Diplomatie

Crise libyenne, « deal du siècle », antiterrorisme… Alger et Tunis à l’unisson

Réservé aux abonnés | | Par - à Alger
Mis à jour le 03 février 2020 à 17h51
Le président tunisien Kaïs Saïed et son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune, à Alger, le 2 février.

Le président tunisien Kaïs Saïed et son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune, à Alger, le 2 février. © Présidence tunisienne

Lors du voyage officiel du président tunisien Kaïs Saïed à Alger, le chef de l’État algérien Abdelmadjid Tebboune a fait état d’une « totale convergence » de vues entre les deux pays, y compris sur les questions régionales et internationales.

Comme son prédécesseur Béji Caïd Essebsi, le président Kaïs Saïed a réservé sa première visite officielle à l’étranger à l’Algérie. Le nouveau chef de l’État tunisien a atterri à Alger ce dimanche matin pour s’entretenir avec son homologue Abdelmadjid Tebboune afin de renforcer les liens avec son voisin.

Crise libyenne, conflit israélo-palestinien, échanges commerciaux, lutte contre le terrorisme… De nombreux sujets cruciaux autant pour Alger que pour Tunis étaient au cœur de cette visite basée sur la coopération. À tel point que le chef de l’État algérien a fait état d’une « totale convergence » de vues entre les deux pays.

Le président Tebboune, qui a annoncé un dépôt de 150 millions de dollars à la Banque centrale tunisienne, a par ailleurs exprimé son intention de se rendre prochainement à Tunis, à la tête d’une délégation gouvernementale qui « examinera tous les dossiers en attente des décisions des deux présidents ». La date de cette visite sera fixée une fois le nouveau gouvernement tunisien installé.

• Accord commun sur la crise libyenne

Au chapitre diplomatique, la visite d’État de Kaïs Saïed à Alger s’est soldée par un accord commun autour d’une initiative susceptible de résoudre la crise libyenne sans intervention militaire.

Le président Abdelmadjid Tebboune a proposé la tenue d’une rencontre, à Tunis ou à Alger, « avec tous les Libyens et l’ensemble des tribus afin d’amorcer une nouvelle ère pour l’édification des nouvelles institutions permettant l’organisation  d’élections générales et l’établissement des nouveaux fondements de l’État libyen démocratique ». À condition que cette proposition soit acceptée par l’ONU, a développé le chef d’État algérien lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue tunisien.

• Rejet du « deal du siècle »

Le plan de paix pour le Proche-Orient de Donald Trump, rejeté par la Ligue arabe le 1er février, était également au menu des discussions. Ici aussi, les deux chefs d’État ont affiché une totale convergence de points de vue, rejetant eux aussi la proposition américaine et réitérant leur attachement « à un État palestinien indépendant, aux frontières de 1967 avec El Qods comme capitale ».

Une manière de se distancier du Maroc sur le dossier, Rabat ayant pris soin de ne pas froisser la Maison-Blanche lors de la présentation du « deal du siècle » par le président américain : « Le Maroc apprécie les efforts constructifs de paix déployés par l’administration américaine actuelle », avait souligné le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, lors d’un point de presse.

• Coopération antiterroriste accrue

Sur le plan sécuritaire, les deux pays riverains sont déjà liés par une coopération antiterroriste intense susceptible de sécuriser leurs frontières des incursions des groupes armés opérant au Sahel.

Face au défi sécuritaire grandissant dans la région, le président Tebboune a toutefois estimé que le déploiement de plus de moyens devenait nécessaire : « La lutte contre le terrorisme se poursuivra en opérationnalisant tous les mécanismes de défense aux frontières », a-t-il déclaré, estimant que « la sécurité et la stabilité de la Tunisie et de l’Algérie étaient intrinsèquement liées ».

• Aide de 150 millions de dollars

Kaïs Saïed n’est pas reparti les mains vides de son voyage officiel. L’Algérie déposera 150 millions de dollars dans la Banque centrale tunisienne afin d’aider son voisin à obtenir des prêts des institutions financières internationales.

Le président Tebboune a également promis qu’il poursuivra sa politique de facilitation des paiements pour les exportations d’hydrocarbures à destination de la Tunisie.

• Échanges commerciaux

Les deux parties ont également abordé la question cruciale des échanges commerciaux et les possibilités d’investissements qui ne sont pas au niveau des relations politiques bilatérales.

Les exportations algériennes vers la Tunisie sont constituées d’hydrocarbures et dérivés pour un montant, durant l’année 2019, dépassant le milliard de dollars. Un chiffre en progression légère de 13% par rapport à 2018, permettant à Tunis de compenser, en partie, la perte du marché libyen.

Selon nos informations, la Tunisie a émis le souhait d’augmenter ses livraisons d’huiles végétales et de fer d’acier vers l’Algérie.

• « Aspirations des peuples »

Enfin, le président tunisien a appelé à la « prospection de nouveaux instruments pour l’action commune entre l’Algérie et la Tunisie », se déclarant convaincu « de la capacité des deux pays à insuffler un nouveau départ de manière à réaliser les aspirations de leurs peuples ».

« Dans quelques jours, nous commémorons l’anniversaire de Sakiet Sidi Youssef, une occasion pour nous remémorer cet événement où s’est mêlé le sang des Algériens et des Tunisiens pour la liberté et la dignité », a-t-il affirmé, soulignant l’engagement des deux parties à œuvrer à l’ouverture de « plus larges perspectives » à l’avenir.

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