dépôt de 150 millions de dollars à son homologue de Tunisie. Une aide d’une portée aussi bien politique qu’économique.

C’est la quatrième fois que la Banque centrale d’Algérie effectue ce type de transfert depuis 2011 : 50 millions dollars la première fois, 100 millions en 2014 et 100 millions à nouveau en 2015.

À chaque fois, il s’agissait d’un dépôt d’une maturité de dix ans à 0 % d’intérêt. Selon nos informations, les mêmes conditions seraient applicables dans le dernier cas. Politiquement, il s’agit de montrer, pour le grand frère algérien, que le soutien à la Tunisie est une stratégie à long terme inflexible, qu’importe sa situation interne.

Pour le président tunisien Kaïs Saïed, il s’agit d’une victoire diplomatique symbolique. Durant sa campagne, il a fait de la coopération maghrébine un axe fort de sa future diplomatie. Ces 150 millions de dollars sont une preuve sonnante et trébuchante de ses promesses.

Atténuer la méfiance des investisseurs

Économiquement, il s’agit d’une – petite – bouffée d’air frais. Depuis le début de l’année, les réserves en devises émergent au-dessus des cent-dix jours d’importation – le « seuil de sécurité » est fixé à quatre-vingt-dix jours, la Tunisie n’était donc pas en asphyxie.

Mais cette somme, qui représente environ 2,2 % du total des avoirs (6,2 milliards d’euros), est un signal fort auprès des marchés internationaux. L’Algérie a voulu montrer qu’elle croyait dans la capacité de son allié à rembourser ces dettes à long terme (dix ans) alors même que le Fonds monétaire international (FMI), principal bailleur de fonds de la Tunisie, a montré quelques signes d’agacement.

La sixième revue au titre du mécanisme élargie de crédit (MEDC), prévue à l’automne dernier, n’est toujours pas d’actualité. Or, sur les 2,8 milliards de dollars que prévoit le MEDC, 1,2 milliard de dollars n’a toujours pas été déboursé « faute d’avancement suffisamment rapide du programme et des réformes économiques », a tenu à rappeler, fin 2019, Jérôme Vacher, le représentant de l’institution internationale financière en Tunisie, au site économique tunisien IlBoursa. Une sortie médiatique qui illustre un vrai signal envers les dirigeants politiques, tant la communication du FMI est très calibrée et diplomatique.

Il faut dire qu’avec l’instabilité politique qui perdure, l’exaspération du FMI est inversement proportionnelle à son envie de délier les cordons de sa bourse. En cas de non versement d’une sixième tranche, la Tunisie devrait donc sortir sur les marchés internationaux.

La dernière fois, en juillet 2019, la Tunisie avait obtenu 700 millions d’euros à rembourser sur sept ans à 6,375 % d’intérêts. Nul doute que si le pays avait à sortir, les conditions seraient moins favorables. D’où le geste de l’Algérie pour atténuer cette méfiance des investisseurs. Au cas où.

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