Elections

Cameroun : les affrontements électoraux majeurs qui feront les élections municipales et législatives

Réservé aux abonnés | | Par - à Yaoundé
Mis à jour le 03 février 2020 à 17h03
Bureau de vote au Cameroun, en 2013 (illustration)

Bureau de vote au Cameroun, en 2013 (illustration) © MeÌnoba Abel Aimé pour JA

Après un début timide, la campagne électorale en vue des législatives et municipales du 9 février gagne en intensité. Si le RDPC au pouvoir fait office d’ultra favori, il devra néanmoins batailler âprement dans certaines circonscriptions pour protéger sa majorité absolue.

Plus qu’une semaine avant que les électeurs camerounais ne se rendent aux urnes pour élire leurs députés et conseillers municipaux. Après la répartition le 30 janvier de la subvention publique allouée aux partis en compétition, la campagne électorale semble avoir pris un coup d’accélérateur.

À quelques jours de l’échéance, les formations politiques rivalisent de stratégies pour s’attirer les suffrages d’une population partagée entre appels et contre-appels au boycott. Et bien que les meetings – pourtant plus nombreux qu’au début de la campagne – peinent toujours à faire foule, le débat autour des enjeux du scrutin s’impose progressivement dans l’espace public, laissant apparaître les figures de l’élection.

La configuration actuelle présage de nombreux duels entre poids lourds de différentes formations politiques, faisant de certaines circonscriptions des pôles clés. Avec 35 circonscriptions sans liste concurrente, le RDPC (Rassemblement démocratique du peuple camerounais) est assuré d’obtenir autant de sièges de députés. Mais le RDPC devra rudoyer avec l’opposition pour égaler ou dépasser le score de 148 députés sur 180 obtenu en 2013, un objectif que les instances dirigeantes du parti se sont fixé.

Des villes très disputées

Pour les municipales, la plupart des circonscriptions les plus disputées se trouvent dans les grands centres urbains. Douala-3, 4 et 5, Edea-1 ou encore Bafoussam-3, sont l’illustration des communes dont les résultats sont difficilement prévisibles. Pour les législatives cependant, les élections promettent des joutes serrées dans les zones rurales. Parmi celles-ci, la circonscription du Nyong Ekelle figure parmi les plus scrutées.

Dans ce département de la région du Centre, la liste du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN, de Cabral Libii) affronte celles du RDPC et du Peuple uni pour la rénovation sociale (PURS) de Serge Espoir Matomba. Après le rejet par la commission Elecam de la candidate de l’UPC, dont il s’agit d’un fief historique, la liste de l’ancien candidat à la présidentielle faisait office de favorite. Mais c’était avant que certains cadres de l’UPC n’imputent à Cabral Libii la disqualification de leur liste, et n’engagent une campagne contre lui, rendant l’issue du vote plus qu’incertaine.

Dans la circonscription de Benoué-Ouest (région du Nord), le ministre Issa Tchiroma Bakary, candidat du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) aura face à lui les candidats Ali Mamoudou du RDPC et Mamoudou Aboubakar de l’Alliance pour la démocratie et le développement (ADD), portes-étendards de deux partis bien implantés dans la région. Pour son retour dans une bataille électorale après la tentative manquée de 2013, l’ancien ministre de la Communication compte bien jouer son va-tout. Il se préserverait ainsi une porte de sortie en cas d’éviction du gouvernement, que certains observateurs envisagent depuis le dernier remaniement gouvernemental et son transfert au peu stratégique poste de ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle.

Mais de toutes les circonscriptions disputées, le duel le plus attendu se trouve certainement être celui du Wouri-Centre. Sur la ligne de départ, six figures de la politique camerounaise, toutes rodées aux élections locales. Il s’agit de Jean-Jacques Ekindi du MP, Anicet Ekane du Manidem, Joshua Osih du Social Democratic Front (SDF), Albert Dooh Collins du RDPC, Sam Mbaka de l’Union démocratique du Cameroun (UDC) et Abel Elimbi Lobe, un ancien conseiller municipal transfuge du SDF qui est passé sous la bannière du Mouvement écologique du Cameroun (MEC). Un duel de titans qui pourrait laisser des traces dans la suite des carrières politiques des acteurs de cette bataille.

L’inconnue de la participation

Aux municipales, c’est généralement le parti qui remporte les communes de Douala ou de Yaoundé qui sortira comme l’un des vainqueurs du scrutin. Mais alors qu’à Yaoundé où le RDPC n’aura aucun adversaire dans 5 des 7 arrondissements de la ville tout semble joué d’avance, l’élection s’annonce rude à Douala, où les listes abondent. La commune de Douala-1 illustre idéalement l’ampleur de la concurrence dans la capitale économique, avec ses six listes en compétition, le record national pour ces élections.

Dans le Moungo, Paul-Eric Kingué repart à la conquête de la mairie de Penja, qu’il avait déjà remportée lors des municipales de 2007 (avant son incarcération en 2008), cette fois avec les couleurs de son propre parti, le MPCN. L’ancien candidat à la présidentielle Serge Espoir Matomba, quant à lui, essayera d’arracher la mairie de Douala-4 dont il est l’un des conseillers municipaux. Les deux opposants se sont également présentés aux législatives dans ces mêmes circonscriptions.

Nos objectifs sont de convaincre les indécis, conforter nos militants et attirer de nouveaux militants

À Bafoussam, les élections donneront droit à la classique opposition entre le RDPC et le SDF, les deux formations étant solidement implantées dans cette ville. En 2007, les trois communes de la ville avaient toutes été remportées par le SDF. Raison pour laquelle le RDPC a fait de la reconquête de ces mairies un enjeu majeur. « Nos objectifs sont de convaincre les indécis, conforter nos militants et attirer de nouveaux militants qui seront à terme des voix supplémentaires », a ainsi expliqué le secrétaire général adjoint du RDPC, Grégoire Owona.

Malgré les appels aux boycott des acteurs de l’opposition, à l’instar du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto, qui laissent présager d’une abstention notable le jour du scrutin, les législatives et municipales camerounaises devraient parachever le renouvellement générationnel de la classe dirigeante entamé en 2018 avec les sénatoriales et la présidentielle.

Au soir du 9 février, on n’assistera pas certes pas à un remplacement intégral des leaders politiques camerounais, mais l’élection pourrait tout de même faire apparaître de nouveaux acteurs sur la scène politique du pays.

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